Mines et résidus explosifs : l'autre ennemi de l'Ukraine

Un démineur du service d'urgence ukrainien ramasse des restes d'obus et de grenade sur un site de déminage, près du village de Kamenka, dans la région de Kharkiv en Ukraine.
Un démineur du service d'urgence ukrainien ramasse des restes d'obus et de grenade sur un site de déminage, près du village de Kamenka, dans la région de Kharkiv en Ukraine. Tous droits réservés Andrii Marienko/AP
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Par Margaux Racaniere
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"En moyenne, un démineur peut sécuriser 10 mètres carrés par jours" rappelle Aleksandr Lobov, spécialiste de la lutte antimine pour les Nations Unis. "alors, vous pouvez imaginer que, pour une gigantesque surface, cela va prendre des années".

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Longtemps après la fin des combats, un ennemi bien caché continuera à tuer en Ukraine : les mines. Elles sont présente sur près d'un tiers du territoire et ont fait au moins 700 victimes civiles depuis le début de la guerre. Le gouvernement ukrainien estime qu'il faudra des dizaines d'années et des milliards d'euros pour s'en débarrasser entièrement.

"Il ne peut pas y avoir de paix tant qu'un enfant peut mourir d'une mine antipersonnel russe cachée". Dans un adresse au parlement néo-zélandais, le président ukrainien a attiré l'attention sur le danger que font courir les mines à sa population.

L'Ukraine est devenu un des territoires les plus infestés de mines de la planète. Le gouvernement du pays estime qu'au moins un tiers de son territoire, soit environ 180 000 km2est contaminé. Une zone concentrée sur l'est et le sud du pays.

Les zones où des objets explosifs ont été retrouvés, ou sont soupçonnés d'être retrouvés en Ukraine d'après les services d'urgence ukrainiens. (17 avril 2023).
EuronewsLes zones où des objets explosifs ont été retrouvés, ou sont soupçonnés d'être retrouvés en Ukraine d'après les services d'urgence ukrainiens. (17 avril 2023).

En moyenne, un démineur peut sécuriser une zone de 10 mètres carrés par jour

Sécuriser une zone se fait en plusieurs étapes. Il s'agit d'abord d'estimer s'il est probable que des mines ou des résidus explosifs se trouvent sur place en interrogeant les propriétaires du lieu et les voisins. Si la présence de matériaux explosifs est avérée, alors les services d'urgence ukrainiens interviennent. Les démineurs vont détecter la localisation des mines, les évacuer si c'est possible, et sinon les détruire sur place.

En moyenne, un démineur peut sécuriser une zone de 10 mètres carrés par jour. Cités par la Japan International Cooperation Agency, les services d'urgence ukrainiens auraient déclaré avoir la capacité de déminer 50 hectares par jour, soit un demi kilomètre-carré. 

Cela peut être encore plus lent dans les zones urbaines comme Kyiv. "Dans un bâtiment abimé, ce n'est pas comme dans une zone ouverte. Les objets peuvent être en hauteur. Il est aussi difficile d'identifier des objets s'ils ont été recouverts de gravats. L'utilisation des détecteurs de métaux est aussi plus compliquées" explique Aleksandr Lobov. Les démineurs doivent analyser couche après couche de débris, pour s'assurer de la sécurité du lieu.

Déminer l’intégralité du territoire va prendre des dizaines d’années, et coûtera au minimum 400 millions par an a déjà annoncé le gouvernement ukrainien. 

Les États-Unis se sont déjà engagés à fournir 91 millions de dollars pour les efforts de déminage et de prévention. L'Union européenne, quant à elle, va déployer 25 millions d'euros dans ce but.

D'autres pays, comme le Cambodge, le Japon, la Belgique, l'Allemagne et les Pays-bas, ont promis d'envoyer du matériel spécialisé et de former des démineurs ukrainiens. Le ministre de la défense britannique, Ben Wallace, s'est engagé à fournir 1000 détecteurs de métaux à l'Ukraine.

Andrii Marienko/AP .
Certaines machines, comme l'Armtrac 400, permettent d'accélérer le déminage dans des zones dégagées. Elle a été achetée grace à une collecte de fonds.Andrii Marienko/AP .

Au moins 758 personnes sont mortes à cause des mines et des résidus de la guerre

Serghii, 69 ans et sa femme Luba, 66 ans se baladaient dans la forêt non loin de leur maison de Myla, à l'ouest de Kyiv. Serghii s'est éloigné de quelques mètres pour aller chercher des champignons quand il a entendu une explosion et le cri de sa compagne. Il lui a procuré les premiers secours et a appelé à l'aide. Mais la forêt a été jugée trop dangereuse pour permettre le passage d'une ambulance. Luba est décédée de ses blessures sur le chemin de l'hôpital. Cette histoire, racontée sur le site de la Halo Trust Fondation, une des principales association de démineurs du pays, est devenue courante dans les villes et les villages qui ont été le théâtre de combats.

Sur les fils Telegram régionaux du service de secours d'urgence ukrainien, les histoires de tracteurs qui roulent sur des mines antichars, ou de personnes mutilées par des mines antipersonnelles sont quasi-quotidiennes. À chaque fois les rappels sont les mêmes, résumés en trois phrases : 

  • Ne conduisez pas sur des chemins non vérifiés par les démineurs.
  • N'allez pas en forêt, dans les plaines ou les espaces ouverts, surtout s'ils étaient sous occupation ennemie ou si des batailles ont eu lieu sur place. 
  • Si vous trouvez un objet suspect contactez les services d'urgence en appelant le 101.

Depuis le début de la guerre, au moins 758 personnes sont mortes en Ukraine à cause de ces explosions. Une victime sur huit était un enfant, a rappelé l'ONG Save the Children. 

Pour le moment, la priorité des services de déminage est de dégager les villes et les grands axes, mais les champs ou encore les forêts sont largement à risque. 

Une partie de la population, comme les agriculteurs, ou ceux qui, ayant perdu leur travail à cause de la guerre, dépendent de la cueillette des champignon ou de la pêche pour vivre, n'a pas d'autre choix que de braver les zones interdites, en dépits des risques.

"On fait face à un dilemme. De nombreuses personnes n'ont pas beaucoup d'options pour le moment, pour survivre. Rappelle Aleksandr Lobov, au péril de leur vie, ils vont commencer à planter, ils iront en forêt, pour pêcher ou autre. Alors le plus important pour nous, et pour toutes les organisation qui luttent contre les mines, est de sensibiliser la population".

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