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Les Chiliens enterrent la Constitution de Pinochet avec une écrasante majorité

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Les Chiliens enterrent la Constitution de Pinochet avec une écrasante majorité
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Des scènes de liesse et de bonheur ont été observées dimanche soir dans les rues de Santiago du Chili après un scrutin historique.

Une écrasante majorité de Chiliens a voté en faveur d'un changement de Constitution. L'actuelle Constitution qui était héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) sera donc remplacée, et pour la rédiger, une "Convention constituante" formée uniquement de citoyens et de citoyennes, et de manière paritaire.

Jusqu'à cette date, aucune tentative de remplacement de la loi fondamentale n'avait abouti : la Constitution a été rédigée de sorte que les franges conservatrices de la société puissent se maintenir au pouvoir, y compris après la fin de la dictature.

La loi fondamentale actuelle limite fortement l'action de l’État et promeut l'activité privée dans tous les secteurs, notamment l'éducation, la santé et les retraites.

Le Chili est aujourd'hui l'un des pays les plus inégalitaires d'Amérique latine.

Une demande des manifestants

Remplacer la Constitution était l'une des revendications des personnes descendues dans la rue pour manifester depuis un an afin de réclamer une société plus juste.

La révolte a explosé le 18 octobre 2019 après la hausse du prix du billet de métro à Santiago. Elle est vite devenue une grande mobilisation sociale contre les inégalités et le gouvernement du président conservateur Sebastian Piñera, durant laquelle au moins 30 personnes sont mortes et des milliers ont été blessées et arrêtées au fil des manifestations.

D'après les chiffres officiels de l'Institut national des droits humains (INDH), 460 personnes ont été blessées aux yeux après avoir reçu au visage des balles de caoutchouc, des billes de plomb ou des bombes lacrymogènes, venant des forces anti-émeutes.

Amnesty International considère que, malgré les accusations de violations des droits de l'Homme adressées aux forces de l'ordre de la part d'organisations internationales un mois après le début des manifestations, "on a continué à enregistrer des cas d'usage excessif de la force policière jusqu'à la mi-mars 2020". Accusations rejetées par le ministère chilien de la justice.

Les revendications indigènes ressurgissent à la faveur du référendum

La vieille revendication des Amérindiens mapuche pour la restitution des terres et une plus grande autonomie a refait surface à l'occasion du référendum pour une nouvelle Constitution au Chili : certains veulent croire au processus politique en cours pour obtenir davantage de droits, d'autres préconisent des méthodes plus violentes pour reconstruire la "nation mapuche".

Symbole de résistance, le "Wenufoje" - le drapeau mapuche composé de carrés multicolores - a été très présent lors des manifestations sociales qui ont abouti à l'accord politique pour la tenue d'un référendum constitutionnel historique ce dimanche.

Lors des discussions autour de nouveaux droits fondamentaux à inscrire dans cette nouvelle Constitution en cas de victoire du "Apruebo" (J'approuve), la question de la reconnaissance des peuples autochtones, tels que les Mapuches, Aymaras ou Rapa Nui, parmi d'autres, pourrait être débattue.

Cependant, parmi les Mapuches, peuple premier le plus important du pays qui représentent environ 7% de la population chilienne - avec des niveaux de pauvreté deux fois plus élevés que le reste de la population -, les avis divergent.

"Je suis d'accord avec (ce référendum) comme étant un acte démocratique inédit sur le type de société que nous voulons construire, mais j'ai certains doutes. Notre langue, notre culture, seront certainement reconnues, mais jamais ne sera abordée la question des terres. Et le gros problème, c'est la question des terres", a déclaré à l'AFP le dirigeant mapuche Juan Pichun.