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Présidentielle croate : le scrutin s'annonce serré

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Présidentielle croate : le scrutin s'annonce serré
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Le scrutin présidentiel s'annonce serré dimanche en Croatie où la sortante conservatrice est menacée sur sa gauche par un ex-Premier ministre social-démocrate et sur sa droite par un chanteur populiste qui veut déployer l'armée à la frontière pour empêcher les migrants de passer.

La Croatie, qui assume début janvier la présidence tournante de l'Union européenne, est un aimant à touristes séduits par les côtes de l'Adriatique. Mais ses habitants continuent d'émigrer en masse pour chercher une vie meilleure ailleurs en Europe et fuir la corruption.

La fonction présidentielle est surtout honorifique et la présidente sortante, Kolinda Grabar-Kitarovic, représente le statu quo. En poste depuis 2015, la première femme cheffe de l'Etat croate est soutenue par le HDZ (centre-droit) qui domine la vie politique depuis l'indépendance en 1991.

L'élection devra probablement être tranchée par un second tour le 5 janvier. A cette date, la Croatie aura pris la tête de l'UE pour six mois qui verront sans doute le Royaume-Uni quitter ses rangs et des pays des Balkans occidentaux frapper à la porte.

Une série de gaffes

La présidente, âgée de 51 ans, avait entamé sa campagne avec une confortable avance qui s'est réduite après une série de gaffes.

En novembre, elle s'est fait remarquer en chantant à l'occasion de l'anniversaire du maire de Zagreb Milan Bandic, mêlé à plusieurs affaires de corruption, puis en annonçant qu'elle lui apporterait "des gâteaux" s'il finissait en prison.

Ces commentaires, apparemment destinés à séduire les puissants soutiens du maire, pourraient rebuter ceux qui en ont assez du clientélisme omniprésent.

Chasse aux voix nationalistes

D'après les analystes, une défaite de Kolinda Grabar-Kitarovic compliquerait les chances du HDZ et du Premier ministre modéré Andrej Plenkovic aux législatives prévues en principe à l'automne 2020.

Un dernier sondage lui prête 28% des intentions de vote. Ses deux principaux rivaux sont un ancien Premier ministre social-démocrate, Zoran Milanovic, crédité de 26% des voix, et Miroslav Skoro (20%), chanteur et entrepreneur de 57 ans qui se présente en indépendant.

L'artiste devenu populaire dans les années 1990 avec ses titres folk à teneur patriotique cible l'aile nationaliste du HDZ afin d'attirer ceux qui jugent que le parti est devenu trop modéré.

Outre le déploiement de l'armée à la frontière contre les migrants, il a promis de gracier un homme condamné pour crimes de guerre contre des civils serbes pendant le conflit de 1991-1995.

Il veut également accroître les pouvoirs du président, qui est pour l'heure commandant suprême des forces armées et assiste le gouvernement en matière de politique étrangère.

La présidente sortante a elle-même tenté de complaire aux nationalistes, y compris en ne condamnant pas la nostalgie qui monte en Croatie envers le régime oustachi collaborateur de l'Allemagne nazie pendant la Seconde guerre mondiale. C'est dans un journal d'extrême droite qu'elle a annoncé qu'elle briguait un second mandat.

Une campagne bâtie sur des "ragots"

Dans ce contexte, "le HDZ est divisé, il est clair qu'une partie de ses électeurs ne soutiendront pas Mme Grabar-Kitarovic", selon l'analyste Tihomir Cipek.

Zoran Milanovic compte sur la division du camp conservateur pour pousser son avantage et promet de faire de la Croatie un "pays normal"avec une justice indépendante, qui respecte les minorités.

Ses partisans saluent sa détermination mais ses contempteurs dénoncent son arrogance. A 53 ans, ce n'est pas un inconnu sur la scène politique car il fut chef de gouvernement de 2011 à 2016. Mais son gouvernement avait déçu car il n'avait pas su mettre fin à la corruption ambiante ou développer l'économie.

La Croatie, un des membres les plus pauvres de l'UE qu'elle a rejoint en 2013, fait face à de nombreux défis mais pendant la campagne, les candidats se sont référés au passé en se reprochant des griefs datant de la guerre.

Pour la ministre de l'Education Blazenka Divjak, c'est l'une des "r_aisons pour lesquelles les gens s'en vont"._

Mila, enseignante retraitée de 71 ans qui ne donne que son prénom, dénonce une campagne fondée de "ragots". Et la septuagénaire d'ajouter : "Malheureusement, ils parlent plus des autres candidats que d'eux mêmes".

Environ 3,8 millions d'électeurs sont appelés à voter ce dimanche 22 décembre.