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Réforme des retraites en France : les mobilisations passées avaient-elles fait plier le pouvoir ?

Une manifestante à Strasbourg le 31 janvier 2023
Une manifestante à Strasbourg le 31 janvier 2023 Tous droits réservés Jean Francois Badias/Copyright 2023 The AP. All rights reserved
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Par Euronews
Publié le Mis à jour
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La mobilisation de 2023 intervient après celles de 1995, 2003 ou 2010. Toutes n'ont pas eu le même impact sur les projets de réforme présentés par les gouvernements successifs.

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Les grèves et manifestations contre les politiques gouvernementales se sont multipliées ces dernières décennies en France, mais un sujet a particulièrement mobilisé les foules : la réforme des retraites. 

La mobilisation de 2023 – la huitième en trente ans – intervient après celles de 1993, 1995, 2003, 2007, 2010, 2014 et 2019, avec des impacts variables sur les projets de réforme. "A chaque fois, il y a eu soit un abandon, soit un amendement ; des concessions ont été faites aux différents syndicats qui se mobilisaient", explique Bruno Palier, directeur de recherche du CNRS à Sciences Po, auteur de l'ouvrage "Réformer les retraites" (Presses de Sciences Po).

En 1995, la mobilisation entraîne l'abandon du projet de réforme

Seule mobilisation ayant véritablement réussi à faire plier le gouvernement, celle de 1995 reste dans toutes les mémoires.

A l'origine de la grogne, le plan d'Alain Juppé, alors Premier ministre, qui prévoyait d'aligner le régime des retraites des fonctionnaires et des salariés des entreprises publiques (dont SNCF et RATP) sur ceux du secteur privé. La perspective de travailler 40 ans et non plus 37,5 ans afin de bénéficier d'une retraite à taux plein déclenche un mouvement de colère qui se traduit par des manifestations et d'importantes perturbations dans les trains, métros, bus etc. 

Au terme de trois semaines de paralysie, le gouvernement finit par abandonner son projet rejeté par une grande partie des Français, lassés par des grèves en plein hiver.

En 2003 : un accord avec les syndicats réformistes

Huit ans plus tard, en 2003, la réforme conduite par le futur Premier ministre François Fillon déclenche à son tour une mobilisation sociale d'ampleur.

Comme le "Plan Juppé" de 1995, le projet prévoit d'aligner la durée de cotisation des fonctionnaires sur celle des salariés du privé et d'allonger la durée de cotisation pour tous au-delà de 40 ans (elle a progressivement atteint 41 ans en 2012). 

Après plusieurs semaines de grèves et de manifestations, qui rassemblent plus d'un million de personnes à Paris le 13 mai 2003, la réforme est finalement adoptée après un accord trouvé avec les syndicats réformistes (CFDT et cadres)."Ces syndicats n'avaient pas lancé la protestation, mais cherchaient à obtenir des points de concession du gouvernement ce qu'ils ont obtenu, notamment sur le calcul des retraites pour les femmes et les dispositifs de départs précoces pour ceux ayant commencé à travailler plus tôt", explique Bruno Palier.

En 2010, l'âge de départ est porté de 60 à 62 ans

La réforme conduite en 2010 par Eric Woerth afin de préserver l'équilibre financier du système de retraites par répartition prévoit de porter l'âge légal de départ de 60 à 62 ans et à 41,5 le nombre d'années de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein. 

Le projet débouche à nouveau sur une vague de manifestations dont celle du 12 octobre 2010 qui rassemble plus de trois millions de personnes en France, selon les syndicats (trois fois moins selon le ministère de l'Intérieur), ce qui constitue alors un record. En outre, des grèves et blocages dans les raffineries et les dépôts de carburant impactent directement les automobilistes, confrontés à des pénuries d'essence dans les stations-service. 

Mais ces actions n'ont pas les effets escomptés par les syndicats : "En 2010, il y a eu beaucoup de mobilisation, sans pour autant que la principale mesure, à savoir le décalage de l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, ne soit remise en cause", rappelle Bruno Palier.

Lewis Joly/Copyright 2023 The AP. All rights reserved.
La manifestation contre la réforme des retraites à Paris le 19 janvier 2023Lewis Joly/Copyright 2023 The AP. All rights reserved.

Mobilisation de 2023 : quelles différences avec celles du passé ?

Contrairement aux mobilisations passées, celle de 2023 se caractérise par un front syndical uni : "Jamais auparavant sur la question des retraites, nous n'avions eu tous les syndicats rassemblés pour s'opposer au projet", note Bruno Palier qui compare la dernière mobilisation avec celle de 1995 : "La réforme de 1995 s'attaquait aux régimes spéciaux et particuliers donc à des professions qui avaient un âge de départ plus précoce ; ce sont ces mêmes professions qui avaient porté la mobilisation. Alors qu'en 2023, c'est l'ensemble de la population qui est concernée par la mesure principale, à savoir le report de l'âge de départ de 62 à 64 ans (...) Aujourd'hui, clairement, le gouvernement espère pouvoir passer sa réforme au Parlement en faisant des concessions à la droite, sans chercher à faire de concessions aux mobilisations syndicales."

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