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Elections au Mexique : 66 candidats exécutés en 6 mois, les gangs "votent" par le sang

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Par Joël Chatreau
Un meurtre commis par un gang à Xaltianguis près d'Acapulco - Etat mexicain de Guerrero -, le 7 mai 2019
Un meurtre commis par un gang à Xaltianguis près d'Acapulco - Etat mexicain de Guerrero -, le 7 mai 2019   -   Tous droits réservés  Francisco Robles/AFP

Ce n'est pas une campagne électorale mais une hécatombe ! Les Mexicains doivent se rendre aux urnes le 6 juin prochain pour élire à la fois leurs députés, leurs gouverneurs et leurs maires, entre autres, mais le sang des candidats de tout bord coule déjà abondamment : en seulement un peu plus de six mois, soit depuis septembre dernier, pas moins de 66 hommes et femmes politiques ont été assassinés froidement, selon un bilan tout à fait officiel.

La signature des gangs et des cartels

Il ne faut pas être un expert de la violence récurrente dans ce vaste pays pour savoir quels sont les coupables du massacre organisé et parfaitement ciblé. Il porte la signature des très nombreux gangs qui terrorisent la population mexicaine, et de leurs principaux commanditaires, les tristement célèbres cartels de la drogue ; ces derniers sont au nombre d'une douzaine sur tout le territoire à établir leur propre loi par la violence et la corruption, y compris au sein des forces de sécurité et bien évidemment dans le milieu politicien.

Un "parti du crime" dans la course

Les tueries ciblées deviennent tellement systématiques à l'approche des élections générales que le gouvernement actuel dénonce symboliquement un "parti du crime". Rosa Rodriguez, chargée de la sécurité et de la protection civile au sein de l'exécutif, est on ne peut plus claire :

Les organisations criminelles cherchent à renforcer leurs opérations en intimidant et en augmentant leur influence politique (...) Nous pensons que c'est un véritable parti qui est en lice, le parti du crime, qui cherche à intimider la classe politique et le peuple en général
Rosa Rodriguez

La peur, puis le renoncement ou la mort

Au moins sept États du Mexique sont particulièrement ensanglantés : ceux d'Oaxaca, de Guanajuato, Veracruz, Guerrero, Morelos, de Basse Californie et de Jalisco. Avant de leur infliger la peine suprême, la mort, les bandes criminelles font monter la peur des candidats locaux et de leurs familles en procédant à des enlèvements, des incendies de maisons ou de voitures, et autres représailles. Selon les forces de l'ordre, dans l'ombre de ces actions violentes se cachent parfois des rivaux politiques sans vergogne.

Anabel Hernández, auteure mexicaine du livre "Los senores del narco" (qu'on pourrait traduire par "Ces messieurs du narcotrafic"), a expliqué à l'Agence France-Presse que par exemple les cartels de la drogue de "Jalisco-nouvelle génération", de Sinaloa ou encore de Juárez - réactivé par de nouveaux parrains - vont même jusqu'à "parrainer des candidats".

"Il ne sera qu'un pantin !"

Le président Andrés Manuel López Obrador pousse un coup de gueule... mais bien, bien tard :

Si le maire d'une ville gagne grâce à l'ingérence du crime organisé, il ne sera qu'un pantin !
Andrés Manuel López Obrador
Président du Mexique

Le chef de l'État a promis qu'une protection policière sera accordée aux candidats en danger. Les 66 déjà abattus comme des chiens doivent se retourner dans leurs tombes !