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République démocratique du Congo : pourquoi parle-t-on des rebelles et des milices M23, ADF, Codeco?

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Par euronews  avec AFP
Habitants de la région de Goma, fuyant les combats entre les rebelles du m23 et l'armée régulière de la RDC, le 24 mai 2022
Habitants de la région de Goma, fuyant les combats entre les rebelles du m23 et l'armée régulière de la RDC, le 24 mai 2022   -   Tous droits réservés  AP Photo/Moses Sawasawa

Depuis des décennies, la République démocratique du Congo (RDC) est en proie a de nombreux mouvements rebelles, notamment dans l'Est de son territoire. Ces groupes sont particulièrement actifs dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Ces organisations sont cristallisées autour de l'origine ethniques de leurs combattants ou sont motivées par des raisons religieuses. Le point sur la situation. 

Le M23, de retour sur scène au Nord-Kivu

Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) a alerté ce vendredi que plus de 72 000 personnes ont dû fuir leurs maisons en huit jours dans l'est du pays pour échapper aux combats entre l'armée et les rebelles du "Mouvement du 23 mars" (M23). Ces affrontements ont repris récemment dans le territoire de Rutshuru, théâtre habituel des combats avec le M23, et se sont étendus cette semaine au territoire voisin de Nyiragongo, plus proche de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.

Ce mouvement, également appelé "Armée révolutionnaire congolaise", est considéré comme le dernier avatar de rébellions à dominante tutsi dans l'Est troublé de la RDC. Le M23 est né en mai 2012 d'une mutinerie d'anciens rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) intégrés au sein de l'armée congolaise.

Les mutins accusaient alors Kinshasa de ne pas respecter les clauses de l'accord signé le 23 mars 2009 (d'où le nom de leur "mouvement du 23 mars") qui avait permis leur intégration militaire.

Le M23, qui a occupé Goma pendant une dizaine de jours en novembre/décembre 2012, a été vaincu l'année suivante par les forces armées congolaises, après 18 mois de guérilla.

Jerome Delay/AP
Rebelles du M23, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, le 30 novembre 2012Jerome Delay/AP

Après sa défaite militaire, le M23 a poursuivi des négociations avec Kinshasa, tandis que plusieurs centaines de ses combattants avaient trouvé refuge en Ouganda, où ils ont été cantonnés, et au Rwanda.

Fin 2013, à Nairobi, le M23 et Kinshasa ont signé des engagements, notamment pour ouvrir la voie au rapatriement de la plupart des combattants de l'ex-rébellion en vue de leur réinsertion dans la vie civile. Cette opération n'a jamais connu d'avancée significative.

Début 2017, après quelques années de répit, le gouvernement congolais et de nombreux témoignages d'habitants ont fait état de la présence d'ex-combattants M23 dans la région de Rutshuru. La mission de l'ONU en RDC (Monusco) disait aussi disposer "de multiples indices" sur leur présence sur le territoire congolais.

La situation s'est de nouveau calmée mais, depuis novembre 2021, les M23 sont accusés d'attaquer les positions de l'armée dans le territoire de Rutshuru, à la lisière avec le parc national des Virunga. Le mouvement rebelle reproche aux autorités de n'avoir pas respecté les engagements signés à Nairobi sur la démobilisation de ses combattants.

Les combats avaient repris en avril entre l'armée et ce mouvement, au premier jour de nouvelles consultations, entre le gouvernement congolais et des groupes rebelles actifs dans l'Est de la RDC. La présidence congolaise avait alors indiqué avoir obtenu de la médiation kényane l'expulsion de la branche du M23 qu'il accusait d'avoir relancé les hostilités.

Ces derniers jours, le M23 a affirmé que des éléments des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), rebelles hutu rwandais réfugiés en RDC, étaient venus renforcer l'armée congolaise et avaient attaqué certaines de ses positions ce dimanche matin. Selon le M23, les militaires congolais se sont "réfugiés" dans une base de la Monusco, "forçant ainsi la main" aux Casques bleus "pour intervenir dans les combats". Les Nations unies ont, elles, accusé les rebelles du M23 d'avoir "délibérément" attaqué des Casques bleus. 

Les relations entre Kinshasa et Kigali sont tendues depuis le génocide au Rwanda en 1994 avec l'arrivée massive en RDC de Hutu rwandais accusés d'avoir massacré des Tutsi durant le génocide. Depuis, le Rwanda a été régulièrement accusé par Kinshasa d'incursions en RDC et de soutien à des groupes armés dans l'Est du pays. Kigali a toujours démenti, accusant également son voisin d'incursions sur son territoire. 

Pour les populations locales, la situation est extrêmement difficile. Si les habitants de ces zones de l'Est de la RDC subissent les agissements des rebelles, elles sont également victimes d'exactions commises par l'armée régulière. Dans le territoire de Masisi, dans le Nord-Kivu, de nombreux témoignages et des rapports accusent ainsi les soldats d'exécutions, de viols, de torture et d'autres vols. Pour de nombreux observateurs, l'état de siège décrété en mai 2021 par le président Félix Tshisekedi, n'a fait qu'aggraver les choses. L'objectif de ce texte, qui a donné les pleins pouvoirs aux militaires dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, était de mettre un terme à la violence dans cette zone. Selon les Nations unies, les soldats sont même responsables "d’au moins 231 violations des droits de l’homme" dans le Masisi entre le 6 mai 2021 et le 9 février 2022. 

Les mouvements actifs dans la province de l'Ituri

La province de l'Ituri est, elle, en prise avec les rebelles des ADF (pour "Allied Democratic Forces", soit Forces démocratiques alliées), un mouvement essentiellement composé d'islamistes. 

Les ADF sont présentés par l'organisation djihadiste État islamique comme sa branche en Afrique centrale. Ils sont surtout actif dans le territoire d'Irumu, au le sud de l'Ituri, situé à la frontière avec la province du Nord-Kivu, où ils commentent aussi de fréquentes attaques sanglantes. 

AP Photo/Al-hadji Kudra Maliro
Patrouilles conjointe de l'armée de la RDC et des casques bleus des Nations unies, non loin de Beni au Nord-Kivu, après une attaque des rebelles de l'ADF, le 23/7/2021AP Photo/Al-hadji Kudra Maliro

Ce jeudi, 17 dépouilles, en état de décomposition avancée, ont été trouvées par des militaires en patrouille au bord de la rivière Ituri, vers la colline Balakima, dans ce territoire d'Irumu. Le président de la Croix-rouge locale, qui s'est rendu sur les lieux a indiqué que les corps avaient été décapités et qu'il s'agissait de "civils, visiblement des otages tués par les rebelles ADF".

Les ADF sont accusées d'avoir perpétré des attaques ayant coûté la vie à des milliers de personnes et d'être responsable d'une série d'attaques à la bombe dans la capitale ougandaise Kampala.

Un autre groupe armée est présent plus au nord, dans le territoire de Djugu. Les miliciens dela Coopérative pour le développement du Congo (Codeco) sont considérés comme étant l'un des groupes armés les plus meurtriers dans la partie orientale de la RDC. La Codeco est structurée autour d'une secte religieuse et prétend défendre les intérêts des Lendu, une communauté de l'Ituri. En mai, une cinquantaine de civils ont été tués dans des attaques attribuées aux miliciens de ce groupe. 

En face de cette milice, un autre groupe s'est formé pour se défendre.  Ainsi, la milice Zaïre/FPAC (Front Populaire d'Autodéfense en Ituri) se définit comme un groupe d'autodéfense qui s'est assigné pour "mission" de protéger des membres de la communauté Hema contre les attaques de la milice de la communauté rivale Lendu, la Codeco.

Ce groupe serait récemment responsable de l'attaque du village, où une dizaine de personnes ont trouvé la mort.  

"Au moins 11 civils ont été tués (jeudi) dans le village Ndungbe", situé à une vingtaine de kilomètres de Bunia dans le territoire de Djugu (Ituri), écrit sur Twitter le Baromètre sécuritaire du Kivu (BSK), soupçonnant les miliciens du groupe armé Zaïre d'être responsables de ce massacre

"Les attaques de miliciens Zaïre contre des civils semblent désormais répondre systématiquement aux fréquentes attaques de Codeco contre d'autres civils", a déclaré Pierre Boisselet, l'un des responsables de BSK, estimant qu'il y a "risque de communautarisation et radicalisation accrue" des violences dans cette région.

Un précédent conflit entre milices communautaires avait fait des milliers de morts entre 1999 et 2003, jusqu'à l'intervention d'une force européenne, l'opération Artémis, sous commandement français.