Newsletter Newsletters Events Évènements Podcasts Vidéos Africanews
Loader
Suivez-nous
Publicité

Dernière minute. Mobilisation anti-ICE en France : "Ce qui se passe aux USA peut aussi nous arriver"

Des manifestants se rassemblent près du ministère français des Affaires étrangères à Paris pour dénoncer la répression menée par l'ICE, le 28 janvier 2026.
Des manifestants se rassemblent près du ministère français des Affaires étrangères à Paris pour dénoncer la répression menée par l'ICE, le 28 janvier 2026. Tous droits réservés  AP Photo/Thomas Padilla
Tous droits réservés AP Photo/Thomas Padilla
Par Nathan Joubioux & Alexander Kazakevich
Publié le Mis à jour
Partager Discussion
Partager Close Button

La contestation anti-ICE gagne l'Europe : impact mondial de la présidence Trump, effet des réseaux sociaux ou crainte d'une menace "fasciste" ?

La colère a traversé l'Atlantique. Plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles des élus de gauche et des membres de la diaspora américaine, se sont rassemblées à Paris, devant le ministère des Affaires étrangères, ce mercredi 28 janvier, pour dénoncer les méthodes de l'ICE.

En cause, les opérations de la police de l'immigration américaine visant, entre autres, les communautés latino-américaine et afro-américaine depuis plusieurs semaines. Une répression qui a récemment entraîné la mort de deux citoyens américains, Alex Pretti et Renee Good. Parallèlement, les médias font état d'au moins six décès de personnes migrantes en détention depuis le 1er janvier.

La manifestation parisienne a été organisée par La Digue, initiative internationale ayant pour but de faire face aux "nationalismes autoritaires", qui avait appelé à se mobiliser "face à l'offensive réactionnaire et raciste lancée par Donald Trump".

"Après avoir mis à sa botte la Cour suprême, menacé ses opposants démocrates nouvellement élus, dont le maire de New York Zohran Mamdani, Donald Trump a doté sa police de chasse des étrangers, l'ICE, de plusieurs dizaines de milliards de dollars", écrit le collectif sur Instagram.

"Cela fait un an que [Donald] Trump a repris le pouvoir aux États-Unis et qu’il remet en cause l’État de droit avec une brutalité sans nom. Mais l'espoir est là. Les Étasuniens sont par dizaines de milliers dans les rues pour résister et nous étions quasiment un millier hier soir à Paris pour leur apporter notre soutien", a écrit, ce jeudi, Pouria Amirshahi, député du groupe Écologiste et Social de Paris et instigateur de La Digue.

Dans l'assemblée, de nombreuses pancartes appelaient à "libérer" le Minnesota ou comparaient l'ICE à des terroristes. "ICE, fermez-la dans toutes les villes, tous les villages" et "Siamo tutti antifascisti" ont plusieurs fois été scandés par les manifestants.

S'exprimant sur Euronews, Pouria Amirshahi s'est réjoui de ce qu'il a décrit comme un "réveil de l'opinion mondiale", estimant qu'"à travers le trumpisme, Donald Trump déploie son verbe et les instruments de son pouvoir, l'ICE étant l’expression la plus concrète de cette politique publique". L'élu a également rappelé la phrase du président américain : "La seule morale qui compte, ce n’est pas celle du droit, c'est la mienne".

"Ce qui commence à se mettre en mouvement dans l'opinion publique au sein des démocraties, c'est une façon de sortir de l'état de sidération dans lequel le trumpisme a plongé le climat général, ces derniers mois", poursuit le député. Il salue également "une prise de conscience [...] de la nécessité de se lever contre le pouvoir et l'influence trumpiste à l'échelle internationale", et assure que les manifestations, qui commencent à émerger dans les capitales européennes, ne sont "que le début".

"Ce n'est pas rien de se prendre une balle dans la tête en pleine rue"

Une action s'est déroulée "simultanément" à Marseille, et une autre manifestation a été organisée plus tôt à Londres, confie à Euronews Julie Laernoes, députée écologiste de Loire Atlantique et membre de la Digue. "On voit qu’il y a un début de mouvement un peu partout, notamment en Europe", dit-elle.

"Ce qui se passe aux États-Unis rappelle les heures les plus sombres" de l'histoire européenne, affirme l'élue, pour qui les raids de l'ICE permettent de voir se déployer un "état fasciste".

"Quand il n'y a plus d'État de droit et qu'il y'a de l'arbitraire, cela donne des milices qui tuent les gens dans la rue et qui resteront impunis", renchérit Mélanie Vogel, sénatrice écologiste représentant les Français de l'étranger, présente elle aussi à la manifestation du 28 janvier.

Dans une interview accordée à Euronews, elle appelle les Européens à "faire cause commune avec les Américains qui se lèvent au Minnesota", car "on a un destin en commun".

"On est en train de se rendre compte que tout le modèle de nos démocraties, de la construction européenne n'est pas acquis, cela peut se détricoter rapidement et si ça se détricote, on voit ce que ça fait", ajoute la sénatrice. "Ce n'est pas rien de se prendre une balle dans la tête en pleine rue."

Une "ICE à la française" ?

La sénatrice Mélanie Vogel se dit convaincue qu'un démantèlement de l'État de droit serait "rapide" en France, "car nos institutions nous protègent très mal".

"On sait que la démocratie française est très peu résiliante à un éventuel choc autoritaire car notre constitution donne peu de contre-pouvoirs", dit-elle, déplorant la concentration du pouvoir aux mains de l'exécutif et affirmant qu'"on n'est pas bien protégé si un dirigeant autoritaire est élu".

Selon Julie Laernoe, une "ICE à la française" ne serait pas plus difficile à mettre en place. La députée rappelle que cette police fédérale a été instaurée dans un contexte post-attentats et établit un parallèle avec le droit français. "Les lois d'exception sont possibles [en France], tout dépend de la majorité en place à l'Assemblée nationale."

Un "monstre" budgétaire

L'ICE existe officiellement depuis le 1er mars 2003, en tant que composante du nouveau ministère de la Sécurité intérieure (DHS), mis sur pied à la suite du 11-Septembre.

Le projet de budget "régulier" pour 2026 inclut une enveloppe de plus de 64 milliards de dollars pour le DHS, dont près de 10 milliards sont spécifiquement alloués à l'ICE.

Mais le "One Big Beautiful Bill Act" fait passer les choses dans une autre dimension : adopté en 2025, ce gigantesque texte budgétaire ajoute environ 170 milliards de dollars étalés sur quatre ans pour financer massivement l'application de la loi sur l'immigration et la sécurité des frontières, avec une partie importante destinée à l'ICE.

Un montant comparable à quatre budgets militaires annuels d'un pays comme l'Italie.

Alors que ces fonds sont déjà juridiquement garantis, le budget annuel pour 2026 n'a pas été définitivement adopté. Le désaccord entre la majorité républicaine à la Chambre des représentants et l'opposition démocrate, cette dernière estimant que même 10 milliards sont trop élevés ou peu contrôlés, menaçait de provoquer un nouveau "shutdown" à la fin de la semaine.

Les deux camps ont finalement convenu de dissocier le budget sécuritaire du reste du projet de loi de finances et de maintenir les crédits du DHS, pour une durée de deux semaines, aux niveaux actuels.

Pour Olivier Richomme, professeur de civilisation américaine à l'université Lumière Lyon 2, les démocrates "réagissent tard" pour juguler ce "monstre" budgétaire, mais "ils ont raison de le faire". C'est également une manière pour l'opposition d'"exister politiquement", surfant sur l'impopularité de l'ICE, explique le chercheur.

"Des méthodes de cow-boys"

Les sommes extraordinaires ne sont pas le seul changement notable dans le fonctionnement de l'ICE. "Cette agence existe depuis des années, mais nombre de ses membres se sont enhardis", observe Jean-Daniel Collomb, professeur en études américaines à l'université Grenoble Alpes, pour qui, cette évolution assumée sous l'administration Trump se manifeste également à travers des politiques de recrutement. Le chercheur évoque un "recrutement hâtif de nouveaux personnels sur la ligne de Trump et pas très bien formés".

Le professeur soutient que les Américains "veulent toujours que l'État fédéral lutte efficacement contre l'immigration clandestine et ils font plus confiance aux Républicains qu'aux Démocrates pour le faire". Il note toutefois une opposition croissante "aux méthodes de cow-boys observées à Minneapolis".

Selon Olivier Richomme, "au lieu de faire de la sécurité", les agents de l'ICE "font de la provocation" au service d'une administration Trump qui chercherait à préparer le terrain pour invoquer l'Insurrection Act, une loi d'exception susceptible de renforcer Washington face à l'opposition de gouverneurs ou d'autorités locales.

"Trump déteste l'UE"

Jean-Daniel Collomb considère que l'élargissement de la contestation anti-ICE à l'Europe est, du moins en partie, le fruit des réseaux sociaux : "Des questions locales deviennent des questions mondiales. On avait déjà vu ça avec l'affaire George Floyd ou la réaction à l'arrêt de la Cour suprême au sujet de l'accès à l'avortement".

Olivier Richomme estime qu'il ne s'agit pas seulement d'affaires internes américaines, mais d'un indicateur de la portée mondiale de la présidence Trump. "C'est également un moyen pour les Américains vivant en Europe de s'inscrire dans le mouvement et de marquer leur opposition."

Hasard du calendrier : certaines réactions épidermiques aux actions de la police américaine de l'immigration s'expliquent aussi par la venue annoncée d'agents de l'ICE aux Jeux olympiques d'hiver à Milan‑Cortina, en Italie.

Après avoir d'abord démenti toute présence, les autorités italiennes, qui jouent souvent de leur proximité avec l'administration Trump, ont ensuite minimisé le rôle de l'ICE, affirmant que les agents ne feraient qu'aider à assurer la sécurité de la délégation américaine, le vice-président américain J. D. Vance et le secrétaire d'État Marco Rubio étant attendus à la cérémonie d'ouverture. Une coopération habituelle, selon le gouvernement.

L'ambassadeur des États-Unis en Italie, Tilman J. Fertitta, a précisé, ce mercredi, que la branche de l'ICE envoyée - l'unité des enquêtes de sécurité intérieure - n'effectuera pas de patrouilles et n'aura qu'un rôle consultatif. Sa mission consistera principalement à "fournir des renseignements sur les menaces criminelles transnationales, avec un accent sur la cybercriminalité".

Néanmoins, cette participation a provoqué de vives critiques en Italie : certains élus de gauche et citoyens dénoncent l'idée même que l'ICE intervienne lors d'un événement international majeur et appellent à des manifestations à Rome et à Milan dans les jours à venir.

Pour la sénatrice française Mélanie Vogel, "ce qui se passe aux USA peut aussi nous arriver". "On sait très bien que l'internationale réactionnaire est sans frontière", soutient l'écologiste. "Ce sont des gens qui se parlent, [...] qui se rejoignent dans leur projet de s'attaquer au modèle démocratique", ajoute-t-elle.

"C'est pour ça que Trump déteste l'UE : pas seulement ce que fait l'UE, mais le principe d'une Union de droit, fondée sur l'ambition de décider de normes communes, démocratiquement, de réguler le marché", poursuit l'élue.

"C'est ça qu'il déteste", insiste-t-elle. "Ce n'est pas par hasard si, de ce point de vue, Donald Trump et Vladimir Poutine partagent un intérêt commun : détruire la démocratie européenne car ça challenge le monde qu'ils veulent voir advenir : un monde [...] où le pouvoir n'est plus limité par le droit".

Un point de vue partagé par Pouria Amirshahi. "Le trumpisme n'est pas qu'une aventure américaine. C'est une aventure internationale, avec des déclinaisons anticipées en Hongrie et en Italie, puis relayée par l'Argentine, le Chili… Aujourd’hui, on sait qu'il est au cœur d'une stratégie mondiale visant à conquérir le pouvoir dans toute une série de démocraties", prévient le député. "La France et l'Allemagne sont les prochaines cibles", conclut-il.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion

À découvrir également

Des députés européens demandent d'interdire ICE aux Jeux olympiques d'hiver

États-Unis : comment Capgemini aide l'ICE à expulser des personnes étrangères

Raids de l'ICE dans le Minnesota : "C'est comme l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale"