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France : les langues régionales bientôt mieux protégées et promues

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Par Vincent Coste  avec AFP
Le "Gwenn ha Du", le drapeau breton et des drapeaux français flottant devant l'hôtel de ville de Nantes, dans l'ouest de la France, le 20 février 2021
Le "Gwenn ha Du", le drapeau breton et des drapeaux français flottant devant l'hôtel de ville de Nantes, dans l'ouest de la France, le 20 février 2021   -   Tous droits réservés  LOIC VENANCE/AFP

C'est une victoire pour les défenseurs des langues régionales en France. Le Parlement français a définitivement adopté ce jeudi une proposition de loi, portée par l'opposition, pour protéger et promouvoir les langues régionales, après le vote favorable de l'Assemblée nationale en deuxième lecture. Le texte a été validé malgré les réticences du gouvernement et des députés LREM, le parti d'Emmanuel Macron.

Défendu par le député Paul Molac, élu dans le département breton du Morbihan et membre du groupe d'opposition "Libertés et Territoires", le texte qui a été adopté par 247 voix pour, 76 votes contre et 19 abstentions, permettra deux nouveautés majeures pour les partisans des langues régionales.

La première est l'instauration de l'enseignement immersif, c'est-à-dire que les élèves pourront effectuer une grande partie de leurs temps scolaire dans une langue autre que la langue dominante.

La seconde consiste à la création d'un forfait scolaire pour les écoles privées dispensant une scolarisation en langues régionales. Ce dispositif prévoit ainsi la participation financière des communes de résidence des élèves scolarisés dans une école de ce type implantée dans une autre commune. Cette disposition pourra contribuer au développement des écoles Diwan en Bretagne ou dans les ikastola du Pays basque, où l'enseignement est majoritairement en euskara.

Opposition de la majorité

Le chef de file des députés LREM à l'assemblée avait demandé avait appelé son groupe à voter contre la proposition de loi. "Nous mettons en cause certains principes fondamentaux de notre école publique", a également mis en garde Christophe Castaner, l'ancien ministre de l'Intérieur.

Et avant le vote, durant la discussion, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer s'était opposé, lui, par deux fois à l'inscription dans la loi de deux mesures portées par le texte dont il prévoit "des conséquences en chaîne". "Nous sommes favorables au développement des langues régionales (...) mais nous avons le droit d'être attentifs aux modalités", a souligné le ministre.

Après le vote de la loi, Paul Molac, militant de longue date engagé pour la défense de la culture bretonne, et d'autres parlementaires bretons se sont retrouvés pour entonner le "Bro gozh ma zadoù", l'hymne de la Bretagne.

Le texte avait été voté en première lecture début 2020 par l'Assemblée nationale, après avoir été en partie vidé de sa substance. Il avait été ensuite votée par le Sénat en décembre 2020.

Des dizaines de langues régionales en France

Pratiquement tous les Français ont en tête l'image d'Epinal des petits Alsaciens, Basques ou Bretons, mis au coin avec un bonnet d'âne sur la tête pour s'être exprimés dans une langue autre que le Français, punis par les hussards noirs de la République, ces enseignants des écoles primaires du siècle dernier dont l'objectif, dicté par l'Etat, était de construire une nation forte autour de la langue de Molière.

Encore aujourd'hui, l'article 2 de la Constitution française le clame : "La langue de la République est le français". Mais depuis une révision du texte datant de 2008, "les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France", selon l'article 75-1.

Plus de 80 "langues de France" sont aujourd'hui recensées par les autorités. Plus d'une dizaine de langues régionales sont actuellement enseignées dans les établissements scolaires publics de l'Hexagone, dont le basque, le breton, le catalan et l'occitan, le corse, le tahitien ou l'alsacien.

FRED TANNEAU/AFP
Signalisation bilingue, en français et en breton, dans la commune de Lesneven, dans le département du Finistère, le 2 juin 2006FRED TANNEAU/AFP

En outre, dans les régions à forte identité culturelle et linguistique, la France a favorisé la mise en place d'une signalisation routière bilingue comme en Bretagne ou dans le Pays basque.

Toutefois, aux yeux de la communauté internationale, Paris pourrait mieux faire sur cette question. En 2008, le Conseil économique et social des Nations unies avait ainsi constaté que la France "n’a pas fait suffisamment d’effortsdans le domaine de la préservation et de la promotion des langues et patrimoines culturels". Cet organe de l’ONU avait en outre recommandé à la France "d'envisager de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires". En effet, si ce texte, porté par le Conseil de l'Europe, a bien été signé en 1999, il n'a jamais été ratifié par les autorités françaises.