Alex Jones, ou comment tirer des recettes du complotisme

Le conspirationniste américain Alex Jones, devant le logo de son site d'information "alternative" Infowars
Le conspirationniste américain Alex Jones, devant le logo de son site d'information "alternative" Infowars Tous droits réservés H John Voorhees III/ The News-Times + Jose Luis Magana/ AP Photo
Par Margaux RacaniereOlivier Péguy
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Alex Jones, ou comment tirer des recettes du complotisme

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Le complotiste américain Alex Jones a été condamné ce mercredi à verser près d'un milliard de dollars aux proches des victimes de la tuerie de Sandy Hook pour diffamation. Une somme colossale qui vient punir celui qui, depuis des années, prospère grâce au conspirationnisme. Mais, diffuser de l'infox, combien ça rapporte ?

Des SMS diffusés par erreur par l'avocat d'Alex Jones pendant son premier procès au Texas ont révélé que l'entreprise de Jones, Free Speech System, générait entre 700 000 et 800 000 dollars par jour depuis qu'Infowars n'est plus diffusée sur Facebook et YouTube (Alex Jones a été banni en 2021 pour "incitation à la haine").

Appelé à la barre, l'économiste Bernad Pettingill a estimé que Free Speech Systems avait généré 65 millions de dollars de revenus en 2021. Il estime qu'en tout, l'entreprise vaut entre 135 et 270 millions de dollars, une estimation rejetée par le camp d'Alex Jones.

Les sites d'infox comme Infowars généreraient au total 2,2 milliards d'euros par an, d'après une étude de NewsGuard et Comscore.

Mais la spécificité d'Alex Jones est qu'il ne s'agit pas seulement de revenus publicitaires. Sur son site, il vend toutes sortes de produits liés à la médecine alternative, au bien-être et au "survivalisme". Des produits qui n'ont pas été approuvés par l'administration sanitaire américaine, la FDA. Pendant la pandémie de Covid-19, il avait par exemple prétendu que son dentifrice "supersilver" pouvait protéger du coronavirus.

Le procès d'Alex Jones a permis d'illustrer que les conspirations liées à des drames étaient particulièrement fructueuses. Pendant la période durant laquelle il niait la réalité de la fusillade de Sandy Hook, l'audience de l'émission d'Alex Jones et les ventes de son site internet ont explosé.

Un modèle économique copié par les complotistes à travers le monde

Aux États-Unis, d'autres plateformes tirent des bénéfices du complotisme et des croyances alternatives. Surnommée par certains le "Netflix de la spiritualité", la plateforme vidéo Gaia héberge principalement du contenu de yoga, d'éveil spirituel et de médecine alternative. D'après une enquête de Business Insider, on y retrouve également de la désinformation anti-vax et des théories du complot, le tout pour 11,99 euros/mois.

Les méthodes d'Alex Jones se sont répandues bien au-delà des Etats-Unis. "Sa monétisation du complotisme a été un modèle en France. Aujourd'hui, tout promoteur va essayer de suivre ce modèle, comme Alain Soral qui a des boutiques bio", décrit Tristan Mendès-France, de l’Observatoire du conspirationnisme.

Le journal Le Monde cite par exemple les produits dérivés vendus sur le site anti-vax Qanon francophone Alliance humaine, comme un mug porteur de l'inscription "majeur et non vacciné".

"Personne ne s'est enrichi comme Alex Jones, mais il est beaucoup pris pour modèle", appuie le chercheur britannique Peter Knight, président du projet de recherche européen COMPACT sur les théories du complot. "Un exemple encore plus influent qu'Alex Jones au Royaume-Uni est David Icke, précise-t-il, mais il gagne surtout de l'argent en vendant des livres ou en faisant des interventions publiques".

Le modèle économique du complotisme trouve ses limites dans ce qui arrive actuellement à Alex Jones. "C'est un vrai message envoyé aux businessmans et aux promoteurs, que devenir riche, se remplir les poches avec de la désinformation comporte des risques", analyse Tristan Mendès-France.

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