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Groenland : des élections législatives sur fond de projet minier controversé en Arctique

Par Euronews avec AFP
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Depuis les années 1990, le réchauffement climatique est deux fois plus rapide au pôle Nord qu'ailleurs.
Depuis les années 1990, le réchauffement climatique est deux fois plus rapide au pôle Nord qu'ailleurs.   -   Tous droits réservés  (Photo : Emil Helms/Ritzau Scanpix)
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Les Groenlandais élisent mardi leur Parlement, un scrutin aux allures de référendum sur un projet minier controversé et la diversification économique de la plus grande île du monde, confrontée au réchauffement climatique accéléré dans l'Arctique.

Territoire autonome danois, sa situation géographique en fait un enjeu pour les grandes puissances, comme l'a prouvé pendant l'été 2019 l'offre d'achat du président Trump. Mais si le Groenland n'est pas à vendre, son gouvernement local cherche à y attirer les investissements étrangers, clé d'une possible indépendance.

En février, la question de l'exploitation, par une entreprise australienne aux capitaux chinois, du gisement de terres rares et d'uranium de Kuannersuit, à l'extrême-sud de l'île, a déclenché une crise politique. Elle a entraîné ces élections anticipées, pour lesquelles sept formations se disputent les 31 sièges du Parlement local, l'Inatsisartut.

D'un côté, le plus grand parti, Siumut, formation social-démocrate au pouvoir de manière quasi ininterrompue depuis l'autonomie de 1979, est favorable à l'exploitation du filon.

De l'autre, le parti Inuit (IA), formation gauche-verte, s'y oppose, principalement pour des raisons environnementales, notamment à cause des déchets radioactifs.

"Non à la mine"

"Il faut dire non à la mine et nous permettre de développer notre pays d'une manière qui nous est propre. Au Groenland, nous avons de l'air pur, une nature préservée, nous vivons en harmonie avec la nature et nous n'allons pas la polluer", dit à l'AFP la députée IA Mariane Paviasen, meneuse des anti-mine.

Habitante de Narsaq (1 500 habitants) où la mine serait exploitée pour 37 ans en cas d'aval des autorités, elle se bat depuis des années pour interdire tout permis.

Le Groenland est autonome sur ses ressources minières depuis 2009. L'année suivante, Greenland Minerals a obtenu une licence d'exploration du gisement, considéré comme l'un des plus importants au monde pour ces minerais essentiels aux technologies de pointe.

Mais l'entreprise doit encore obtenir un feu vert d'exploitation des autorités locales et nationales.

Pour Erik Jensen, président du Siumut, la mine aurait "une grande signification pour le développement de l'économie groenlandaise" en diversifiant les revenus.

Dans un territoire marqué par les effets perturbateurs du dérèglement climatique sur les modes de vie traditionnels, le projet, situé dans le seul territoire agricole du Groenland, cristallise les passions.

"La population de Narsaq (...) a l'impression qu'elle serait obligée de partir et la question devient alors comment légitimer la fermeture d'une ville ? ce qui rappelle l'époque coloniale", explique la politologue Nauja Bianco.

Quant aux nouvelles ressources financières, "ce n'est pas une solution miracle", souligne Birger Poppel, professeur à l'Université du Groenland.

Si le projet pourrait rapporter près de 200 millions d'euros de ressources budgétaires selon Greenland Minerals, il réduirait également la subvention annuelle danoise de la moitié de ce montant du fait des partages de revenus avec l'État danois, souligne le spécialiste.

Si Copenhague assure ne pas être opposé par principe à l'indépendance, s'émanciper totalement priverait le Groenland des généreux subsides danois, plus de 520 millions d'euros par an, soit un tiers de son budget.

Indépendance

Exportation de sable ou d'engrais naturels, développement du tourisme voire de l'agriculture à la pointe sud font partie d'autres options de développement économique pour le Groenland, souligne Mikaa Mered, spécialiste des pôles à SciencesPo Paris.

La pêche, qui représente actuellement l'essentiel du PIB local, et 90% de ses exportations, continue à attirer. Prospère, le secteur semble pour l'heure bénéficier du changement climatique grâce à une diversification des prises.

"J'adore être pêcheur indépendant", confie à l'AFP Lars Heilmann, 27 ans, qui pêche majoritairement du flétan pour l'exportation.

De l'élection, il espère peu, "seulement une hausse des quotas dans le fjord de Nuuk", dit-il lors d'une virée en mer.

Si dans son quotidien, le dérèglement climatique ne s'est encore que "peu manifesté", il est prégnant dans la vie des chasseurs et des petites communautés côtières où il affecte les déplacements des animaux sauvages.

Depuis les années 1990 le réchauffement climatique est deux fois plus rapide au pôle Nord qu'ailleurs. Pourtant, le territoire n'a pas signé l'Accord de Paris sur le climat, ce que le parti Inuit a promis de faire s'il arrive au pouvoir.

Les résultats sont attendus dans la nuit de mardi à mercredi.