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Pour dissuader les clandestins, Londres va refouler les demandeurs d'asile... au Rwanda

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Par euronews  avec AFP, AP
Archives : débarquement de réfugiés recueillis durant leur traversée de la Manche - Douvres (Angleterre), le 16/09/2021
Archives : débarquement de réfugiés recueillis durant leur traversée de la Manche - Douvres (Angleterre), le 16/09/2021   -   Tous droits réservés  Alastair Grant/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved

Les autorités britanniques ont annoncé ce jeudi un projet controversé d'envoyer au Rwanda des demandeurs d'asile arrivés illégalement. Des ONG de défense des droits de l'Homme dénoncent un projet "inhumain".

En 2021, 28 500 personnes ont traversé la Manche vers les côtes britanniques. C'est trois fois plus que l'année précédente (8 466), d'après les chiffres du ministère britannique de l'Intérieur. 

Le Premier ministre britannique, le conservateur Boris Johnson, a donc décidé d'opérer un tour de vis sur la question migratoire. L'initiative la plus spectaculaire (et controversée) est ce projet d'envoyer au Rwanda les demandeurs d'asile arrivés illégalement.

Un accord a été signé dans ce sens ce jeudi à Kigali par Priti Patel, ministre britannique de l'Intérieur, et Vincent Biruta, ministre rwandais des Affaires étrangères. L'accord porte sur plusieurs millions de dollars, afin d'organiser l'accueil au Rwanda, des migrants et des demandeurs d'asile de différentes nationalités arrivant au Royaume-Uni.

SIMON WOHLFAHRT/AFP or licensors
Priti Patel (à g.), ministre britannique de l'Intérieur et Vincent Biruta, ministre rwandais des Aff. étrangères - Kigal (Rwanda), le 14/04/2022SIMON WOHLFAHRT/AFP or licensors

"Le Rwanda se réjouit de ce partenariat avec le Royaume-Uni pour accueillir des demandeurs d'asile et des migrants, et leur offrir des voies légales pour vivre" dans ce pays d'Afrique de l'Est, a déclaré dans un communiqué le chef de la diplomatie rwandaise. 

Le contenu de l'accord

Ce plan de "relocalisation" s'applique à toute personne entrant illégalement au Royaume-Uni ainsi que ceux qui sont arrivés illégalement depuis le 1er janvier.

Sont donc concernés tous les étrangers entrés illégalement, d'où qu'ils viennent (Iran, Syrie, Erythrée..).

En vertu de l'accord annoncé jeudi, Londres financera dans un premier temps le dispositif à hauteur de 120 millions de livres (144 millions d'euros).

Le gouvernement rwandais a précisé qu'il proposerait la possibilité "de s'installer de manière permanente au Rwanda s'ils le souhaitent".

Boris Johnson se justifie

Depuis plusieurs mois, Boris Johnson et son gouvernement cherchent à conclure des accords avec des pays tiers où envoyer les migrants en attendant de traiter leur dossier. 
Le chef du gouvernement britannique s'inspire de ce que fait l'Australie, qui renvoie les clandestins dans des îles éloignées du Pacifique.

Le Rwanda, un des pays les "plus sûrs au monde, mondialement reconnu pour son bilan d'accueil et d'intégration des migrants"
Boris Johnson
Premier ministre britannique

Alors pourquoi le Rwanda ? Boris Johnson y a répondu ce jeudi lors d'undéplacement dans le Kent (sud-est de l'Angleterre). Ce pays de l'Afrique des Grands Lacs est en capacité d'accueillir "des dizaines de milliers de personnes dans les années à venir". Il a décrit ce pays comme l'un des "plus sûrs au monde, mondialement reconnu pour son bilan d'accueil et d'intégration des migrants."

En envoyant des demandeurs d'asile à plus de 6 000 kilomètres du Royaume-Uni, le gouvernement britannique veut décourager les candidats au départ vers le Royaume-Uni.

Réactions indignées des ONG

Plusieurs ONG de défense des droits de l'homme ont vivement réagi à ce projet, dénonçant son "inhumanité".

Amnesty International a critiqué "une idée scandaleusement mal conçue" qui "fera souffrir tout en gaspillant d'énormes sommes d'argent public", soulignant aussi le "bilan lamentable en matière de droits humains" du Rwanda.

Daniel Sohege, directeur de l'organisation de défense des droits humains Stand For All, a déclaré à l'AFP que l'initiative du gouvernement était "inhumaine, irréalisable et très coûteuse", recommandant plutôt d'ouvrir des voies d'entrée au Royaume-Uni "plus sûres" car celles existant sont "très limitées".

Réactions à Douvres

Douvres, ville portuaire du sud-est de l'Angleterre, est en première ligne dans l'accueil des réfugiés traversant la Manche. 
Interrogés sur ce projet en matière d'immigration, les habitants sont partagés.

"Ils (les clandestins) doivent être renvoyés parce que ce n'est pas notre responsabilité. Notre responsabilité c'est de s'occuper de notre propre population, ce que l'on ne fait pas", déclare ainsi Andy, 68 ans, un vétéran de l'armée britannique.

Mike Allan, retraité de 73 ans, jugeait lui l'idée "absolument ridicule" et "beaucoup plus coûteuse sur le long terme".