France : un virus hémorragique de type Ebola découvert pour la première fois chez des tiques

Des tiques Hyalomma marginatum en France testées pour la fièvre hémorragique de Crimée-Congo.
Des tiques Hyalomma marginatum en France testées pour la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Tous droits réservés M. Gatius, Cirad
Par Lauren Chadwick
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Cet article a été initialement publié en anglais

Les autorités ont déclaré que la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) a été détectée pour la première fois dans le sud de la France ce mois-ci. Voici ce que nous savons.

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Un virus responsable de la Fièvre hémorragique de Crimée-Congo a été détecté pour la première fois en France, ce mois-ci, dans une centaine de tiques collectées en 2022 et 2023 dans des fermes du sud du pays.

Le virus de la Fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) se transmet généralement par la morsure d'une tique Hyalomma infectée. Il n'y a pas encore eu d'infection humaine en France.

Des cas humains du virus ont déjà été signalés en Europe, dans les Balkans, en Espagne, en Russie et en Turquie. Deux cas, dont un mortel, ont été découverts, au cours de l'été en Macédoine du Nord.

Dix cas de Fièvre hémorragique de Crimée-Congo ont également été diagnostiqués en Espagne entre 2013 et 2021, dont sept patients ont survécu.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus peut provoquer des "flambées de fièvre hémorragique virale sévère" comme Ebola, avec un taux de mortalité compris entre 5 et 40 %.

L'homme peut être infecté par ce virus par contact avec des tiques infectées ou du sang animal provenant d'animaux d'élevage tels que les bovins, les ovins ou les caprins. Il peut également être transmis par contact interhumain avec du sang ou des fluides corporels infectés.

L'apparition des symptômes est généralement soudaine et commence par de la fièvre, des vertiges, des douleurs musculaires, des yeux douloureux et une sensibilité à la lumière. Selon l'OMS, une personne peut également avoir des nausées, des vomissements, des diarrhées et des douleurs abdominales.

D'autres signes incluent un rythme cardiaque rapide, une hypertrophie des ganglions lymphatiques et des éruptions cutanées causées par des saignements. Il s'agit de l'une des maladies prioritaires de l'agence qui présentent "le plus grand risque pour la santé publique".

La détection de la FHCC chez les tiques est "très inquiétante", selon Ali Mirazimi, professeur adjoint au département de médecine de laboratoire du Karolinska Institutet, en Suède, qui a effectué des recherches sur ce virus.

"Cela indique que le risque est élevé de voir une épidémie en France dans un avenir proche", affirme-t-il à Euronews Next.

Ali Mirazimi ajoute qu'il n'existe actuellement aucun antiviral ou vaccin pour traiter ou prévenir la Fièvre hémorragique de Crimée-Congo. 

Les maladies transmises par les tiques en augmentation en raison du changement climatique

La tique Hyalomma, une très grande tique dure d'environ 5 mm qui transmet le virus, est originaire d'Afrique et d'Asie et se déplace avec les oiseaux migrateurs.

Alors que ce type de tique est présent en Corse depuis des décennies, il n'a été détecté sur la côte méditerranéenne qu'en 2015.

Les experts, y compris les spécialistes du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) qui ont testé ces tiques, ont prévenu que le changement climatique créera des conditions favorables à la propagation de ces insectes.

Laurence Vial, spécialiste des tiques au CIRAD, rappelle que le virus a été détecté dans des tiques en Espagne, quelques années avant l'apparition de cas humains, mais elle ajoute que la situation pourrait être différente en France, la répartition de l'espèce de tique étant encore inconnue.

Laurence Vial, spécialiste des tiques en France, analyse, pour savoir, s'ils sont atteints de la FHCC.
Laurence Vial, spécialiste des tiques en France, analyse, pour savoir, s'ils sont atteints de la FHCC.M. Gatius, Cirad

Bien qu'il n'y ait pas actuellement de surveillance active des tiques au niveau national, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a recommandé que les tiques soient surveillées.

Au début de l'année, l'Anses a mis en garde contre le risque d'émergence de ce virus hémorragique en France, en partie à cause du changement climatique.

"Cette émergence est d'autant plus probable que la zone géographique d'implantation de ces tiques devrait s'étendre en raison du changement climatique en cours", a affirmé, en juin, Elsa Quillery, coordinatrice de l'expertise scientifique de l'Anses.

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"En effet, les tiques Hyalomma aiment les climats secs et les périodes chaudes".

En Italie, des bovins ont également été testés positifs aux anticorps du virus de la FHCC, ce qui suggère qu'ils ont été exposés au virus.

Un porte-parole de l'OMS Europe confie à Euronews Next que la détection du virus de la Fièvre hémorragique de Crimée-Congo chez les tiques en France est "préoccupante", ajoutant que "l'OMS, avec ses partenaires, surveille l'expansion possible de cette maladie et d'autres maladies à transmission vectorielle à mesure que notre climat change".

D'autres maladies transmises par les tiques semblent être en augmentation en Europe. Une étude publiée cette année dans la revue "Eurosurveillance" a révélé que les cas d'encéphalite à tiques ont augmenté entre 2012 et 2020, avec une propagation vers le nord-ouest de l'Europe continentale.

D'autres études ont révélé que les diagnostics de borréliose - plus connue sous le nom de maladie de Lyme - ont augmenté dans certains pays d'Europe occidentale, mais qu'une meilleure surveillance est nécessaire dans les pays méridionaux.

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Comment éviter ces tiques ?

Ali Mirazimi souligne que les autorités devraient "éduquer et informer les habitants de la région sur les risques", mieux surveiller la région et informer les médecins et les hôpitaux sur la maladie et ses symptômes.

Pour prévenir les piqûres de tiques, il est recommandé de porter des chaussures fermées, d'éviter l'herbe et de s'en tenir aux chemins balisés, et de s'inspecter au retour d'une promenade ou d'un jardin en plein air.

Après une morsure, les autorités sanitaires recommandent de retirer la tique à l'aide d'une pince à épiler, de désinfecter la zone touchée et de surveiller l'apparition de tout symptôme de maladie transmise par les tiques.

L'agence française de santé publique a assuré que la fréquence des morsures humaines dues à la tique Hyalomma devrait être faible car ces tiques "n'ont pas d'appétit particulier pour l'homme".

Elles sont également plus grandes et plus faciles à repérer que les autres espèces de tiques.

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Un porte-parole du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM) affirme : "la découverte en France confirme qu'il existe un risque potentiel pour l'homme d'être infecté par le virus de la Fièvre hémorragique de Crimée-Congo".

"Une évaluation multidisciplinaire approfondie du risque de survenue de cas humains sera réalisée en France pour la prochaine saison d'activité des tiques au printemps 2024 et les années suivantes", ajoute-t-il.

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