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De la guerre à Gaza à la guerre contre le Covid-19 en Ehpad : le combat d'une ex-humanitaire

Dans l'Ehpad de Gruffy, Haute-Savoie
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Au pied des montagnes, à Gruffy en Haute-Savoie, la maison de retraite Pierre Paillet et ses 44 résidents sort d'une sombre période : en un mois 12 personnes âgées sont mortes du Covid-19. La plus jeune avait 74 ans.

La deuxième vague a été dévastatrice dans les deux départements de Savoie qui sont parmi les plus touchés de France cette fois-ci.

Lors de la première vague, il n'y a pas eu ici de décès dûs au Covid-19. Les morts sont survenues après. L'Ehpad avait été confiné dès le 6 mars, sur décision de sa directrice. Michèle Beck, aux manettes de l'établissement depuis deux ans, avait anticipé la volonté du gouvernement, de fermer au public ces établissements à partir du 9 mars.

L'établissement de Guffy a fait un bilan avec ses résidents après l'isolement de la première vague, ils n'avaient pas vu leurs familles pendant sept à huit semaines. Ils se sont plaints de cette solitude, et la directrice a décidé cette fois de ne pas confiner les lieux. L'option choisie a été la "gestion des risques".

Seulement, après la première vague il y a eu beaucoup de départs dans le personnel. Il a fallu donc fermer des lits, sur les 64 places disponibles, seuls 59 étaient occupés fin octobre. C'est dans ce contexte de manque de personnel que le virus est entré dans l'établissement, le premier cas a été détecté le 28 octobre.

Dans cet Ehpad, on a fait la guerre au virus comme dans un camp de réfugiés

La directrice Michèle Beck a travaillé 10 ans pour Médecins Sans Frontières en Irak, au Tchad, au Niger, en République Démocratique du Congo, en République centrafricaine, au Cameroun, en Sierra Leone, en Jordanie, sous les bombes à Gaza.

L'ancienne humanitaire de 40 ans a embauché du personnel fin octobre pour faire face au Covid-19, des étudiants sont venus en renforts, les employés ont allongé leurs heures de présence.

Mais Michèle Beck a surtout appelé à la rescousse des collègues de MSF pour l'aider. Ces humanitaires avaient les compétences requises pour répondre à une épidémie et gérer des crises. Elles ont connu dans leur vie passée la lutte contre le virus ebola, la rougeole ou la méningite.

"Très vite j'ai vu qu'on allait être débordé, je l'ai pressenti parce que ce sont des choses que j'ai vécues ailleurs. Et quand on est en mission, quand on appelle au secours, on sait qu'il y a a pas mal de gens qui vont venir nous aider. En Ehpad on est seul. On a eu de l'aide de l'hôpital. Sinon on est très isolé, je n'avais personne de l'extérieur avec qui confronter mes idées. On a été en contact avec MSF France et Suisse et je me suis sentie moins seule."

Médecins sans Frontières a récemment lancé un appel aux professionnels médicaux et paramédicaux pour prendre part à une intervention d'urgence dans les Ehpad, notamment en région parisienne. L'objectif est d'accompagner les structures les plus fragilisées. MSF pilote des équipes médicales mobiles qui seront mises à disposition en urgence en fonction des besoins les plus pressants remontant des Ehpad.

Pour Michèle, qui a réagi avant l'appel de MSF, cette situation a été l'une des plus difficiles de sa carrière. Elle a géré la crise comme dans une zone de conflit :

"Dans mes expériences passées j'ai été amenée a affronter des épidémies, et la pire situation c'est le camp de réfugiés. Et au niveau des Ehpad on s'apparente à ça, on est en milieu fermé, et le virus se propage très vite de l'un à l'autre."

68% des résidents contaminés par le virus en novembre

Dans l'Ehpad 20 employés, et 7 résident sur 10 ont été contaminés par le Covid-19 lors de cette deuxième vague. La majorité des retraités, en accord avec les familles, a fait le choix de ne pas être hospitalisé. L'établissement Pierre Paillet s'est transformé en hôpital. Christelle, infirmière coordinatrice et ancienne humanitaire de MSF les a soignés sur place :

"On est passé comme en mini hôpital, avec des perfusions, de l'oxygène, et on est pas équipé pour le faire, on a dû faire des commandes en urgence d'oxygène. Ce n'est pas habituel."

Michelle, 83 ans, vient d'être vaccinée contre la grippe. Elle a cru que c'était déjà le vaccin contre le Covid-19. Pour se faire vacciner, elle nous dit qu'elle va demander conseil à sa fille, dont elle aime suivre les recommandations. Michelle a été infectée par le virus, mais sans symptômes. Mais ça a bouleversé son quotidien, l'équipe l'a changée de chambre.

"En cinq minutes on m'a déménagée du rez-de-chaussée au premier étage, pour que je puisse être plus sous surveillance."

Le gouvernement prévoit de vacciner en priorité les résidents des Ehpad, et ceux qui s'occupent d'eux.

Plus de 50 000 personnes sont mortes des suites du Covid-19 en France depuis mars, 44% dans les Ehpad.

Au delà de la crise sanitaire actuelle d'autres crises majeures attendent les maisons de retraite à l'avenir. La France est l'un des pays européens avec le plus de personnes âgées en Ehpad. Ces dernières devront ouvrir 108 000 places d'ici 2030 pour recevoir la génération des babyboomers.