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Procès de Nicolas Sarkozy : comprendre "l'affaire des écoutes" et ce que risque l'ex-président

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Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy   -   Tous droits réservés  FRANCK FIFE/AFP or licensors
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Le procès d'un ancien président, physiquement présent devant la justice : c'est une première en France. Nicolas Sarkozy doit être jugé à compter de ce lundi pour corruption dans l'affaire "des écoutes", aux côtés de son avocat et ami Thierry Herzog et de l'ancien haut magistrat à la cour de Cassation Gilbert Azibert.

Après le rejet de plusieurs recours, la Cour de cassation a validé définitivement en juin 2019 le renvoi des trois hommes en correctionnelle. Leur procès doit se tenir du 23 novembre au 10 décembre.

Que leur reproche-t-on ?

Pour tout comprendre, il faut revenir en 2013, quand les juges décident de mettre sur écoute l'ancien président dans le cadre d'une enquête sur un possible financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.

Nicolas Sarkozy utilise un portable secret avec une carte prépayée et un pseudonyme, Paul Bismuth, pour communiquer avec son avocat. Ensemble, ils évoquent la décision que doit bientôt prendre la Cour de cassation concernant les agendas de l'ancien président, saisis dans le cadre de l'affaire Bettencourt, où l'ex-président a obtenu un non-lieu.

La Cour de Cassation doit déterminer si ces agendas peuvent être utilisés dans d'autres dossiers qui impliquent Nicolas Sarkozy. Les écoutes mènent les juges à soupçonner l'ex-président et son avocat de vouloir influencer cette procédure, en faisant intervenir le premier avocat général près la cour de Cassation Gilbert Azibert, en échange de lui faire obtenir un poste au Conseil d'Etat à Monaco.

Les conversations au cœur de l'affaire

Le 30 janvier 2014, sur sa ligne non officielle dite "Bismuth", Me Herzog explique à Nicolas Sarkozy la position du parquet général de la Cour de cassation, qui s'annonce favorable à une annulation de la saisie des agendas de l'ex-chef de l'État.

Le 5 février, Me Herzog réitère l'optimisme de Gilbert Azibert, qui devait rencontrer un autre magistrat de la Cour "pour bien lui expliquer ce qu'il faudrait". "Moi, je le fais monter", dit Nicolas Sarkozy. Son avocat évoque l'intérêt du magistrat pour un poste au Conseil d'Etat à Monaco. "Je l'aiderai", insiste l'ex-président. Selon Me Herzog, Gilbert Azibert lui aurait dit qu'il n'osait pas demander "un coup de pouce". "Je lui ai dit: Tu rigoles, avec ce que tu fais..."

Le 23 février, alors que l'ex-président doit se rendre dans la Principauté, Me Herzog lui rappelle "de dire un mot pour Gilbert" s'il a "l'occasion". Nicolas Sarkozy acquiesce. Il est dans les favoris mais "si tu donnes un coup de main, ce sera toujours mieux", dit le lendemain l'avocat. Nicolas Sarkozy déclare qu'il fera "la démarche" dans les deux jours.

Le 25 février, Nicolas Sarkozy répète qu'il fera "la démarche". Le jour suivant, pourtant, il assure sur sa ligne officielle qu'il n'a finalement pas parlé du magistrat au ministre d'Etat du "Rocher": "ça m'embête de demander quelque chose alors que je connais pas très bien".

Pour les enquêteurs, ce revirement peut s'expliquer par le fait que les deux hommes viennent d'apprendre que leurs téléphones non officiels sont aussi sur écoute, thèse que Nicolas Sarkozy réfute.

Le 3 mars, lors d'un appel entre Me Herzog et Gilbert Azibert, l'avocat annonce que "la démarche à Monaco a été faite". "Je te raconterai de vive voix" la "dernière péripétie", ajoute-t-il. "On a été obligés de dire certaines choses au téléphone", poursuit-il, "parce qu'on a appris certaines choses".

Comment Nicolas Sakorzy se défend-il ?

Dans son réquisitoire, le parquet national financier avait comparé les méthodes de Nicolas Sarkozy à celles d'"un délinquant chevronné". Nicolas Sarkozy réfute les accusations et affirme n'avoir demandé aucune faveur aux autorités monégasques pour Gilbert Azibert.

Mais dans leur ordonnance de renvoi, les juges du parquet national financier estime que même si Gilbert Azibert n'a au final pas obtenu le poste, "la seule sollicitation ou acceptation suffit".

Des magistrats du parquet national financier (PNF) sont de leur côté visés depuis le 18 septembre 2020 par une enquête administrative, concernant notamment l'examen des factures téléphoniques détaillées de ténors du barreau, lorsqu'ils avaient cherché, en vain, une éventuelle "taupe" ayant prévenu Nicolas Sarkozy qu'il était sur écoute.

Que risque Nicolas Sarkozy ?

L'ancien président Nicolas Sarkozy, qui dénonce une instrumentalisation politique de la justice, encourt au maximum dix ans d'emprisonnement et une amende d'un million d'euros, s'il est déclaré coupable pour les faits de corruption active et de trafic d'influence actif.

Et l'ex-président, désormais retraité de la politique, n'en a pas fini avec la justice. Nicolas Sarkozy a été mis en examen en février 2016 pour "financement illégal de campagne", celle de la présidentielle de 2012, dans le cadre de l'affaire Bygmalion. Mais il n'est pas mis en cause pour le système de fausses factures au cœur de la fraude.

Nicolas Sarkozy a également été mis en examen dans l'affaire du financement libyen soupçonné de sa campagne présidentielle de 2007. Des juges enquêtent sur des accusations de financement par la Libye de la campagne présidentielle victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007, formulées par l'intermédiaire d'ex-dignitaires libyens et de Ziad Takieddine.

Le 11 novembre 2020, dans une spectaculaire volte-face, ce dernier a retiré ses accusations. Le parquet national financier rétorque que les charges contre l'ancien président "ne se limitent pas aux déclarations" de l'intermédiaire.