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Procès de l'attaque du Thalys : les passagers racontent comment ils ont maîtrisé le tireur

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Procès de l'attentat déjoué du Thalys
Procès de l'attentat déjoué du Thalys   -   Tous droits réservés  AFP
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5 ans après les faits, ils rouvrent le chapitre d'un événement qui a marqué leur vie. 21 août 2015. Dans un Thalys reliant Amsterdam à Paris, trois Américains contribueront, avec d'autres passagers, à maîtriser Ayoub El Khazzani, le terroriste armé de 300 munitions qui s'apprêtait à commettre un carnage dans ce train. Deux d'entre eux témoignait au procès ce jeudi.

Le procès du procès de l'attentat déjoué du Thalys se poursuit à Paris. Et ce jeudi, deux des trois Américains ayant permis de maîtrisé le tireur ont témoigné à la barre. Le troisième, Spencer Stone, n'a pu être présent. L'ancien soldat de l'armée de l'air américaine a été hospitalisé à son arrivée à l'aéroport de Roissy mercredi pour un malaise et n'était toujours pas en état d'assister à l'audience ce jeudi.

Célébrés en héros, les trois Américains s'étaient vu remettre la légion d'honneur en 2015 par François Hollande, quelques jours après l'attentat déjoué. Depuis, ils ont même joué leur propre rôle dans un film de Clint Eastwood en 2018. Et des choses positives sont ressorties de ce cauchemar. De l'aveu des deux amis, le trio "est lié pour la vie" et leur amitié s'est renforcée.

Mais il leur manquait sans doute aussi un petit quelque chose pour tourner la page. "Cela faisait en fait du bien de pouvoir témoigner face à Monsieur El Khazzani. Et cela vient clore un long chapitre de 5 ans de nos vies", raconte Alek Skarlatos. "Cela m'a fait un peu bizarre quand même de le revoir pour la première fois hier quand nous somme rentrés dans la salle d'audience."

"Et que pensez-vous de la défense d'El Khazzani qui dit qu'au moment de sortir des toilettes il avait changé d'avis et ne comptait pas commettre d'attaque ?", lui a demandé son avocat Thibault de Montbrial. A ce moment-là, Alek Skarlatos ne peut cacher un rire. "Je crois que Mark aurait plus à dire étant donné qu'il était là quand El Khazzani est sorti des toilettes", embraye à côté de lui son ami Anthony Sadler. "Le__ fait que le terroriste a tiré sur Marc prouve le contraire", relève de son côté Alek.

Mark Moogalian, c'est ce professeur d'anglais de 51 ans qui a témoigné jeudi. Le 21 août 2015, il revient d'un séjour à Amsterdam avec sa femme et se retrouve face à Ayoub El Khazzani, kalachnikov à la main.

Ce 21 août 2015 en fin d'après-midi, Mark Moogalian, professeur d'anglais à la Sorbonne de 51 ans, revient d'un séjour à Amsterdam avec sa femme et leur petit chien. "J'ai aperçu quelqu'un entrer aux toilettes avec sa valise. J'ai trouvé ça un peu étrange parce que les toilettes sont tellement petites", raconte-t-il à la barre dans son accent américain.

Il va voir. Dans le sas, Damien A., 28 ans, qui rejoint sa compagne à Paris pour le week-end, patiente devant les toilettes. La porte s'ouvre très lentement. En sort un homme "1,85 m, athlétique", un regard à la fois "déterminé et hagard", dira Damien A. Le président lit ses dépositions à l'audience ; encore très marqué, il n'a pas voulu venir.

Ayoub El Khazzani, 25 ans à l'époque, est torse nu, kalachnikov à la main, un sac à dos rempli de près de 300 munitions ouvert sur le ventre.

"On est en août 2015, vous pensez à un attentat?", demande le président. "Non", répond Mark Moogalian, costume noir et chemise blanche. "Peut-être à un déguisement". Damien A. imagine lui "une caméra cachée", avant de comprendre : "Je me suis jeté dessus, en lui serrant le cou avec mes deux mains autant que je pouvais".

Contrôleur depuis 30 ans à la SNCF, Michel B., cheveux grisonnants, croit à une bagarre entre passagers. "Je me suis mis au milieu pour les séparer et j'ai vu que l'un d'eux tenait une arme", raconte-t-il. El Khazzani en profite pour se dégager. "Il s'est retourné et il m'a mis en joue. Je crois que son arme ne marchait plus parce qu'il n'a pas tiré", dit Damien A.

M. Moogalian crie à sa femme de s'enfuir. "Je suis partie mais pas loin, je me suis dit +Je veux mourir avec mon mari", raconte-t-elle en pleurs à la barre. Elle croise le regard plein de "terreur" d'une autre passagère, se demande pourquoi elle se cache puisqu'"on va tous mourir de toutes façons".

La suite pour Mark Moogalian, "est un peu flou", s'excuse-t-il. Mais "j'ai fini par m'emparer de l'arme. Je dis +I've got the gun+, j'ai l'arme. J'ai fait trois pas et on m'a tiré dans le dos".

El Khazzani a sorti son pistolet. Mark Moogalian rampe sous un siège. Al Khazzani marche vers lui pour récupérer sa kalachnikov. "Je pensais qu'il allait me mettre une balle dans la tête. J'attendais. Et puis, rien". Dans le box, El Khazzani regarde dans le vague.

"Pourquoi il ne vous a pas achevé?", demande Sarah Mauger-Poliak, l'avocate d'El Khazzani. "Parce que l'arme ne fonctionnait pas", répond Moogaliann, qui décrit les "déclics métalliques" entendus.

"J'essayais de protéger Isabelle, je n'ai jamais... Je veux dire, pour moi le héros c'est Spencer (l'un des trois Américains). C'est lui qui m'a dit que j'étais un héros quand j'étais au sol dans le train. Mais c'est lui le héros", a déclaré le professeur d'anglais après l'audience. "Je ne suis pas d'accord, si tu n'avais rien fait, Spencer ne serait plus là aujourd'hui", a souligné à côté sa femme Isabelle.

Ce procès de l'attentat déjoué du Thalys, commandité par le coordinateur des attaques du 13-Novembre, doit se poursuivre jusqu'au 17 décembre, dans un contexte de menace terroriste maximale en France. Un contexte qui n'aide sans doute pas les victimes à tourner la page. Damien, l'un des passagers considérés comme un héros, et encore très marqué, n'est d'ailleurs pas venu témoigner à la barre.