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Inspire Middle East : Abu Dhabi en pointe dans la lutte contre le Covid-19

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Inspire Middle East : Abu Dhabi en pointe dans la lutte contre le Covid-19
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Dans ce numéro d’Inspire Middle East, Daleen Hassan va évoquer la santé du secteur médical dans la région, pour découvrir les avancées destinées à lutter contre le Covid-19.

Direction ensuite la Tunisie pour voir comment l’intelligence artificielle est utilisée pour améliorer les soins médicaux des populations précaires dans le pays.

  • Covid-19 : les Emirats Arabes Unis en pointe dans la recherche d’un vaccin

Au Moyen–Orient comme dans le reste du monde, les autorités sanitaires tentent de surmonter la crise liée au coronavirus, et un pays du Golfe est aujourd’hui en pointe dans la recherche de traitements. Un reportage de Rebecca McLaughlin-Eastham.

Depuis le signalement des premiers cas de Covid-19 fin janvier aux Emirats Arabes Unis, la ville de Masdar, à Abu Dhabi, a joué un rôle inédit, en soutenant la réponse du pays face à la pandémie. Désormais, elle dispose d’un centre de dépistage de grande capacité, le premier du genre en dehors de Chine, et qui peut tester des milliers de personnes par jour. Jusqu’ici, les Émirats Arabes Unis ont affiché un taux de dépistage parmi les plus hauts du monde.

Les autorités sanitaires d'Abou Dhabi et de Pékin ont annoncé récemment le début de ce qu'elles présentent comme le premier essai clinique de phase III d'un vaccin contre le Covid-19 dans le monde.

Cette coopération associe le géant pharmaceutique chinois Sinopharm et Group 42, une société d'intelligence artificielle et de services informatiques basée à Abu Dhabi.

Dans la capitale émiratie, G42 mène un travail de phase III, destiné à évaluer l’innocuité et l'efficacité du vaccin, sur un échantillon de personnes plus large qu’au cours de la phase II.

Si l’efficacité et l’innocuité du vaccin se confirment, le traitement entrera alors dans une phase de production à grande échelle. Le vaccin issu de cette coopération a déjà franchi avec succès les deux premières phases des essais, 100 % des volontaires ont produit des anticorps après deux doses administrées en l’espace de 28 jours. Les entreprises impliquées affirment qu'un vaccin pourrait être mis sur le marché d'ici fin 2020, ou au début de l’année prochaine.

Pour en savoir plus, nous avons rencontré Ashish Koshy, directeur du département Santé chez Group 42.

Rebecca McLaughlin-Eastham, Euronews – Ashish Koshy, merci d’être avec nous dans Inspire Middle East. On va commencer par vos attentes, qui doivent être très élevées en ce qui concerne ce vaccin, notamment parce qu'il en existe des dizaines d'autres dans le monde à un stade avancé. Quelles sont les chances de "remporter cette course" pour les Emirats Arabes Unis ?

Ashish Koshy, directeur du département Santé chez Group 42 - C'est une très bonne question. Mais d'après ce qu’on observe, je ne vois pas cela comme une course. Il s'agit d'un effort collectif mondial contre une pandémie mondiale. Chaque pays doit jouer son rôle en participant non pas à une course, mais à un effort pour collaborer afin de lutter contre cette pandémie. Et il ne s'agit pas seulement d'une crise sanitaire mondiale, car elle frappe aussi les économies, les emplois, les compagnies aériennes. C'est pour cette raison qu’il faut voir cela comme un effort mondial pour lutter contre cette pandémie.

Alors dans cette course qui n’en test pas une, il y a d'autres acteurs majeurs, notamment aux États-Unis et en Europe, on se demande pourquoi une collaboration avec la Chine était donc la meilleure solution ?

La principale différence avec les autres entreprises dont vous avez parlé, ce sont les autres pays. Sinopharm a deux produits : deux vaccins inactivés qui figurent parmi les dix premiers. Et c'est fondamentalement pour cela qu’il y a eu cette synergie, et que nous avons considéré qu'il s'agissait d'un partenaire solide qui pouvait apporter quelque chose aux Emirats Arabes Unis, qui pouvait apporter cette possibilité, et que nous pouvions aussi offrir un accès rapide au vaccin aux habitants des Emirats Arabes Unis.

Un vaccin unidose, c’est là le principal objectif ? Un traitement qui nécessite juste une ou deux injections pour être immunisé à vie contre le COVID-19 ?

Cent pour cent des volontaires qui ont pris part aux essais cliniques de phase II avaient développé des anticorps au 28ème jour en ayant reçu deux doses. Mais cela étant, qui peut répondre aujourd’hui à cette question ? Ce vaccin pourra-t-il être à dose unique ? Je pense qu'il est trop tôt pour le dire. Cela dépendra des résultats générés par les différents groupes pharmaceutiques, que ce soit ceux de Moderna ou ceux de Sinopharm. Il est trop tôt pour suggérer que l'un de ces vaccins puisse être à dose unique, mais les résultats des essais cliniques de phase 2 de Sinopharm en font certainement un candidat prometteur.

Les virus ont bien sûr la capacité de muter, comment est-il intégré aux travaux de recherche sur les vaccins, comme ceux que vous menez actuellement ?

C'est une excellente question. Dans notre laboratoire de génomique, nous effectuons actuellement le séquençage du Covid-19. Et le but de ce séquençage, c’est simplement de comprendre le scénario de mutation des vaccins non seulement face aux génomes viraux, mais aussi aux humains, afin de déterminer de quelle manière le virus va muter.

Nous avons développé une nouvelle plateforme appelée « plateforme d’intelligence artificielle de Group42 », où nous disposons d'une interface bioinformatique complète pour afficher et identifier tout de suite des schémas de mutation, une fois que les essais cliniques de phase trois auront débuté. Nous disposons d'une quantité pléthorique de données que chacun peut consulter et qui nous permettent d'obtenir des informations extraordinaires sur la façon dont le virus est en train de muter et donc, potentiellement, comment le vaccin peut y répondre pour remédier à cela.

Parlez-nous maintenant de ce qui va se passer après la phase III. Quel niveau d’efficacité doit montrer ce vaccin pour être produit en masse ? Un taux d’immunisation de 50 % serait suffisant pour ce vaccin ?

Ici, nous ciblons au moins un groupe de 5000 personnes ou plus, une large population de volontaires consentants. Je suis sûr que les résultats peuvent être suffisamment positifs pour passer à la phase IV. Et ce qui se passerait lors de la phase IV, c'est que nous obtiendrions l'approbation de l’agence américaine du médicament (FDA), en supposant que les résultats des essais cliniques de la phase trois soient positifs pour obtenir le feu vert de cette agence qui aboutirait à la production, la distribution et la fabrication du vaccin.

  • En Tunisie, les nouvelles technologies au service de la lutte contre la pandémie

De nombreux pays d’Afrique du Nord doivent affronter eux aussi la pandémie et ses conséquences, comme la Tunisie, qui regarde du côté des nouvelles technologies pour trouver des réponses, malgré ses ressources limitées.

Ines Mathlouthi nous explique comment l’intelligence artificielle vient en aide aux institutions et aux travailleurs en première ligne pendant cette période difficile.

Avant la pandémie de Covid-19, les systèmes de santé des pays d'Afrique du Nord devaient déjà faire face à des problèmes majeurs.

En Tunisie, les hôpitaux publics ne reçoivent que 13 % de subventions de l’Etat, selon le Journal officiel de la République tunisienne de 2019.

Au total, seuls 48 scanners et 240 lits de soins intensifs sont mis à disposition pour 90 % de la population dans l’ensemble des hôpitaux publics. Et malgré ces difficultés, la Tunisie a misé sur les technologies, et les ingénieurs, pour freiner la propagation du virus.

Aux côtés du le Dr Mustafa Hamdi, qui enseigne l’intelligence artificielle, un groupe d'étudiants a développé une plateforme en ligne qui décèle les symptômes du coronavirus dans les poumons des patients. Elle compare les radiographies pulmonaires des personnes déjà infectées avec celles des cas suspects.

Un algorithme détermine ensuite, si la personne est positive ou non au Covid-19, avec une fiabilité de 92 %.

« Cette plateforme en ligne, avec une interface ergonomique, est facile à utiliser », explique le Dr Mustafa Hamdi, enseignant au sein de l’INSAT, en Tunisie. « Tout ce qu’il faut faire, c’est soumettre l'image de la radiographie comme ceci, et ensuite le système l'analyse et nous donne un score en quelques secondes, c'est instantané ».

Le projet a été finalisé au mois de mars cette année, au terme de deux mois de recherche qui ont coûté 3 000 dollars. La plateforme a ensuite été approuvée par le ministère de la santé.

« Cette plateforme est également présente au Canada et en Chine », indique Omar Khouaga, doctorant au sein de l’INSAT, en Tunisie, « mais la différence, c’est qu’ici notre plateforme est en libre accès, elle peut être utilisée par n’importe qui ».

Cette plateforme a été validée par le gouvernement, tout comme quinze autres projets depuis avril dernier. Un robot capable de décrypter le génome du virus chez les patients fait partie de ces initiatives qui émanent d’ingénieurs ou de médecins tunisiens.

"Cette application est très importante aujourd’hui », note Taher Gargah, directeur national au sein du ministère tunisien de la Santé. « Car nous pouvons soumettre différentes radiographies et obtenir un retour d'information, il y a donc des symptômes qui prouvent la présence du coronavirus dans les poumons. C'est pourquoi cette application peut nous faire gagner du temps et nous donner un autre diagnostic que celui fourni par le dépistage habituel, et elle nous offre aussi la possibilité de mieux nous préparer pour éviter aux patients, à temps, de subir les symptômes du Covid-19".

L'équipe de recherche peaufine maintenant cette plateforme dans une clinique privée, elle a ajouté de nouvelles fonctionnalités au logiciel pour détecter des cellules potentiellement cancéreuses dans les poumons. D’après l'Observatoire mondial du cancer, 46 habitants sur 100 000 en pourraient développer un cancer du poumon sur la période 2019-2024, en Tunisie.

« Ce centre est très bien équipé, entre le scanner et l'IRM », note Mustafa Hamdi, « c'est pourquoi nous prévoyons de développer davantage nos recherches vers le diagnostic précoce d'autres maladies comme le cancer ».

Dans cet hôpital, les patients atteints d'un cancer du poumon ont cédé leur lit au profit de 70 patients atteints du Covid-19.

Cet hôpital, qui fait partie des trois grands établissements publics, a réalisé 1000 tests par jour grâce à la plateforme, pour déceler les cas en un temps record. Elle a permis aux médecins d'économiser de précieuses heures de travail et a épargné au gouvernement des dépenses : 265 dollars par kit de dépistage, avec des résultats obtenus en sept heures.

« En termes de dépenses, il faut souligner que le Covid-19 a coûté trop cher », estime le Dr Hela Kammoun, qui travaille dans le service de pneumologie de l’hôpital Abderrahmen Mami Ariana. « C'est pourquoi nous avons continué à insister sur les précautions que doivent prendre les gens, car financièrement, nous ne pensons pas pouvoir affronter une deuxième vague, car cela coûterait très cher.

Une deuxième vague de Covid-19 représenterait une contrainte énorme pour les finances de l’Etat tunisien. C'est pourquoi, selon des experts, le pays devrait continuer à s'appuyer pour l’instant sur ses propres atouts et sur ses médecins et ses ingénieurs qualifiés.