Cinq enfants, un empire médiatique, un parti politique : la délicate succession de Silvio Berlusconi

Les cinq enfants du "Cavaliere" héritent de son empire médiatique et de son parti politique.
Les cinq enfants du "Cavaliere" héritent de son empire médiatique et de son parti politique. Tous droits réservés Canva, AFP, AP
Par Giulia Carbonaro
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Silvio Berlusconi a eu deux enfants de sa première femme et trois de la seconde. Ils hériteront tous de l'empire que le magnat des médias a bâti de toutes pièces.

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Cinq enfants qui ont grandi dans l'ombre de leur père, riche et puissant, à la tête d'un empire médiatique qui a hypnotisé le pays tout entier et façonné sa politique et son destin. L'histoire ressemble à s'y méprendre à celle de la célèbre série fictionnelle télévisée "Succession" produite par HBO, qui narre les vicissitudes d'un clan familial tourmenté par la question de l'héritage du patriarche, Logan Roy. Ce dernier, magnat à la tête d'un colossal conglommérat des médias et du divertissement, se montre haut en couleurs, lunatique et retors. Cette fois-ci, l'histoire ne se déroule pas sur la côte est des Etats-Unis mais en Italie, y incorpore politique, et est bien réelle.

Silvio Berlusconi est issu d'une famille de la petite bourgeoisie - un employé de bureau et une femme au foyer - de la région de Milan. Il deviendra au fil de son ascension l'un des hommes d'affaires les plus riches et les plus prospères de son pays.

Sa carrière a commencé dans le bâtiment et la promotion immobilière dans les années 1970 et s'est poursuivie dans le monde de la télévision, qu'il a complètement révolutionné en créant la première chaîne nationale privée du pays, Canale 5. Celle-ci sera ensuite intégrée à Mediaset, un réseau comprenant 3 des 7 chaînes nationales. Un instrument puissant pour un homme ambitieux en quête d'exposition et de popularité.

Fort du succès dans le monde des affaires, Silvio Berlusconi décidera ensuite de se lancer en politique, qu'il dominera pendant trois décennies, couvrant trois mandats de Premier ministre italien entre 1994 et 2011, le tout ponctué de scandales, d'accusations de corruption et de controverses. Au cours de cette vie de fauve politique, il fondera son propre parti, Forza Italia, actuellement membre de la coalition de droite qui gouverne le pays.

Lorsque l'état de santé du "Cavaliere" a commencé à se dégrader lundi, Marina (56 ans) et Pier Silvio (54 ans), issus du premier mariage du magnat des médias avec Carla Elvira Lucia Dall'Oglio, ainsi que Barbara (38 ans), Eleonora (37 ans) et Luigi (34 ans), issus de son second mariage avec Veronica Lario, l'ont rejoint à son chevet. Les cinq enfants accompagneront leur père jusqu'à son décès, survenu au terme d'une longue leucémie.

L'empire médiatique de Berlusconi et son parti doit désormais leur être transmis. Tous détiennent une participation dans Fininvest, holding financière de plusieurs milliards d'euros qui chapeaute les différentes participations dans les entreprises, notamment médiatique, du conglomérat bâti par leur père. Elle est actuellement principale actionnaire de Media for Europe (MFE), ex-Mediaset qui compte plusieurs chaînes de télévision nationales, ainsi que du géant de l'édition Mondadori.

Qui reprendra l'empire médiatique de Berlusconi ?

Les enfants de Silvio Berlusconi détiennent chacun une participation de 7,65 % dans Fininvest, selon les médias italiens. Le magnat des médias contrôlait environ 61 % des actions de la société, qui devront désormais être réparties entre ses enfants.

Alessandra Tarantino / AP Photo
Marina Berlusconi, fille de l'ancien président du Conseil italien Silvio Berlusconi, le 21 mai 2009.Alessandra Tarantino / AP Photo

Aucun des enfants de Silvio Berlusconi, qui ont pour la plupart évité les projecteurs des médias, n'a montré la même énergie que celle que leur père a su insuffler au public italien. Mais au moins l'un d'entre eux semble avoir le même instinct des affaires : l'aînée, Marina Berlusconi.

Cette dernière, âgée de 56 ans, fait aujourd'hui figure de successeuse naturelle de M. Berlusconi, bien que M. Berlusconi ne l'ait jamais officiellement désignée comme son successeur.

Avec son frère Pier Silvio, aujourd'hui à la tête de Mediaset, Marina a été directement impliquée dans la gestion des entreprises de son père depuis qu'il est entré en politique au début des années 1990. Elle a été vice-présidente de Fininvest pendant neuf ans et siège au conseil d'administration de la société depuis 2005.

Miguel Medina / AFP
Le fils aîné de la fratrie, Pier Silvio, est vice-président de l'entreprise de médias italienne Mediaset Group.Miguel Medina / AFP

Les trois enfants que Berlusconi a eu avec sa seconde épouse, en revanche, ont toujours été tenus à l'écart de l'entreprise familiale. Barbara et Eleonora n'ont jamais occupé de postes de direction de premier plan au sein de Fininvest ou de Mediaset, même si Barbara a joué un rôle de premier plan dans la gestion du club de football de Milan, alors propriété de Berlusconi, jusqu'à sa vente en 2017.

Tiziana Fabi / AFP
Les enfants de Silvio Berlusconi, Luigi (à droite) et Eleonora (à gauche), quittent la résidence de Palazzo Grazioli, le 2 août 2013 à Rome.Tiziana Fabi / AFP

Luigi, le fils cadet, est membre du conseil d'administration de Fininvest et représente les intérêts de sa famille dans la société avec Barbara. Eleonora est probablement la moins intéressée par l'héritage de son père, puisqu'elle a choisi d'abandonner son nom de famille et de se faire appeler "Bartolini", le vrai nom de sa mère Veronica Lario, née Miriam Bartolini.

Olivier Morin / AFP
Barbara Berlusconi, membre du conseil d'administration de l'AC Milan.Olivier Morin / AFP

En vertu de la législation italienne, les enfants de Silvio Berlusconi ont le droit d'hériter des deux tiers de sa fortune à parts égales - dans le cas de Fininvest, 8,13 % des parts de la société pour chacun d'entre eux. Le tiers restant peut être utilisé à la guise du défunt, ce qui signifie que M. Berlusconi aurait pu décider, dans son testament, de distribuer les 33 % restants de Fininvest à Marina et Pier Silvio, leur donnant ainsi plus de pouvoir dans l'entreprise.

Quel avenir pour Forza Italia, leparti fondé par Silvio Berlusconi ?

Un point d'interrogation encore plus grand entoure l'héritage de la direction de Forza Italia. Nombreux sont ceux qui, même au sein du parti, craignent que le parti de centre-droit ne déperisse en l'absence de celui qui a présidé à sa destinée, notamment en assurant son financement, durant des décennies.

Giovanni Miccichè, un ancien allié de Silvio Berlusconi qui a quitté Forza Italia pour créer son propre parti en 2010, déclarait lundi que Forza Italia était mort avec l'ancien premier ministre. Mais la décision de maintenir le parti en vie - ou non - appartient à la fratrie héritière.

"Le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, appartient désormais à ses héritiers, ses enfants", a tweeté Daniele Albertazzi, professeur de politique à l'université du Surrey, au Royaume-Uni.

"Ce sont également eux qui auraient les moyens de continuer à le financer, comme [Silvio Berlusconi] a continué à le faire au fil des ans. En tant que parti personnel, il fait désormais partie de l'héritage de M. Berlusconi, au même titre que ses entreprises." Toutefois, selon Daniele Albertazzi, "le parti était déjà en phase terminale de déclin" avant la mort du Berlusconi.

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"La présence de Silvio Berlusconi a permis au parti d'attirer encore quelques votes pendant un certain temps, de la part de personnes qui s'étaient habituées à le soutenir pendant ses années d'or", analyse-t-il sur Twitter.

"Même si ses enfants décidaient de continuer, qui pourrait attirer les votes aujourd'hui ? " Non seulement il n'a jamais choisi de successeur, mais au sein du parti, personne n'a démontré jusqu'à présent la vision, le charisme et les connaissances nécessaires pour s'atteler à cette tâche colossale et tenter de redresser le navire.

Pour Daniele Albertazzi, Giorgia Meloni, actuellement à la tête de l'exécutif, essaiera de maintenir le parti à flot dans son propre intérêt. "Je ne serais pas surpris que Meloni intervienne pour stabiliser le navire et donner un coup de main, alors que les représentants de Forza Italia commencent à courir comme des poulets sans tête, craignant pour leur avenir", analyse-t-il. "Dans l'immédiat, elle n'a pas besoin que le parti déstabilise le gouvernement en sombrant dans la guerre civile, alors que ses représentants réalisent qu'ils ne retourneront pas au Parlement..."

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