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La reprise de la Bundesliga ne fait pas l'unanimité en Allemagne

La reprise de la Bundesliga ne fait pas l'unanimité en Allemagne
Tous droits réservés  Lukas Barth-Tuttas/MTI/MTVA
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Le football professionnel allemand se réjouit de pouvoir redémarrer dès le 16 mai à huis clos, mais mesure sa lourde "responsabilité", y compris vis-à-vis du reste du monde qui pourrait s'inspirer de son expérience pour préparer un retour à la normale.

Après neuf semaines de pause, la 26e journée de Bundesliga se disputera du samedi 16 au lundi 18 mai. L'affiche sera le derby de la Ruhr Dortmund-Schalke (samedi 15h30), qui déchaîne d'ordinaire les passions. Le leader Bayern Munich, qui compte quatre points d'avance sur Dortmund, jouera dimanche 17 à Berlin contre l'Union, le promu (18h).

Si le Board, garant des lois du jeu, approuve comme attendu la règle des cinq remplacements par match, elle sera mise en vigueur immédiatement en Allemagne, a affirmé jeudi la Ligue allemande de football (DFL), pour permettre de limiter les risques de blessures après deux mois d'arrêt complet de la compétition.

La Bundesliga sera ainsi le premier grand championnat européen à se relancer, avec un protocole sanitaire drastique, fondé sur un dépistage systématique du coronavirus et sur des mesures de protections très rigoureuses détaillées dans un long document.

"Nous sommes en contact avec l'UEFA et d'autres grandes fédérations. Le protocole a beaucoup d'écho internationalement", s'est félicité Friedrich Curtius, le secrétaire général de la DFB, la Fédération allemande.

"Signal fatal"

Pour le président de la Ligue Christian Seifert, qui a proposé aux pouvoirs publics le protocole sanitaire, la bonne nouvelle de la reprise "va de pair avec une lourde responsabilité (...) La mise en oeuvre rigoureuse et disciplinée du protocole est entre les mains des clubs".

Clairement, une contamination massive des footballeurs, synonyme de mise en quarantaine des équipes et d'arrêt définitif de la saison, serait une catastrophe. Cette reprise doit en effet permettre aux 36 clubs de première et deuxième divisions, qui emploient 56 000 personnes, de récupérer 300 millions d'euros de droits TV et, pour certains, d'éviter la faillite qui se profile.

"Ce qui est proposé est sensé", a estimé le président du Comité olympique allemand (DOSB) Alfons Hörmann. "Mais avec un grand point d'interrogation : est-ce que les responsables vont réussir à tout mettre en oeuvre de façon absolument rigoureuse et professionnelle ?"

Malgré sa précision, le plan sanitaire de la DFL n'a pas convaincu tout le monde. L'expert santé du parti social-démocrate (SPD) Karl Lauterbach a dénoncé "un signal fatal" envoyé par le gouvernement d'Angela Merkel et par les Länder (Etats régionaux). "Ce n'est pas une décision sportive, mais uniquement commerciale, pour ne pas perdre des contrats de sponsoring", a-t-il fulminé.

Ce n'est pas une décision sportive, mais uniquement commerciale, pour ne pas perdre des contrats de sponsoring
Karl Lauterbach
Expert santé du parti social-démocrate (SPD)

"C'est pervers"

Mercredi, la ville-Etat de Brême a été la seule à dire publiquement qu'elle avait plaidé contre une reprise en mai, estimant que les conditions n'étaient pas encore réunies. "La décision prise ne change rien à notre position, nous estimons qu'il s'agit d'une décision erronée", a déclaré le ministre régional de l'Intérieur de Brême, Ulrich Mäurer (SPD également), cité jeudi par le quotidien Bild.

M. Mäurer a soulevé les objections qui sont aussi les cauchemars de la DFL : "Et que va-t-il se passer lorsqu'une équipe entière va devoir partir en quarantaine ? Et que va-t-il se passer si, pour le match Dortmund-Schalke par exemple (un derby qui déchaîne d'ordinaire les passions, NDLR), 5 000 supporters se rassemblent devant le stade ?"

Sur ce dernier point, le président de la Ligue a dit faire confiance aux fans: "Je ne crois pas que les supporters et leurs organisations vont faire le plaisir à ceux qui nous critiquent de se comporter ainsi", a-t-il espéré.

Lors de l'unique match à huis clos jamais disputé en Bundesliga, en mars entre Mönchengladbach et Cologne, plusieurs centaines de fans s'étaient rassemblés hors du stade pour encourager à distance leur équipe. Mais les mesures de confinement n'étaient pas encore complètement entrées en vigueur.

D'autres critiques sont venues du monde du sport hors football. "L'Etat brade la santé de la population pour le football, c'est pervers", s'est emporté le champion du monde 2017 du javelot Johannes Vetter. La championne d'Europe de plongeon Tina Punzel lui a fait écho, trouvant "regrettable que des milliers de tests (de coronavirus) soient utilisés" pour le football : un argument maintes fois entendu ces derniers jours en Allemagne.

Avec AFP