"Boutcha est devenue un musée vivant des crimes de guerre"

Oleksandr Turovskyi, dont le fils Sviatoslav, âgé de 35 ans, fait partie des huit hommes exécutés dans un terrain vague de la banlieue de Bucha en mars 2022
Oleksandr Turovskyi, dont le fils Sviatoslav, âgé de 35 ans, fait partie des huit hommes exécutés dans un terrain vague de la banlieue de Bucha en mars 2022 Tous droits réservés Vadim Ghirda/Copyright 2024 The AP. All rights reserved.
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Par Shona Murray
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Deux ans après les massacres perpétrés par les forces russes, les habitants des villes ukrainiennes de Boutcha et d’Irpin appellent à ne pas les abandonner.

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La brutalité de l'invasion de l'Ukraine par la Russie est apparue au grand jour après la libération de Boutcha et d'Irpin. Les vestiges bombardés de l'hôpital et du centre culturel de Boutcha sont un rappel quotidien des violences qui se sont déroulées. 

L'ancienne l'adjointe au maire de la ville de l'époque se souvient. Mykhayilyna Skoryk-Shkarivska devait aider les familles à identifier et à enterrer les victimes.

"L'ampleur du massacre n'est apparue qu'après, lorsque nous avons commencé à rassembler les personnes tuées et à les exhumer partout. En effet, les gens n'avaient pas la possibilité d'enterrer leurs proches de la manière habituelle : dans les cimetières, ils les enterraient dans leurs cours, sur les places, dans nos beaux parcs, ce qui était très choquant", explique-t-elle.

"Il était également très difficile d'identifier les personnes tuées et de négocier avec les proches et les familles. Le plus terrible était de négocier avec les mères."

Mykhayilyna Skoryk-Shkarivska poursuit. "Pour enterrer une personne tuée, il faut l'identifier personnellement, et quelqu'un doit aider la mère à retrouver l'enfant tué, et c'est la pire expérience de ma vie."

L'armée russe s'est emparée de Boutcha et d'Irpin dans l'objectif de prendre Kyiv. Les forces ukrainiennes ont alors détruit le pont qui enjambe la rivière Irpin, repoussant ainsi l'avancée des soldats russes vers la capitale de l'Ukraine.

Sur son téléphone portable, l’ancienne adjointe au maire montre des photos.

"Il s'agissait d'une exécution directe, ils avaient les bras liés et ont été tués à l'arrière de la tête, à une distance très rapprochée", indique Mykhayilyna Skoryk-Shkarivska.

"Les Russes ne nous ont pas permis d'enterrer les morts pour effrayer ceux qui restaient (...) Boutcha est devenue un musée vivant des crimes de guerre".

Le traumatisme de ces crimes : viols, exécutions, meurtres, d'environ 509 personnes, hantent toujours les Ukrainiens. Certains sont tout de même revenus pour reconstruire leur vie. Dans l'immédiat, les habitants de ces villes martyres appellent la communauté internationale à ne pas les abandonner alors que la guerre entre dans sa troisième année.

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