Uber et Deliveroo pourraient bientôt coûter plus cher : êtes-vous prêt à payer ?

Un conducteur de Deliveroo circule à vélo dans le centre de Londres le 26 mars 2021.
Un conducteur de Deliveroo circule à vélo dans le centre de Londres le 26 mars 2021. Tous droits réservés AFP
Par Doloresz Katanich
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Cet article a été initialement publié en anglais

Un haut fonctionnaire de l'UE a déclaré que les citoyens seraient prêts à payer davantage pour améliorer les conditions des travailleurs itinérants. Euronews Business mène l'enquête auprès de la population.

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Les Européens devront sans doute payer davantage pour les services de livraison et de covoiturage, tels qu'Uber et Deliveroo, après l'approbation d'une nouvelle directive européenne mise en œuvre pour garantir de meilleurs droits aux travailleurs des plateformes.

Un haut responsable politique de l'UE a récemment déclaré que les Européens étaient prêts à payer davantage pour ces services, même si l'augmentation des prix pourrait atteindre 40 %.

Nicolas Schmit, commissaire européen chargé de l'emploi et des droits sociaux, a fait ces commentaires dans une interview accordée au Financial Times (FT) la semaine dernière au sujet d'un nouveau projet de législation européenne. Cette loi, si elle est adoptée sous sa forme actuelle, ferait des travailleurs occasionnels des employés de facto et obligerait les entreprises de covoiturage et de livraison à leur fournir davantage de protections sociales.

L'interview a eu lieu après que le géant du covoiturage Uber a averti que cette loi obligerait son service de covoiturage à fermer dans des centaines de villes européennes.

"Les gens sont prêts à assumer le coût", déclare Nicolas Schmit, selon le FT, "on considère que les pourboires permettent de compenser les bas salaires. Ce n'est pas normal. S'il y a un coût, il faut le payer".

Ce que les gens pensent vraiment

Nicolas Schmit a-t-il raison ? Les Européens sont-ils "prêts à assumer le coût" et à payer davantage pour améliorer les conditions de travail des travailleurs itinérants ?

Euronews Business a mené une enquête sur diverses plateformes de réseaux sociaux, notamment Instagram et X (ex-Twitter), pour savoir ce que les gens pensent vraiment.

Sondage d'Euronews sur Instagram, demandant aux utilisateurs quel montant supplémentaire ils seraient prêts à dépenser pour Uber ou Deliveroo
Sondage d'Euronews sur Instagram, demandant aux utilisateurs quel montant supplémentaire ils seraient prêts à dépenser pour Uber ou DeliverooEuronews

Petite mise en garde : il ne s'agit pas d'une étude de marché représentative. Nous avons reçu 1 242 réponses de toute l'Europe, sans aucune sélection en fonction du sexe, de l'âge ou de la localisation.

Certains répondants ont laissé des commentaires et ont voté pour notre enquête. La majorité d'entre eux ont déclaré que les coûts devraient être supportés par les entreprises elles-mêmes.

"Il ne devrait pas y avoir de coût pour les consommateurs ! Nous ne parlons pas d'une petite entreprise familiale. Ou d'un magasin local. C'est comme pour Amazon. C'est juste de la cupidité...", considère un diplômé en journalisme sur LinkedIn.

Une autre personne a partagé sur X quelques idées sur la manière d'assumer le coût supplémentaire : "Réduire la rémunération des PDG, collecter les impôts de manière équitable et payer des salaires justes. Le coût devrait être supporté par les entreprises".

Une troisième personne déclare : "Je veux payer moins et [avoir] de meilleures conditions sociales pour les travailleurs et les utilisateurs."

Les personnes interrogées sur Instagram se sont montrées plus généreuses, avec le pourcentage le plus élevé de personnes (44 %) ayant répondu qu'elles étaient prêtes à payer 10 à 15 % de plus pour de tels services pour permettre une amélioration des conditions pour les travailleurs.

Sur LinkedIn, 45 % des personnes interrogées ont refusé l'idée, mais certaines ont laissé entendre qu'elles envisageraient de prendre en charge une partie des coûts si davantage de détails leur étaient fournis.

"Seriez-vous prêt à payer davantage pour des services tels qu'Uber et Deliveroo, en échange d'une amélioration des conditions de vie des travailleurs ?" Résultats du sondage par plateforme de réseau social.

Le résultat global est "oui" : en moyenne, les Européens qui nous ont répondu seraient prêts à payer entre 10 et 50 % de plus pour améliorer les conditions de travail, la plupart d'entre eux se situant dans la tranche des 10 à 15 %.

L'enquête montre qu'une petite majorité de clients est prête à payer davantage, et il est certain que les entreprises doivent aussi payer leur part.
Nicolas Schmit
Commissaire européen à l'Emploi, aux Affaires sociales et à l'Insertion

Plus précisément, près de 500 personnes interrogées ont déclaré être prêtes à payer 10 à 15 % de plus. Toutefois, si les calculs de Bruxelles sont exacts, il faudrait environ 40 % de plus pour améliorer les conditions.

Le commissaire européen Nicolas Schmit a commenté les résultats d'Euronews Business en déclarant : "Un rééquilibrage s'impose. Pour l'instant, c'est le travailleur des plateformes qui en fait les frais. L'enquête montre qu'une petite majorité de clients est prête à payer davantage et les plateformes doivent certainement aussi payer leur part".

"Seriez-vous prêt à payer davantage pour des services tels qu'Uber et Deliveroo, en échange d'une amélioration des conditions de vie des travailleurs ?" Résultat global du sondage.

Quelles améliorations pour les travailleurs indépendants ?

Le travail par l'intermédiaire d'une plateforme en ligne est devenu de plus en plus populaire au cours des dernières années en raison de ses faibles exigences d'entrée et de ses horaires flexibles.

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Ce secteur englobe les chauffeurs de taxi, les livreurs de repas, les aides-soignants et bien d'autres encore, qui utilisent des applications pour fournir leurs services.

En 2020, plus de 28 millions de personnes travaillaient via des plateformes, selon la Commission européenne. Ce nombre devrait atteindre 43 millions d'ici à 2025.

En attendant, des millions d'entre eux exercent leur activité sans bénéficier du droit à un salaire minimum, à la protection de la santé et aux congés payés, ni d'un meilleur accès à la protection sociale contre les accidents du travail, le chômage, la maladie et la vieillesse.

Selon la Commission européenne, 55 % des travailleurs des plateformes gagnent moins que le salaire horaire minimum net (s'il existe dans leur pays) et plus de 40 % de leur temps de travail n'est pas rémunéré.

Ils peuvent même être confrontés à une baisse drastique de leurs revenus.

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Les livreurs français ont fait état d'une baisse de leurs salaires en raison d'une nouvelle méthode de calcul des paiements introduite par Uber Eats.

En réaction, les livreurs français ont organisé une grève nationale durant le premier week-end de décembre.

Le syndicat CGT a déclaré à Euronews Business qu'il s'agissait des grèves les plus importantes de ces trois dernières années.

"Cela démontre la colère des travailleurs qui n'ont pas d'autre choix que de se mettre en grève pour obtenir gain de cause", considère Ludovic Rioux, secrétaire de la CGT, à Euronews Business.

Il a ajouté que le temps d'attente des travailleurs devrait être rémunéré et que les plateformes elles-mêmes devraient contribuer aux cotisations sociales.

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Ludovic Rioux a qualifié de "chantage" les affirmations d'Uber selon lesquelles l'entreprise devrait fermer ses portes dans plusieurs villes d'Europe si la législation européenne entrait en vigueur.

Les emplois sont-ils en danger ?

La responsable de la division mobilité d'Uber en Europe, Anabel Díaz, a déclaré au Financial Times que l'attribution de droits de travail complets à leurs chauffeurs obligeraient l'entreprise à fermer ses services dans des centaines de villes, à augmenter les prix et à réduire leurs effectifs. Par ailleurs, elle avance que leurs travailleurs perdraient la flexibilité du travail par plateforme, car ils auraient dorénavant des horaires de travail fixes et ne pourraient ainsi pas travailler pour une autre application.

Le commissaire européen Nicolas Schmit a qualifié cette approche d'"alarmisme", selon le Financial Times, ajoutant qu'il était persuadé qu'"il existe un marché suffisamment solide pour ce type de services" et qu'Uber et toutes les autres plateformes peuvent adapter leur modèle d'entreprise.

Cependant, un examen plus approfondi des prix montre qu'Uber n'a pas beaucoup de marge de manœuvre dans les grandes capitales comme Paris.

Notre simulation montre qu'il n'y a pas beaucoup de différence entre les prix d'Uber et ceux de G7, l'une des plus grandes compagnies de taxis parisiennes, pour une course des Champs-Élysées à l'aéroport Charles de Gaulle.

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Les prix peuvent varier en fonction de la destination et de l'heure, mais cette simulation montre qu'une augmentation de 40 % des prix d'Uber nuirait à sa compétitivité.

Offres d'Uber à gauche, et tarifs de la compagnie de taxis G7 à droite, pour une course équivalente.
Offres d'Uber à gauche, et tarifs de la compagnie de taxis G7 à droite, pour une course équivalente.Euronews

À l'heure actuelle, alors que la crise du coût de la vie reste une préoccupation bien réelle en Europe et que la menace d'une récession imminente tient les décideurs politiques et les économistes en haleine, il n'est peut-être pas réaliste de s'attendre à ce que les gens paient beaucoup plus cher pour de tels services.

Mais d'ici quelques années, la situation pourrait être complètement différente.

Même une fois le projet de loi adopté par le Parlement européen, il faudra encore deux ans aux États membres et aux entreprises pour s'adapter au changement, et qui sait comment les choses auront évolué d'ici là.

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