Coupe du monde au Qatar : une 3ème mi-temps artistique et culturelle

Par Miranda Atty & Aadel Haleem
Coupe du monde au Qatar : une 3ème mi-temps artistique et culturelle
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Alors que le coup d'envoi de la Coupe du monde de football sera donné dans quelques semaines au Qatar et que plus d'un million de visiteurs sont attendus sur place, le pays peaufine son offre artistique et culturelle en marge de la compétition. Doha dispose désormais de l'un des plus grands musées du sport au monde et s'efforce de rendre l'art accessible au plus grand nombre grâce à ses nombreuses œuvres exposées dans l'espace public.

Le 3-2-1 Qatar Olympic and Sports Museum regroupe une multitude d'objets légendaires du monde du sport, des gants de boxe de Mohamed Ali à la Ferrari du pilote de formule 1 Michael Schumacher. À l'approche de la Coupe du monde de la FIFA, il a inauguré sa nouvelle exposition intitulée tout naturellement "Le Monde du Football" (World of Football).

Présentée en deux parties comme les mi-temps d'un match, elle examine tout d'abord, l'intérêt planétaire pour ce sport, de la rue au stade. "La première partie présente les origines, les joueurs, les règles, ainsi que des anecdotes sur quelques-uns des plus grands champions, y compris certains de leurs maillots," explique Andrew Pearce, conservateur de l'exposition. "Nous avons des films qui montrent des actions de la Coupe du monde, il y a aussi une section sur les supporters et la façon dont ils soutiennent leur équipe, mais nous évoquons aussi ce qui rend ce sport si populaire dans le monde entier," ajoute-t-il.

Histoire des Coupes du monde

La seconde moitié de l'exposition retrace l'histoire de la Coupe du monde et la manière dont le Qatar s'apprête à l'intégrer. "La partie "Road to Doha" explique la préparation de la Coupe du monde 2022, mais l'exposition commence en 1930, date de la première Coupe du monde en Uruguay," précise Aalia Khalid Al Khater, responsable des expositions au 3-2-1 Qatar Olympic and Sports Museum. "À partir de là, nous avons une section qui est consacrée à la présentation d'au moins deux objets de chaque Coupe du monde de 1930 à 2018, puis de chaque affiche de 1930 à 2022 : c'est très intéressant car on peut voir l'évolution de l'événement en termes de conception graphique et de détails comme les billets et les affiches," fait-elle remarquer.

"Ensuite, nous abordons l'histoire du football au Qatar : celle-ci s'étale sur environ 40 ans, avec des moments forts comme la visite de Pelé à Doha en 1973, où il a joué contre le plus ancien club de foot de la ville, Al-Ahli," indique-t-elle.

Aalia Khalid Al Khater se souvient très bien du moment où le Qatar a remporté l'appel d'offres pour l'organisation de la Coupe du monde."J'étais en dernière année de lycée quand nous l'avons remporté ; donc, c'est intéressant pour moi, d'être aujourd'hui à la tête des expositions de ce musée et de vivre cette expérience directement," confie la jeune femme. "Accueillir la Coupe du monde, c'est tellement excitant : nous tous - pas seulement les Qataris, mais tous ceux qui vivent ici -, nous sommes loyaux envers le Qatar et très heureux d'être le premier pays du Moyen-Orient à accueillir la Coupe du monde," estime-t-elle.

Un "Hall of Athletes" réservé aux légendes

Le 3-2-1 Museum a ouvert ses portes en début d'année. Dans le cadre de sa collection permanente, il possède 16 000 objets liés au sport et en a emprunté 3 000 autres. Le "Hall of Athletes" célèbre 90 sportifs du monde entier qui ont brillé dans des disciplines internationales.

Des gants de boxe de l'emblématique Mohamed Ali au maillot porté par le grand footballeur Pelé, en passant par une Ferrari conduite par le champion de la Formule 1 Michael Schumacher, cet espace est réservé aux légendes. "Ces sportifs incarnent la réussite et ils inspirent les visiteurs," estime Abdulla Yousuf Al Mulla, directeur du 3-2-1 Qatar Olympic and Sports Museum. "Nous sommes heureux d'accueillir la nouvelle génération ici, les jeunes visitent le musée et espèrent qu'un jour, ils pourront eux-mêmes faire partie du Hall of Athletes," souligne-t-il.

Abdulla Yousuf Al Mulla s'enthousiasme de voir qu'au Qatar, le sport a eu des débuts modestes, avec des activités traditionnelles comme la fauconnerie, la récolte des perles et les courses de dromadaires et en soit arrivé aujourd'hui à l'organisation de compétitions internationales comme la Coupe du monde.

"Ce musée n'est pas seulement pour le Qatar, il est destiné à l'ensemble du monde arabe, c'est le premier musée de ce type au Moyen-Orient," se félicite son directeur avant de préciser : "En termes d'espace, nous disposons de 19 000 m² et il attire de nombreuses personnes de l'étranger."

"Vous pouvez difficilement voir ces collections ailleurs dans le monde," affirme-t-il. "Ici, elles sont toutes réunies sous un même toit, cela me rend fier de mon pays," avoue-t-il.

"Chaque Coupe du monde a son lot d'anecdotes"

L'exposition intègre aussi une section "L'Histoire en marche" (History in the Making). Cet espace sera amené à s'agrandir au fur et à mesure que de nouveaux exploits seront enregistrés. "Nous allons intégrer des objets au fur et à mesure de la Coupe du monde," déclare Andrew Pearce, conservateur de l'exposition "Le Monde du Football". "Nous ne connaissons pas encore les événements auxquels ils seront liés : chaque Coupe du monde a son lot d'anecdotes, il peut s'agir d'un carton rouge donné par un arbitre, du ballon d'un match au cours duquel le plus grand but de ce tournoi a été marqué, d'un maillot, voire d'un souvenir qu'un supporter a apporté au stade. C'est passionnant !" se réjouit-il.

Le 3-2-1 Museum a accueilli 98 000 visiteurs au cours de ses quatre premiers mois d'ouverture et il espère atteindre la barre de 500 000 d'ici à la fin de la Coupe du monde.

De l'art dans les rues...

L'art prend une toute autre dimension quand il est immersif. Il peut être une source d'inspiration, nous apprendre des choses, voire nous éclairer. À l'approche de la Coupe du monde, le Qatar redouble d'efforts pour offrir l'art au grand public.

Dès l'aéroport international Hamad, les œuvres sont partout. Qu'il s'agisse de la sculpture monumentale intitulée Small Lie de KAWS, du faucon - l'oiseau emblématique du Qatar - de Tom Claasen ou encore de l'ours jaune "Lamp Bear" d'Urs Fischer, le pays invite ses hôtes à entamer un dialogue avec l'art.

"C'est une chose qui trouve un écho chez bon nombre d'entre nous, avec laquelle on peut interagir et dont on peut faire l'expérience,"  déclare Sarah Foryame Lawler, du département "Art dans l'espace public" aux Qatar Museums. "Je crois que pour le Qatar et les arts, c'est un excellent moyen de favoriser le dialogue, de dynamiser différentes zones de la ville qui n'accueillent pas nécessairement des activités artistiques : c'est une façon d'y amener l'art et de permettre aux gens de s'y confronter naturellement," estime-t-elle.

Et ce dialogue se poursuit bien au-delà de l'aéroport. On retrouve ainsi sur des sites comme le Musée national, des œuvres symbolisant l'histoire qatarie. Les quatre dromadaires de l'artiste français Roch Vandromme, sous le titre "On Their Way", nichés dans l'enceinte du célèbre bâtiment en forme de rose des sables, font allusion au mode de vie nomade local.

La sculpture de Simone Fattal, "Gates to the Sea", avec ses pétroglyphes de bateaux et de poissons, évoque la relation étroite du Qatar avec la mer.

Tandis que certaines créations comme le banc de Saloua Raouda Choucair qui équipe le Museum of Islamic Art Park s'avèrent fonctionnelles, d'autres donnent un nouveau visage à une rue animée : c'est le cas des fresques JedariArt à découvrir dans différents lieux de Doha comme au Fire Station Museum.

... Aux abords des stades aussi

Avec la Coupe du monde en ligne de mire, des sculptures ont également fait leur apparition aux abords des stades dédiés à la compétition. Près du stade Al Janoub, le "Bateau" (The Ship) imaginé par l'artiste qatari Faraj Daham dont la forme fait référence aux boutres traditionnels rappelle l'histoire maritime du pays.

Quant à la façade ajourée du stade Ahmad bin Ali, elle est elle-même une œuvre d'art. "Son architecture évoque la région, la proximité du désert et les symboles qui apparaissent sur le maillage de la façade ont été empruntés à des sites locaux," indique Mario Zraunig, responsable des opérations au stade Ahmad bin Ali. "Vous avez donc la rose des sables, la flore et la faune indigènes que l'on retrouve sous forme symbolique, il y a aussi le bouclier qui évoque la force : tous ces symboles ont une signification spécifique, donc, le design du stade transmet un message emblématique de la région," fait-il remarquer.

Ce stade a été reconstruit pour la Coupe du monde 2022 en utilisant 80% des matériaux issus de la déconstruction de l'ancien stade Ahmed bin Ali, sachant que le reste des matériaux a été recyclé et réutilisé dans des installations d'art qui seront exposées dans les espaces publics à travers le pays pendant le tournoi.

"Les structures en acier ont été utilisées pour ces œuvres, les artistes ont choisi ce qu'ils voulaient parmi tous les matériaux du stade, ils les ont intégrés dans leurs projets exposés au Qatar et donc, le stade aura une deuxième vie dans leurs créations," s'amuse Mario Zraunig.

Des thèmes très divers sont abordés

Layla Ibrahim Bacha, experte en art pour la "Qatar Foundation", nous présente une autre pièce commandée pour la Coupe du monde appelée "Come Together". Conçue pour être vue par les fans présents au Education City Stadium, elle est signée de l'artiste coréen Choi Jeong Hwa

"L'artiste a été invité à venir au Qatar il y a deux ans, juste avant le début de la pandémie de Covid, et il a été inspiré par le Qatar en général," indique-t-elle avant d'ajouter : "La forme est celle d'un pissenlit composée de 100 tiges recouvertes de ballons de football. C'est très coloré, cela attire l'attention," dit-elle. "Pour conserver son identité visuelle qui consiste à utiliser des matériaux recyclés," poursuit-elle, "il a choisi de recycler des ustensiles de cuisine qataris et de les intégrer à cette œuvre d'art."

L'ensemble du campus Education City est jalonné de créations, pas uniquement réalisées par des artistes internationaux. Azzm, signé du Qatari Cheikh Hassan bin Mohammed Al Thani, se veut une évocation de l'émancipation des femmes. 

À Lusail, Sarah Foryame Lawler nous montre la surprenante pièce "Egal" de Shouq Al Mana. Elle représente le couvre-chef traditionnel porté par les hommes qataris, mais à une échelle bien plus grande.

"Cela fait maintenant plus de deux ans que l'on travaille avec elle et c'est formidable de voir une artiste locale transformer un objet dessiné sur le papier en une sculpture que les gens peuvent découvrir en marchant autour, en la touchant," reconnaît Sarah Foryame Lawler. "Cela incite à se demander ce que c'est, si les gens ne connaissent pas bien la culture locale," indique-t-elle. "C'est le but même de l'art présent dans les espaces publics : encourager le dialogue, amener les gens à s'interroger, à réfléchir et à faire preuve de curiosité," assure-t-elle.

Que ce soit dans le métro, sur un rond-point ou au milieu du désert, plus de 100 œuvres d'art seront disséminées dans les espaces publics à travers le pays avant le coup d'envoi d'une Coupe du monde qui se joue aussi sur le terrain de l'art.