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Arménie-Azerbaïdjan : 4 morts, des "provocations" et une lutte d'influence

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Photo d'archives - Soldat arménien dans le Haut-Karabakh, le 11/07/2012
Photo d'archives - Soldat arménien dans le Haut-Karabakh, le 11/07/2012   -   Tous droits réservés  KAREN MINASYAN/AFP
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Des heurts ont éclaté depuis deux jours entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, deux pays en conflit depuis des décennies. Ce regain de violences semble s'inscrire dans une lutte d'influence entre puissances régionales. Éléments d'explications.

Quatre morts en deux jours

Pour la deuxième journée consécutive, l’Azerbaïdjan et l'Arménie ont échangé des tirs d'artillerie à leur frontière. Le bilan encore provisoire fait état d'au moins 4 morts. Trois soldats azerbaïdjanais ont été tués dimanche et un quatrième lundi.

Les deux pays se rejettent la responsabilité du déclenchement de ces nouvelles hostilités.

Le ministère arménien de la Défense a indiqué que la partie azerbaïdjanaise avait repris lundi matin ses tirs d'obus sur des positions arméniennes, après de premiers affrontements dans la journée et la nuit précédente. Il n'a pas fait état de victimes de son côté.

Pour sa part, le ministre azerbaïdjanais de la Défense parle d'une riposte à des tirs arméniens. Et d'assurer - vidéo à l'appui (voir ci-contre) - avoir détruit, lors de cette opération de représailles, un avant-poste militaire arménien.

Ces derniers affrontements se sont produits dans la région de Tavush, dans le nord-est de l'Arménie. Les tensions ont beau être vives entre les deux pays, il est plutôt rare que des combats se déroulent à la frontière entre les deux ex-républiques soviétiques. Généralement, les accrochages ont lieu dans le Haut-Karabakh, ce territoire qui cristallise les tensions entre les deux voisins (voir plus bas).

"Provocations" du camp adverse : les réactions politiques

Ce regain de violences a rapidement fait réagir les dirigeants politiques des deux pays.

Les autorités politiques et militaires arméniennes portent toute la responsabilité de ces provocations.
Ilham Aliev
Président azerbaïdjanais
Les provocations (de l'ennemi) ne resteront pas sans réponse.
Nikol Pachinian
Premier ministre arménien

Une réunion de l'Organisation du traité de sécurité collective, un bloc dirigé par la Russie et auquel l'Arménie appartient, doit discuter lundi de cette situation. La présidence azerbaïdjanaise a accusé dimanche Erevan de vouloir "entraîner (cette) alliance politico-militaire dans le conflit".

Jeu d'alliances, lutte d'influence

Le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan illustre la fragilité de la situation dans tout le Caucase. La chute de l'URSS au début des années 90 a permis aux républiques soviétiques d'accéder à l'indépendance. Les tensions, jusque-là contenues dans le cadre d'une "pax sovietica", ressurgissent de manière parfois violentes. Et l'émiettement de cette région ouvre la voie à des luttes d'influences de puissances régionales. C'était vrai il y a 30 ans; c'est encore plus vrai aujourd'hui, avec deux pays, la Russie et la Turquie, aux intérêts géo-stratégiques concurrents.

  • RUSSIE

La Russie est la principale puissance de la région. Elle a jugé "inacceptable toute nouvelle escalade qui menacerait la sécurité régionale" dans le Caucase et appelé les belligérants "à la retenue", a indiqué le ministère des Affaires étrangères.

Moscou est un soutien traditionnel de l'Arménie, fournissant notamment un appui militaire. La Russie dispose d'ailleurs d'une importante base militaire à Gyumri (nord-ouest de l'Arménie). Les deux pays sont membres de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une organisation à vocation politico-militaire qui regroupe plusieurs pays du Caucase. Mais pas l'Azerbaïdjan.

Il y a également une proximité religieuse entre l’orthodoxie russe et arménienne.

  • TURQUIE

Ainsi, la Turquie se pose plus que jamais en alliée de l'Azerbaïdjan : alliée historique (les deux pays ont des langues et des cultures similaires) politique, commerciale et militaire. Le lien d'Ankara avec Bakou tient aussi à l'hostilité du régime turc vis-à-vis de l'Arménie : Ankara n'a jamais reconnu le génocide arménien.

D'ailleurs, le ministre turc des Affaires étrangères a rapidement réagi aux derniers développements entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. « Ce que l'Arménie a fait est inacceptable », a-t-il dénoncé, assurant que « l'Azerbaïdjan n'était pas seule » avec la Turquie à ses côtés.

Le Haut-Karabakh

L'Arménie et l'Azerbaïdjan sont en conflit depuis le début des années 1990 pour le contrôle du Haut-Karabakh (également appelé Nagorny-Karabakh). Il s'agit d'une entité auto-proclamée du Caucase du sud.

Cette enclave à majorité arménienne est située au sein des frontières officielles de l’Azerbaïdjan. En 1991, à la faveur d'un référendum, les autorités proclament de manière unilatérale, l'indépendance de ce territoire, avec le soutien de l'Arménie.

Cela déclenche la colère de l'Azerbaïdjan et le début d'un conflit qui fera près de 30 000 morts. Un cessez-le-feu est conclu en 1994.

Depuis, toutes les initiatives pour parvenir à un accord de paix durable ont échoué. En revanche, des heurts aux abords de cette région sont fréquents.

Ainsi en avril 2016, éclatent des affrontements, les plus meurtriers depuis 1994. Plus de 350 personnes (civils et militaires) trouvent la mort.