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Journée mondiale du cancer : un vaccin peut-il éradiquer l'autre pandémie du 21e siècle ?

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Par Marta Rodriguez Martinez
Image d'archive montrant une femme se faisant vacciner contre le papillomavirus humain.
Image d'archive montrant une femme se faisant vacciner contre le papillomavirus humain.   -   Tous droits réservés  John Amis/AP
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Il n'y a pas que Covid-19 qui ait tué des gens en 2020. La même année, quelque 10 millions de personnes sont mortes du cancer, soit plus de cinq fois plus que le nombre de victimes du nouveau coronavirus, selon les données publiées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à l'occasion de la Journée mondiale du cancer.

En plus de ces décès, il y a eu les victimes collatérales de la situation d'urgence sanitaire liée à la pandémie : celles qui ont reçu un diagnostic tardif ou qui ont subi des retards dans leur prise en charge ou leur traitement en raison de la saturation des systèmes de santé de leur pays.

Entre mars et juin 2020, avec le confinement, il y a eu une diminution de 21 % des nouveaux cas détectés de cancer en Espagne, selon les données de l'Association espagnole de communication scientifique (AECC).

Le cancer n'a pas disparu pour autant, avec 19,3 millions de diagnostics l'année dernière dans le monde. Actuellement, une personne sur cinq souffrira d'un cancer au cours de sa vie. L'OMS prévient que d'ici 2040, ce nombre augmentera jusqu'à 50 %.

Les vaccins étant plus que jamais d'actualité, pourraient-ils mettre un terme à ce fléau, en plus de la pandémie de coronavirus ?

Les vaccins sont administrés afin d'obtenir une immunité durable en inoculant des éléments atténués ou inactivés d'une maladie pour apprendre au système immunitaire de la personne vaccinée à se défendre.

La seule maladie qui a été complètement éradiquée grâce à la vaccination a été la variole, un virus à taux de mortalité élevé qui se caractérisait par l'apparition de pustules pouvant déclencher une réaction inflammatoire mortelle.

La dernière personne diagnostiquée avec cette maladie remonte à 1977, trois ans plus tard l'OMS a certifié son éradication.

Bien qu'il s'agisse de la campagne d'éradication la plus réussie, la liste des maladies que la vaccination a réussi à réduire à sa plus simple expression est longue : diphtérie, poliomyélite, rougeole, tétanos...

les vaccins qui existent déjà contre des cancers

Actuellement, il existe déjà des vaccins qui peuvent prévenir certains types de cancer, mais le défi est que la plupart des cas n'ont pas leur origine dans un agent infectieux tel qu'un virus ou une bactérie, explique à Euronews Rubén Pío, chercheur et directeur du programme de cancérologie à l'université de Navarre.

"Nous devons faire la distinction entre les vaccins préventifs et thérapeutiques", souligne le Dr Pío. Le vaccin contre le Covid-19, par exemple, est préventif car vous le recevez lorsque vous êtes en bonne santé afin d'activer les mécanismes de défense contre l'agent infectieux.

Le système immunitaire peut également être formé pour se défendre contre les virus qui peuvent causer le cancer, mais seulement 25% des cas sont causés par une infection, selon les données de l'OMS.

Le domaine de la vaccination préventive contre le cancer n'est donc pas très étendu, mais il existe des exemples.

Le plus répandu est le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), explique le chercheur, qui est une infection pouvant provoquer entre autres des cancers du col de l'utérus ou de la gorge. Un autre vaccin qui peut prévenir certains cas de cancer, en particulier le cancer du foie, est le vaccin contre l'hépatite B.

Mais les possibles vaccins contre le cancer ne se limitent pas seulement à la prévention. "Vous pouvez également utiliser des vaccins thérapeutiques, qui apprennent à votre système immunitaire à reconnaître la tumeur lorsqu'elle est déjà présente", explique le chercheur.

Le Dr Pío cite par exemple le vaccin Heberprovac pour traiter le cancer avancé de la prostate, développé par des scientifiques cubains et dont l'essai clinique a été prolongé en 2019.

Un autre exemple, souligne le cancérologue, est la thérapie au bacille Calmette-Guérin (BCG) utilisée pour traiter le cancer de la vessie "en injectant un virus atténué similaire à celui de la tuberculose pour générer une réponse immunitaire qui attaque la tumeur".

Des pathologies différentes pour chaque personne

Un autre obstacle majeur à la vaccination contre le cancer est que la maladie diffère en fonction du génome de chaque personne, contrairement à ce qui peut se produire avec un virus comme le coronavirus.

En ce qui concerne le cancer, le Dr Pío explique que les dommages causés à l'ADN de chaque personne varient et qu'il faut quelque chose de spécifique à chaque tumeur pour fabriquer un vaccin, par exemple, il n'existe pas d'antigène universel pour tous les cancers du poumon.

"Non seulement il n'y a pas deux cancers identiques, mais chez la même personne, le cancer évolue", explique le chercheur, c'est pourquoi il existe des traitements qui cessent d'agir au bout d'un certain temps chez certains patients. "Il ne faut jamais dire jamais en science, mais il semble difficile de séquencer les altérations d'une tumeur spécifique pour concevoir un vaccin universel".

La recherche avance, elle, vers une médecine oncologique personnalisée, grâce au développement des connaissances sur le génome humain et aux technologies qui permettent de séquencer les altérations spécifiques à chaque patient, explique l'expert.

La clé de toutes ces avancées — qui relèvent du domaine de l'immunothérapie — est de comprendre comment les défenses de l'organisme réagissent à l'attaque des cellules tumorales. Le cancérologue explique que les vaccins ne sont qu'une stratégie parmi d'autres.

Espoir au niveau du système immunitaire

L'immunologue japonais Tasuku Honjo a commencé son discours de remise du prix Nobel de médecine en rappelant que le cancer est la principale cause de décès depuis un demi-siècle, et cette tendance s'aggrave à mesure que l'espérance de vie moyenne augmente.

Mais ce pronostic n'est pas si pessimiste que cela, car il s'agit de révéler les secrets de notre système immunitaire sophistiqué.

C'est ce qu'a souligné le Dr Hojo en recevant la plus haute récompense dans le domaine de la médecine en 2018 pour ses avancées dans le traitement du cancer par immunothérapie : "Comment avons-nous pu développer un système de reconnaissance immunitaire aussi sophistiqué qui utilise le réarrangement des gènes ? Le mécanisme de réarrangement génétique a dû se développer accidentellement — probablement il y a environ cinq cent millions d'années, lorsque les vertébrés ont évolué. Par la suite, il a dû persister par sélection naturelle en raison de l'avantage de survivre aux maladies infectieuses."

Il conclut : "Étant donné que les chances d'une telle mutation et sélection doivent être incroyablement faibles, nous, les êtres humains, sommes tous très chanceux."

Sources additionnelles • Traduction et adaptation : Thomas Seymat