Les eurodéputés approuvent la loi sur la restauration de la nature malgré l'opposition de la droite et des agriculteurs

La loi sur la restauration de la nature vise à réhabiliter au moins 20 % des zones terrestres et maritimes de l'Union européenne d'ici à 2030.
La loi sur la restauration de la nature vise à réhabiliter au moins 20 % des zones terrestres et maritimes de l'Union européenne d'ici à 2030. Tous droits réservés Rafal Kowalczyk/Copyright 2023 The AP. All rights reserved.
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Par Jorge LiboreiroMarta Pacheco
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Cet article a été initialement publié en anglais

Le Parlement européen a donné mardi son feu vert à la loi sur la restauration de la nature, un revers pour la droite européenne qui voulaient faire tomber le texte.

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C’est une nouvelle étape majeure pour une bataille politique européenne qui a connu de nombreux rebondissements. La loi sur la restauration de la nature a été adoptée mardi par le Parlement européen.

Le texte a obtenu 329 voix pour, 275 contre et 24 abstentions, soit une marge plus importante qu'initialement prévue. Le résultat a été suivi d’applaudissements et des cris de joie dans les rangs socialistes et écologistes quand la droite restait silencieuse.

La loi, fortement édulcorée lors des négociations avec les États membres, doit maintenant être soumise au Conseil, où les États membres procéderont au vote final.

Le projet vise à réhabiliter d'ici 2030 au moins 20 % des zones terrestres et maritimes de l'Union européenne et tous les écosystèmes dégradés d'ici 2050. Elle établit des obligations et des objectifs dans différents domaines d'action, tels que les terres agricoles, les pollinisateurs, les rivières, les forêts et les zones urbaines, afin d'inverser progressivement les dommages environnementaux causés par le changement climatique et l'activité humaine.

Présenté pour la première fois par la Commission européenne en juin 2022, il a connu un coup d’accélérateur après l'accord international conclu lors de la COP 15 sur la biodiversité.

Toutefois, la loi est devenue l’année dernière la cible d'une campagne d'opposition de la part de la droite et particulièrement du Parti populaire européen (PPE), la première force politique dans l’hémicycle. Pour le PPE le document menace les moyens de subsistance des agriculteurs européens, risque de perturber les chaînes d'approvisionnement, réduira la production alimentaire avec pour conséquence une augmentation des prix pour les consommateurs, et ferait même disparaître des zones urbaines pour laisser la place à des espaces verts.

La gauche, la Commission européenne, des dizaines d'ONG, des climatologues, l'industrie des énergies renouvelables et de grandes entreprises comme IKEA, H&M, Iberdrola, Unilever, Nestlé et Danone, réfutent ces critiques. Pour tous ces acteurs, la restauration de la nature est compatible avec l'activité économique et ce processus est essentiel pour assurer la viabilité à long terme des sols européens.

La tentative du PPE de faire dérailler la position commune du Parlement a échoué en juillet. Cela a permis aux eurodéputés d'entamer des négociations avec le Conseil et de parvenir à un accord provisoire en novembre, qui doit être approuvé par les deux institutions.

Toutefois, les manifestations d'agriculteurs dans toute l’Europe ont relancé les discours contre le Pacte vert. Le secteur accuse les réglementations environnementales de l'Union d'être à l'origine d'un fardeau bureaucratique excessif.

La loi sur la protection de la nature s'est retrouvée au centre de cette tempête politique.

"_Nous pensons toujours que la loi sur la protection de la nature est mal rédigée et qu'elle n'a jamais été à la hauteur de la tâche qui nous attendai_t", estime Manfred Weber, président du PPE.

"L'inflation est aujourd'hui alimentée par la hausse des prix des denrées alimentaires dans les supermarchés. Nous devons demander à nos agriculteurs de produire plus et non moins pour stabiliser l'inflation".

Pedro Marques (S&D) dénonce ces affirmations et accuse les conservateurs de pratiquer la "désinformation".

"Cette idée qu'ils votent (contre la loi) parce qu'ils se soucient des agriculteurs, c'est absolument inacceptable. C'est tout simplement populiste. C'est tromper les Européens et certainement nos agriculteurs", répond l’eurodéputé.

"Nier le Pacte vert, nier l'urgence climatique n'est certainement pas le moyen de résoudre nos problèmes".

La survie de la loi est une bouffée d’oxygène pour le Pacte vert, de plus en plus contesté par les partis de droite et libéraux, le secteur agricole et des associations industrielles. Face à cette opposition, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a décidé de retirer un projet de loi qui visait à réduire d'ici 2030 de moitié l'utilisation et les risques liés aux pesticides.

"Ce n'est que si nos agriculteurs peuvent vivre de la terre qu'ils investiront dans l'avenir. Et ce n'est que si nous atteignons ensemble nos objectifs en matière de climat et d'environnement que les agriculteurs pourront continuer à gagner leur vie", explique la présidente de la Commission.

"Nos agriculteurs en sont parfaitement conscients. Nous devrions leur faire davantage confiance".

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