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Macron attendu à Beyrouth : l'acte II

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Emmanuel Macron à Beyrouth, le 6 août 2020
Emmanuel Macron à Beyrouth, le 6 août 2020   -   Tous droits réservés  Thibault Camus/AP
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Emmanuel Macron est attendu ce lundi à Beyrouth, une ville toujours sous le choc de l'explosion sur son port, pour mettre de nouveau la pression sur la classe politique libanaise à qui il réclame des réformes urgentes.

La catastrophe du 4 août dernier a détruit une partie de la ville et exacerbé la colère des Libanais contre leurs dirigeants, critiqués pour leur négligence et des décennies de corruption. Elle a finalement précipité la démission du gouvernement.

Depuis, les rivalités politiques et communautaires bloquent la formation d'un nouveau cabinet, nécessaire face aux conséquences du drame, mais aussi face la grave crise économique que traverse le pays.

En raison de l'hyperinflation, plus de 55 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. C’est presque deux fois plus que l’an dernier, selon un rapport des Nations unies.

Un Liban en crise

"Mon salaire ne vaut rien, je peux juste payer le téléphone et l'électricité. Les dirigeants ont volé notre argent", peste en riant Yehya Khoder, un forgeron beyrouthin, masque sur la tête, accompagné de sa fille.

Lors de sa dernière visite à Beyrouth, deux jours après l'accident, Emmanuel Macron avait promis aux Libanais qu'il n'étaient pas seuls. Son retour, qui était une autre promesse faite lors d'un bain de foule, a pour but assumé d'accompagner la formation d'un nouveau gouvernement national qui mette en œuvre les réformes urgentes auxquelles est conditionnée l'aide internationale.

Pour beaucoup de citoyens exaspérés par leur classe politique, cette visite représente un espoir, comme Jaylane Nemlich, qui travaille dans le secteur de l'événementiel : "Ce que nous souhaitons, c'est qu'il fasse en sorte que le gouvernement assume ses responsabilités et qu'il garantisse nos droits fondamentaux".

Pour Samer El Khoury, ingénieur libanais, "il y a une nouvelle génération qui émerge. Le président français ne devrait plus parler aux responsables politiques. Ce sont tous des menteurs, tous des criminels", reprenant ainsi les slogans répétés par les manifestants anti-gouvernementaux, qui protestent sans relâche contre la corruption des élites depuis des mois.

Même sentiment du côté d'un autre Beyrouthin interrogé, l'étudiant Rawad Taha, qui reconnaît que le Liban "a peut-être besoin de l'expertise française dans différents domaines, notamment celui de la santé, celui de l'énergie. Mais l'important, c'est aussi la posture politique. Le président français doit être plus clair et dire que cet élite ne pourra pas nous mener vers un Liban nouveau".

La feuille de route de Macron

Le président Emmanuel Macron a déjà envoyé aux responsables libanais un document qui détaille certaines réformes à entreprendre, y compris un audit des finances publiques et une restructuration du secteur de l’électricité, qui traverse une grave crise et mine le moral des habitants.

Ce programme pourrait aider le pays à surmonter cette crise protéiforme, estime l'économiste Alia Moubayed : "La France a beaucoup fait, elle a réagi vite, elle a fourni de l'aide aux principales institutions affectées par l'explosion et l'effondrement financier et économique. Mais plus important encore, elle a coordonné l'aide internationale au Liban", rappelle cette spécialiste du Moyen-Orient.

Selon elle, "La France est un État étranger qui tente de briser le verrou politique actuel, en utilisant la carotte et le bâton pour influencer l'attitude de la classe politique libanaise, afin qu'elle réponde aux attentes des citoyens".

Alors que la visite du président français ce 31 août au soir coïncide avec le centenaire de la création de l’État du Grand Liban, la question est la suivante : sa visite va-t-elle se traduire en solutions tangibles, et marquer le tournant attendu vers un meilleur Liban ?