Jeux Olympiques de Paris : qu'adviendra-t-il des sans-abris ?

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Par Ilaria Federico
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10 hébergements temporaires ont été installés à travers la France, dans le but de délocaliser les sans-abris hors des rues de la capitale. Plus de 60 associations dénoncent un "nettoyage social".

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Les autorités françaises ont instauré une nouvelle approche pour lutter contre le sans-abrisme dans la capitale. Depuis le printemps, dix centres d'hébergement temporaires appelés SAS ont été établis à travers la France, dans des villes telles que Toulouse, Bordeaux, Angers et Strasbourg, dans le but de déplacer les personnes sans-abri des rues de Paris.

Début octobre, la préfecture de Paris a interdit la distribution alimentaire par des associations dans certains arrondissements du nord de la ville. La décision a été annulée une semaine plus tard par le tribunal administratif suite à la mobilisation d'environ 30 associations.

Plus de 60 organisations françaises ont exprimé leur désaccord avec cette approche, condamnant la stratégie de délocalisation comme une forme de "nettoyage social" orchestrée par le gouvernement. Les associations dénoncent la volonté du gouvernement de créer une image “propre” de Paris avant les Jeux olympiques de 2024. Elles ont fait part de leurs préoccupations dans une lettre adressée aux organisateurs des Jeux olympiques. Paul Alauzy est le porte-parole du collectif d'associations "Le revers de la médaille". Il a exposé ses inquiétudes à Euronews.

"On peut imaginer, par exemple, que je suis un demandeur d’asile afghan fuyant la dictature des talibans. J'arrive à Paris, mais un jour, un bus vient sur mon campement et m'emmène. Malheureusement, si je ne suis pas dans les bonnes cases administratives, je vais me retrouver dans une région où il y a potentiellement beaucoup moins d’associations pour le médical, le social, le juridique, et donc je reviendrai à Paris."

"Ces politiques étaient déjà en place, mais les JO ont accéléré les choses. Il y a un impératif de créer ce qu'on appelle une ‘ville propre’, et de réaliser le ‘travail de harcèlement et de nettoyage’, ce sont les mots du ministre de l'Intérieur", a-t-il poursuivi. "Et nous savons que cela vise aussi les populations que l'État considère comme indésirables", a expliqué Paul Alauzy, également coordinateur chez Médecins du Monde.

Les squats en danger

En avril 2023, le plus grand squat de Paris, connu sous le nom d'Unibéton, a été démantelé. Environ 400 personnes, principalement originaires du Tchad et du Soudan, ont été expulsées du site qu'ils occupaient depuis trois ans. La zone est destinée à faire partie du village olympique pour les Jeux de Paris 2024.

Faris, l'un des anciens résidents - président de l'association Réfugiés autonomes et représentant du Collectif des Tchadiens Soudanais à Paris -, témoigne : "Nous avons eu des réunions avec la préfecture. Des promesses ont été faites quant à l'hébergement et à la prise en charge de tout le monde. Aucune de ces promesses n'a été tenue. Ainsi, toutes ces personnes se retrouvent à la rue."

Le réfugié politique tchadien était le référent du squat. "Je pense que les réfugiés, c'est une mauvaise image pour les JO. C'est pourquoi ils ont décidé de nous expulser. Mais aucune solution n'a été proposée pour les personnes expulsées des squats."

D'autres centres d'accueil pour les sans-abri, situés près des sites désignés pour les Jeux olympiques, subissent également une pression croissante. C'est le cas de la Halte Humanitaire.

"Les personnes vivant dans la rue, notamment les populations exilées, sont de plus en plus chassées loin de Paris. On nous fait remonter régulièrement que les personnes sont réveillées la nuit et qu'on leur demande de partir" a expliqué Benjamin Cagan à Euronews, responsable de service à la Halte Humanitaire, gérée par l'Armée du Salut. "Une de nos craintes, c'est les difficultés que les personnes vont rencontrer pendant les Jeux olympiques pour pouvoir se déplacer et pour pouvoir accéder à certains lieux de répit.

La préfecture de Paris Île-de-France a déclaré à Euronews qu'elle s'engage à sortir ces personnes de la rue et a souligné son objectif de sécuriser des logements plus dignes, indépendamment des Jeux olympiques. "JO ou pas, nous procéderions de la même manière car il s'agit de pouvoir trouver un lieu digne pour ces personnes en leur assurant un suivi social et administratif.”

Cependant, les personnes sans-abri sont confrontées à une situation précaire car elles sont obligées de participer à des entretiens avec la préfecture de Paris. Ces rencontres pourraient aboutir à l'expulsion de migrants actuellement en situation irrégulière.

Pourtant, la préfecture soutient que c'est la meilleure solution pour les sans-abri. "Compte-tenu de la saturation du parc d'hébergement francilien, la création des SAS en régions depuis avril 2023, constitue une réponse adaptée puisque 3 192 personnes ont été orientées en province, dont 734 personnes en famille et 2 458 hommes isolés. Volontaires pour partir en province, ces personnes ont pu bénéficier d'une prise en charge adaptée à leur situation administration et d'un accompagnement social."

Au cœur de Paris, le destin des personnes sans domicile fixe demeure incertain. "Le gouvernement a révélé que, ces huit derniers mois, 2 800 sans-abri vivant dans les rues de Paris ont été relocalisés dans d'autres régions", a expliqué Paul Alauzy.

"Chaque soir, devant l'Hôtel de Ville de Paris, des familles et des mineurs se rassemblent dans la rue, cherchant un abri", a-t-il poursuivi. "Cependant, pendant les Jeux olympiques, il est certain que ces rassemblements ne seront pas autorisés dans cette zone. À côté de l'Hôtel de Ville de Paris, se trouve un point de distribution alimentaire où [l'organisation] Refugees Food a distribué 40 000 repas en six semaines, l'été dernier [2023].

"Pour beaucoup, c'était souvent le seul repas de la journée. Les 25 'fan zones' prévues pour les Jeux olympiques soulèvent des questions : où seront-elles situées ? Malheureusement, nous croyons fermement que les personnes sans-abri ne seront pas autorisées à accéder à la place de l'Hôtel de Ville de Paris pendant les Jeux olympiques."

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