La BCE réduira-t-elle ses taux d'intérêt en 2024 ?

Un panneau stop est placé devant le siège de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort.
Un panneau stop est placé devant le siège de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort. Tous droits réservés KIRILL KUDRYAVTSEV/AFP
Par Osama Rizvi
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Cet article a été initialement publié en anglais

L'économiste Osama Rizvi évoque une potentielle baisse des taux d'intérêt et ses conséquences pour les Européens.

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La prochaine réunion de la Banque Centrale Européenne (BCE) aura lieu le 14 décembre 2023.  De nombreux analystes prévoient différents résultats de la part de la banque centrale européenne : maintien, augmentation ou réduction des taux d'intérêt. La dernière fois, la banque a maintenu le taux à 4 %.

"Ces dernières semaines, les remarques des responsables de la BCE ont montré que l'époque du consensus pacifique au sein du Conseil des gouverneurs est révolue. Certains membres ont déclaré qu'ils restaient ouverts à la perspective d'une nouvelle hausse des taux, d'autres ont dit qu'il était trop tôt pour discuter des baisses de taux, et d'autres encore ont reconnu que des baisses de taux seront effectivement envisagées dans le courant de l'année 2024. Les observateurs expérimentés de la BCE savent qu'une liste de commentaires aussi variée ne peut que signifier que la discussion sur la suite des événements bat son plein", affirment les analystes d'ING.

Quel est l'impact de la hausse des taux d'intérêt sur les consommateurs ?

La hausse des taux d'intérêt a un impact négatif sur les consommateurs, car les hypothèques et les intérêts sur d'autres prêts deviennent coûteux. En outre, comme le coût pour les entreprises augmente (car les taux d'intérêt sont élevés), il est généralement répercuté sur les consommateurs qui finissent par payer plus cher les produits du quotidien.

Cela alimente la crise du coût de la vie, qui touche la plupart des Européens d'une manière ou d'une autre. En revanche, lorsque les taux baissent, c'est l'inverse qui se produit et l'économie peut globalement se développer.

La Banque centrale européenne, qui est celle de la zone euro, se réunit 8 fois par an (toutes les 6 semaines) pour déterminer le taux. Il s'agit de la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs.

Pourquoi les taux d'intérêt sont-ils relevés ?

La hausse des taux d'intérêt a plusieurs fonctions, mais la plus importante est la lutte contre l'inflation.

Le monde a été témoin d'une augmentation sans précédent de l'inflation, après la pandémie de Covid-19. Les raisons en sont multiples, mais l'augmentation de la masse monétaire en est la principale. En outre, les chaînes d'approvisionnement du monde entier ont été perturbées et déconnectées, ce qui a entraîné une hausse des prix des marchandises, comme le montre l'indice Baltic Dry - qui mesure les coûts d'expédition des marchandises sèches en vrac - qui a atteint son niveau le plus élevé en 12 ans.

Il en a résulté une augmentation des coûts des matières premières. Par exemple, une entreprise européenne qui importe du fil du Bangladesh doit désormais payer le double de ce qu'elle payait avant la pandémie. L'entreprise répercute cette hausse des coûts sur les consommateurs, ce qui provoque l'inflation.

Les banques centrales du monde entier, y compris la Banque centrale européenne (BCE), ont lutté contre l'inflation en relevant les taux d'intérêt.

La BCE réduira-t-elle ses taux en 2024 ?

L'inflation dans la zone euro est tombée à 2,4 % en novembre, son niveau le plus bas depuis juillet 2021. La BCE a pour objectif une inflation de 2 % et les choses semblent évoluer dans ce sens.

Il semble que la BCE sera la première banque centrale à réduire ses taux, comme l'indiquent les commentaires de François Villeroy de Galhau lors d'une récente conférence. Il a affirmé, qu'en l'absence de choc, nous pouvons nous attendre à ce que le cycle de hausse des taux soit désormais terminé car les progrès en matière de désinflation ont été "plus rapides que prévu".

Les rendements des obligations d'État ont donc chuté à leurs plus bas niveaux depuis plusieurs mois, les investisseurs pariant désormais sur une baisse des taux, avec 75 % de chances contre 40 % la semaine dernière. Goldman Sachs a également déplacé la date estimée d'une baisse des taux par la BCE du troisième trimestre 2024 au deuxième.

Toutefois, d'autres estiment qu'il est trop tôt pour se réjouir car la lutte contre l'inflation n'est pas terminée. Innes McFee, économiste en chef chez Oxford Economics, a annoncé que la BCE était la plus vulnérable à une erreur de politique monétaire (en réduisant les taux trop tôt).

Christine Lagarde, présidente de la BCE, s'attend à une reprise de l'inflation
Christine Lagarde, présidente de la BCE, s'attend à une reprise de l'inflationARIS OIKONOMOU/AFP or licensors

Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a fait part de ses inquiétudes en indiquant qu'elle s'attendait à ce que l'inflation reparte à la hausse, en raison de la suppression des subventions sur les prix de l'énergie.

Au début du mois dernier, elle a également été très claire sur le fait que la BCE ne commencera pas à réduire ses taux avant les "deux prochains trimestres"

"Bien que les indicateurs mous se soient stabilisés à des niveaux bas récemment, la faible toile de fond macroéconomique ne justifie plus les hausses de taux. Mais lors de sa réunion de la semaine prochaine, la BCE n'examinera pas seulement l'affaiblissement de la croissance et la chute plus forte que prévu de l'inflation dans la zone euro", note également ING, dans son dernier rapport en vue de la réunion de la BCE.

En outre, comme ING le souligne aussi, la Banque Centrale Européenne devra tenir compte de la solidité encore relative du marché du travail et de la croissance des salaires.

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"Et comme l'inflation de base et l'inflation globale restent supérieures à l'objectif, toute discussion sur une baisse imminente des taux serait prématurée", conclut ING.

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