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Covid-19 : les soignants de Madrid tentent de trouver la force de continuer

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Par Jaime Velazquez
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Pendant une semaine de ce mois de mars, nos équipes de journalistes couvrent les dernières actualités dans le domaine de la santé à travers l'Europe et au-delà, rencontrent des soignants en première ligne de la lutte contre le Covid-19 et proposent analyses et débats sur les grandes avancées qui définiront les soins de demain.

À travers le monde, la pandémie est aussi une épreuve pour les soignants. Pablo Celik est infirmier dans l'hôpital universitaire La Paz de Madrid. Le Covid-19 a bouleversé son travail au quotidien au point d'avoir des effets sur sa santé mentale au début de la pandémie. "Pendant longtemps, j'ai eu cette angoisse, cette difficulté à respirer : c'est quelque chose que je n'avais jamais vécu," confie-t-il.

"On ne pouvait pas faire plus"

Il y a un an quand les hôpitaux étaient débordés, dans son établissement aussi, les patients étaient allongés dans les couloirs faute de lits disponibles. Les équipements de protection individuelle manquaient et les médecins n'avaient pas d'autre choix que de hiérarchiser les patients.

"On ne pouvait pas faire plus," affirme Pablo Celik. "En tant qu'infirmier, la seule chose que je pouvais faire, c'était de m'occuper de ces personnes jusqu'à leur dernier souffle, leur donner l'affection dont elles avaient besoin," dit-il.

Les applaudissements quotidiens des citoyens à l'époque ont apporté du réconfort aux soignants, mais rien ne pouvait leur enlever le sentiment d'impuissance en n'étant incapables de sauver davantage de vies sans oublier la peur de tomber malade ou de contaminer leurs proches.

"Nos familles savent que l'on peut être infecté," indique María José García, secrétaire générale du syndicat espagnol des infirmiers SATSE. "Et puis quand on rentre chez nous," poursuit-elle, "est-ce qu'on peut leur dire ce qu'on endure à l'hôpital ? Non, on ne peut faire ça, donc on n'a pas d'autre choix que de pleurer sur le trajet entre l'hôpital et la maison," lance-t-elle.

Troubles psychologiques

Les soignants en première ligne ont payé le prix de leur engagement. D'après une enquête récente menée en Espagne, ils sont un sur trois à avoir souffert de dépression après la première vague, la moitié ont eu besoin de consultations de spécialistes de la santé mentale et un sur quatre a souffert de stress post-traumatique, des troubles qui apparaissent après avoir été en zone de guerre.

Les équipes de l'hôpital de La Paz s'attendaient à devoir fournir un soutien psychologique à leurs collègues dès le premier jour.

"On a appris qu'il était aussi important de soigner les patients," indique María Fe Bravo, chef du service psychiatrie de l'hôpital, "que de prendre soin des personnels de santé pour qu'ils puissent travailler et assurer les soins correctement."

"De la force peut ressortir de cette vulnérabilité"

Ce n'est qu'après la première vague que Pablo Celik a demandé de l'aide. "Je n'ai pas eu la force de dire ce que je ressentais plus tôt," déclare le jeune homme. "Je n'avais même pas le temps de le faire," fait-il remarquer.

Aujourd'hui, il participe à des séances de relaxation hebdomadaires avec ses collègues au sein de l'établissement hospitalier.

"Ce que l'on fait principalement [ndlr : au cours de ces séances], c'est que l'on se connecte avec notre force intérieure," précise Beatriz Rodríguez Vega, directrice de l'unité de psychothérapie de l'hôpital de La Paz, "pas seulement avec le côté fragile qui est apparu en chacun de nous, mais avec la force qui peut ressortir de cette vulnérabilité."

Tous ont besoin de trouver cette force à l'heure où la pandémie se poursuit. Pendant au moins quelques minutes, ils prennent du temps pour eux avant de continuer à s'occuper des autres.