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Coronavirus : comment avoir une conversation avec un adepte des théories du complot

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Image d'illustration   -   Tous droits réservés  Damian Dovarganes/AP
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Le conspirationnisme et les théories du complot ne sont pas nouveaux.

Ceux qui disent que nous n'avons jamais atterri sur la Lune et que le changement climatique est un canular ont toujours existé. Mais pendant la pandémie de Covid-19, des théories conspirationnistes, largement discréditées, sont passées de la marge au devant de la scène.

Des rassemblements contre les restrictions liées au coronavirus ont eu lieu à Berlin, Dublin, Londres et Paris ces dernières semaines. Beaucoup de ceux qui y ont participé brandissaient des affiches montrant des informations erronées, comme la fausse théorie liant le virus à la 5G.

En temps de crise, ces complots ont tendance à se multiplier. Alors comment pouvez-vous vous confronter à ceux qui s'accrochent à de fausses informations sur le coronavirus ? Et que faire si ces personnes sont vos amis proches ou votre famille ?

Le Dr Daniel Jolley, maître de conférences à l'université de Northumbria et spécialiste de la psychologie des théories du complot, s'est entretenu avec Euronews sur la manière d'avoir ces conversations.

Seana Davis, Euronews : Vous étudiez la psychologie des théories du complot, vous avez une grande expérience dans ce domaine. Avez-vous des conseils pour discuter avec ceux qui croient en des théories sans fondement ?

Dr Daniel Jolley : Tout d'abord, faites attention à votre ton. Assurez-vous que vous ne stigmatisez pas l'autre personne, parce qu'il est important de comprendre pourquoi cette personne a ce point de vue. Nous savons que les gens croient aux théories du complot parce que c'est un moyen d'apaiser leur anxiété, faces aux menaces perçues. Pour essayer de comprendre le monde complexe dans lequel nous vivons et comment une personne en est arrivée là, demandez-lui : pourquoi croyez-vous à ces théories du complot ? Comment en êtes-vous arrivé là ? Et si nous parvenons à comprendre certains des ses ressorts internes, comme par exemple l'anxiété que suscite la pandémie ou autre, nous pouvons essayer de gérer ces sentiments dans le cadre d'une politique de lutte contre ces théories. Bien sûr, il est important de donner aux gens les faits et de démystifier ces théories. Mais pour quelqu'un qui s'est investi dans ses croyances, cela va être très difficile à faire. Donc potentiellement, commencer à réfléchir à la psychologie et à la raison pour laquelle ils en sont arrivés là pourrait être une très bonne première étape.

Seana Davis, Euronews : Nous avons vu une vague de désinformation sur le coronavirus. Pourquoi pensez-vous que les gens s'accrochent à ces croyances dans un moment comme celui-ci ?

Dr Daniel Jolley : Ces croyances, c'est leur vision du monde, c'est la façon dont ils voient le choses. Nous sommes fermement attachés à chacune de nos croyances. Si nous devions soudainement changer ce que nous pensons, changer nos croyances, notre identité en serait profondément bouleversée. Et il y aurait un sentiment de perte. Il est donc important de comprendre que, lorsque nous commençons à faire évoluer les croyances des gens en matière de complotisme, cela va être un processus. Le changement se fera au fil du temps. Personne ne se réveille un jour en étant une personne différente, cela n'arrive pas. Alors commençons à accompagner le changement très lentement. Eux sont très motivés par ces croyances. Et, bien sûr, ces théories offrent une solution simple à un problème très complexe. Donc les gens s'y accrochent.

Ces théories offrent une solution simple à un problème très complexe. Donc les gens s'y accrochent
Dr Daniel Jolley
Professeur à la Northumbria University

Seana Davis, Euronews : Il peut être difficile de parler de ce sujet avec des gens qui, par exemple, sont des membres de notre famille ou des amis. Ces discussions peuvent prendre du temps ? A quel point est-ce qu'elles peuvent être difficiles ?

Dr Daniel Jolley : Je pense que c'est très difficile, que c'est un défi et qu'il faut le reconnaître comme tel. Cela va prendre du temps : vous allez commencer une conversation avec ces personnes pour d'abord comprendre. Et ensuite, en développant leur esprit critique, les amener à évaluer réellement leurs convictions. Mais non, ce n'est certainement pas quelque chose qui va se passer rapidement. À vrai dire, lorsque ces personnes se sont impliquées pour la première fois dans ces théories du complot, ça n'a pas été instantané non plus. Ça s'est passé sur une période de plusieurs semaines, potentiellement, où elles se sont intéressées à différents types de contenu. Le but est donc d'avoir une vue d'ensemble, ce qui est un objectif à long terme, pour essayer de changer les croyances de quelqu'un.