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Nucléaire : la France prolonge l'arrêt d'un réacteur REP et annonce de nouveaux EPR

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Par Vincent Coste  avec AFP
Archives : centrale nucléaire de Chooz en mai 2017
Archives : centrale nucléaire de Chooz en mai 2017   -   Tous droits réservés  FRANCOIS LO PRESTI/AFP

Deux annonces ont été faites en France sur le nucléaire ce jeudi, l'une concernant le présent et l'autre le futur de la filière.

Le présent d'abord : EDF, la principale société de production et de distribution française, a indiqué avoir décidé de maintenir à l'arrêt trois mois de plus l'un des réacteurs à eau pressurisée (REP) de la centrale nucléaire de Chooz, dans le nord du pays. Pour l'heure, le redémarrage du second réacteur de cette centrale, également arrêté en décembre dernier, est maintenu en janvier.

Pour ce qui est du futur, les nouveaux réacteurs annoncés par le président français, Emmanuel Macron, en novembre dernier, devraient être mis en service "en 2035-2037", selon la secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique. Cette dernière, Bérangère Abba, a indiqué lors d'un débat avec des sénateurs sur la sûreté de l'atome qu'il s'agirait "à court terme, d'EPR2, un modèle amélioré par rapport au retour d’expérience de construction des EPR précédents".

Le réacteur n°2 de Chooz "rebranché" le 21 avril

EDF a donc prolongé de trois mois l'arrêt d'un réacteur de la centrale nucléaire de Chooz, dans le département des Ardennes. La société a indiqué ce jeudi y avoir détecté un défaut similaire à celui des deux réacteurs de la centrale de Civaux, dans l'ouest du pays, qui ne tournent également plus. Une situation qui privera donc la France de cette source d'électricité pour l'hiver.

L'arrêt du réacteur numéro 2 de Chooz a été prolongé jusqu'au 20 avril, selon les données publiées par RTE, le gestionnaire du réseau de transport de l'électricité. Il devait initialement redémarrer le 23 janvier, comme le premier réacteur.

EDF avait annoncé à la mi-décembre l'arrêt par précaution des deux réacteurs de Chooz pour vérification d'éventuels défauts sur son circuit de refroidissement de secours, après la détection de défauts à Civaux, centrale de même modèle. Les réacteurs de ces deux centrales sont de 1 450 MW

"Les contrôles et expertises réalisés sur les portions de tuyauterie du circuit d’injection de sécurité du réacteur n°2 de Chooz ont permis de confirmer qu’il s’agit du même type de défauts que ceux identifiés à Civaux", a indiqué un porte-parole d'EDF à l'AFP.

L'arrêt en plein hiver de quatre réacteurs, les plus puissants et les plus récents du parc français, prive la France de près de 10% de sa capacité nucléaire au moment où elle a le plus besoin d'électricité. La France dispose en tout d'un parc de 56 du parc français. Mais cinq autres réacteurs sont également arrêtés pour maintenance. Le nucléaire a représenté près de 70% de la production d'électricité ce 6 janvier 2022,  selon les données de RTE. Cette même société avait, fin 2021, relevé son "niveau de vigilance" pour le mois de janvier en raison des tensions sur l'approvisionnement.

Pour le réacteur numéro 2 de Chooz, "la solution de réparation est en cours d'instruction" avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), précise EDF.

"Les analyses des contrôles et expertises sont toujours en cours sur le réacteur n°1 de Chooz", ajoute le groupe. Son redémarrage est pour l'instant théoriquement prévu le 23 janvier.

Dépôt des dossiers "autour de 2023" pour l'EPR2

Si le gouvernement prévoit une mise en service de ses réacteurs EPR de nouvelle génération d'ici une quinzaine d'années, une première étape devrait avoir lieu "autour de 2023" avec le dépôt des dossiers, selon Bérangère Abba. Au préalable, EDF a soumis des options de sûreté de l'EPR de nouvelle génération à l’ASN , qui en a validé les principes. "Nous avons donc un cadre et un retour d’expérience sur les premiers EPR", a ajouté la la secrétaire d’État ce jeudi.

Emmanuel Macron avait annoncé début novembre que la France s'apprêtait à lancer la construction de réacteurs, une vingtaine d'années après la mise en service des derniers, mais il n'a depuis donné aucun détail sur ce projet.

EDF a déjà remis à l’État une proposition pour construire six EPR2 pour une cinquantaine de milliards d'euros.

Le PDG d'EDF a estimé mardi qu'il était "urgent" de lancer "des actions concrètes".

"Le plus urgent est de lancer la dynamique autour de la construction notamment des réacteurs de Penly", le site de Seine-Maritime où devrait être construite la première paire de nouveaux EPR, a dit Jean-Bernard Lévy à des journalistes.

La France ne construit actuellement sur son sol qu'un réacteur EPR (pour Evolutionary Power Reactor), celui de Flamanville, dans le département de la Manche en Normandie, qui a rencontré des déboires multiples, source de retards et rallonges budgétaires.

Le calendrier pour l'EPR2 est désormais connu. Le retour d'expérience mis en avant par le gouvernement français permettra-t-il de juguler les dérives dont a pâti son prédécesseur ?