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Fayez al-Sarraj évoque le parcours difficile de la Libye vers la stabilité

Fayez al-Sarraj évoque le parcours difficile de la Libye vers la stabilité
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Dans The Global Conversation, Fayez al Sarraj, le premier ministre du gouvernement d'union nationale de Libye a évoqué le rôle de l'Europe dans son pays et le parcours difficile de la Libye pour parvenir à la démocratie et la stabilité.

Dans un pays en proie à une guerre civile et au milieu d'un conflit notre correspondante Anelise Borges a interviewé le premier ministre libyen.

_"Nous avons rencontré les dirigeants de plusieurs pays pour clarifier avec eux la vérité sur ce qui se passe actuellement à Tripoli" _

Anelise Borges, journaliste à Euronews :

"Vous revenez tout juste de plusieurs visites en Europe. Vous avez rencontré différents dirigeants de l'Union pour obtenir leur soutien envers votre administration, que vous ont-ils répondu ?"

Fayez al Sarraj :

"Je pense que ce tour d'Europe, avec les visites dans quatre capitales européennes, a été un succès. En commençant par l'Italie. Nous avons rencontré les dirigeants de plusieurs pays pour clarifier avec eux la vérité sur ce qui se passe actuellement à Tripoli, la vérité sur l'attaque dont nous sommes victimes.

L'assaillant a donné des explications pour justifier cet assaut. Mais désormais, il y a une compréhension sur ce qui se passe réellement. Nous avons expliqué les répercussions de cette attaque terroriste, de l'immigration illégale, mais aussi sur le plan humanitaire et les personnes déplacées.

Il ressort clairement des réunions avec la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, Madame Mogherini, et M. Donald Tusk, leurs déclarations étaient très claires : ils ont condamné l'offensive sur Tripoli et dénoncés les agissement des milices de Haftar. Ils ont également compris l'impact que cela a eu sur les activités terroristes et la migration illégale."

Anelise Borges :

"Vous ont-ils promis un soutien militaire ?"

Fayez al Sarraj :

"Lors de ces rencontres, notre objectif n'était pas d'obtenir des armes ou du matériel. Il y a actuellement un embargo sur les armes à l'encontre de la Libye et de l'Autorité nationale libyenne. Une chose que nous avons clarifiée lors de nombreuses réunions, est que cet embargo devait être appliqué par toutes les parties.

Or, c'est le contraire qui s'est produit : l'une des parties a été approvisionnée en armes et en équipements de toutes sortes, jour et nuit, par les frontières terrestres et maritimes. Et pour empirer les choses, il s'agissait d'un soutien de la part de pays que nous considérions comme nos alliés.

Ils ont fait des déclarations officielles alors que leurs avions visaient la capitale. Le soutien militaire exacerbé qu'a reçu l'"autre partie" l'éloigne des négociations politiques et lui donne l'illusion qu'il pourrait, par un coup d'Etat, prendre le pouvoir avec cette attaque..."

"L'ingérence négative de certains pays depuis 2011 a rendu la scène politique et sécuritaire plus compliquée"

Anelise Borges :

"Les puissances étrangères ont l'habitude d'intervenir dans votre pays... aggravent-elles la situation en Libye ?"

Fayez al Sarraj :

"Il est certain que l'ingérence négative de certains pays depuis 2011 a rendu la scène politique et sécuritaire plus compliquée, et prolongé les crises.

Nous en avons parlé clairement. Nous espérons qu'ils cesseront d'intervenir en Libye, nous souhaitons que cela se fasse grâce à un soutien international clair, comme je l'ai déjà dit, afin que nous puissions revenir à une voie politique qui nous conduira à la stabilité et à la sécurité."

Anelise Borges :

"Et dans tout ça, quel est le rôle des Etats-Unis ? Le président Donald Trump semble être revenu sur la politique américaine en Libye, après avoir échangé au téléphone avec Haftar... à quel point cet appel est-il important ? En quoi le soutien américain à Haftar est-il important ? Et vous, avez-vous échangé avec le président américain ?"

Fayez al Sarraj :

"Cet appel avec Trump n'a jamais eu lieu, mais nous avons lu la position des Etats-Unis à travers la déclaration du Département d'Etat américain. M. Pompeo a été clair en nommant les choses par leur nom - "Les milices d'Haftar". Je pense que ce qui se passe actuellement à cause des violations des droits de l'homme est évident pour tout le monde : le recrutement d'enfants soldats, le manque de respect envers les cadavres, le fait de cibler des civils... Je pense que désormais, c'est clair pour tout le monde, y compris pour les États-Unis."

Anelise Borges :

"Khalifa Haftar dit qu'il peut mettre fin aux troubles en Libye, il dit que votre administration est soutenue par des milices et d'autres organisations en désaccord avec l'Occident. Qu'en pensez-vous ?"

Fayez al Sarraj :

"Nous parlons des réalisations depuis l'arrivée au pouvoir de l'Autorité nationale libyenne... nous étions et nous sommes toujours des défenseurs de la paix. Nous souhaitons une solution politique en Libye, et non une solution militaire.

Nous le voyons clairement - et de nombreuses puissances étrangères sont d'accord avec nous sur ce point. Peut-on parvenir à la stabilité en Libye en bombardant des zones civiles ? En ciblant les ambulances ? En recrutant des enfants soldats ou en obligeant près de 100 000 personnes à fuir? L'une ou l'autre de ces pratiques nous mènerait-elle à la stabilité ?

Je pense que la voie vers la stabilité est claire. Nous avons communiqué avec toutes les parties prenantes pour conduire la Libye vers la stabilité, à travers des élections, en laissant le peuple libyen choisir son dirigeant avec intégrité. Nous avons conclu des accords de sécurité et avons pu contenir des groupes armés.

Sur la production de pétrole.... quand le gouvernement d'union national libyen est entrée à Tripoli, nous exportions 150 000 barils de pétrole. Aujourd'hui, nous sommes près du million et demi. Nous sommes fiers de cela, et ce la prouve que nous sommes sur la bonne voie."

La Libye au bord de la guerre civile ?

Anelise Borges :

"Au moment où nous parlons, des centaines voire des milliers d'hommes se battent au front... Combien de temps pouvez-vous continuer comme ça ? Quelles sont les perspectives de paix en Libye ?"

Fayez al Sarraj :

"Ce que Khalifa Haftar a essayé de faire, c'est de dire qu'il avait une armée organisée, mais maintenant il est clair que ce n'est pas la vérité. Ce sont des groupes criminels, des groupes idéologiques, des hors-la-loi et des voyous qu'il a rassemblés et qu'il a essayé de convaincre (le reste du monde) qu'ils étaient une armée professionnelle.

Nous défendons notre capitale, nous défendons le rêve de tous les Libyens de créer un État démocratique. C'est notre priorité maintenant. En même temps, nous soutenons que la solution n'est pas militaire.

Haftar a tenté d'envahir notre capitale et en a piégé certains en disant qu'il pouvait prendre la capitale en 48 ou 72 heures. Mais maintenant plus de 50 jours se sont écoulés et les répercussions de cette attaque commencent à se faire sentir : 100 000 personnes ont été déplacées, des gens sont morts d'autres ont été amputés... Si Haftar prend ses responsabilités et cesse ces opérations, alors nous pourrions évoquer la poursuite du processus politique, dans un contexte acceptable."