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Résilience de la biodiversité : la restauration des écosystèmes

Monarch butterfly
Monarch butterfly   -   Tous droits réservés  Ann Heisenfelt/AP
Par Ophélie Barbier  avec AP

Face au changement climatique, à la dégradation des espaces naturels et à la disparition de nombreuses espèces, restaurer les écosystèmes est devenu une préoccupation de taille. Des entreprises, laboratoires et instituts de recherche se spécialisent dans la restauration écologique, qui permet d’aider à l’auto-réparation d’un écosystème affaibli ou altéré. Ces techniques permettent à la biodiversité de retrouver un équilibre, de restaurer la vie sauvage qui la constitue et ainsi, préserver des milieux et des espèces.

"La restauration d’un écosystème est toute action intentionnelle qui initie ou accélère l’auto-réparation d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé ou détruit, en respectant sa santé, son intégrité et sa gestion durable"
Groupe international de travail sur les sciences et les politiques pour la restauration écologique (SER)

"ll s’agit de restaurer un milieu naturel dès lors qu’il a vécu une perturbation"

Cédric Jacquier est écologue et travaille pour écosystémic, une entreprise d'expertise naturaliste qui allie génie écologique et restauration des écosystèmes. Pour l'écologue, “_la restauration est une technique qui fait appel à plusieurs disciplines dont le principe est basé sur l’écologie fondamentale et le pragmatisme de l’écologie de la restauration. Il s’agit de restaurer un milieu naturel dès lors qu’il a vécu une perturbation_”.

PIERO CRUCIATTI/AFP or licensors
French AlpsPIERO CRUCIATTI/AFP or licensors

Trois techniques permettent de restaurer un écosystème, en fonction de la perturbation qu'a subi le milieu naturel en question : la restauration écologique, la réhabilitation ou la réaffectation. L'écologue précise que “_si la perturbation est faible, on peut restaurer l’écosystème, c’est à dire revenir à un écosystème similaire à celui qui a précédé la perturbation. La réhabilitation est utilisée lorsque la perturbation est modérée : on ne peut revenir à l’écosystème originel, mais on va s’en rapprocher. La réaffectation, quant à elle, est utile lorsque la perturbation a été trop importante_”. Alors, on recrée un écosystème, qui tend au maximum vers l’écosystème originel.

Cédric Jacquier donne l’exemple des tourbières, ces zones humides vouées à se boiser en cas de perturbations. “_Imaginons que l’homme perturbe une tourbière en coupant son alimentation en eau et en installant des drains. Première situation : si l’on veut restaurer cette tourbière et revenir à son état initial, on comble les drains. Seconde situation : l’homme a posé des drains et une forte végétation pousse dans la tourbière. Il faudra réhabiliter cette zone, car l’état de conservation est trop dégradé et certains secteurs ne pourront être récupérés. Troisième situation : après la pose de drains par l’homme, la tourbière se boise complètement, le sol devient sec. Il s’avérera compliqué de revenir à l'écosystème initial, car une quantité de composants biologiques et écologiques auront disparu. On va donc chercher à réaffecter la zone_”.

Des exemples de restaurations écologiques

La restauration, la réhabilitation et la réaffectation des écosystèmes prennent différentes formes. "La renaturation des cours d'eau est un bel exemple d'écologie de la restauration" selon Cédric Jacquier, qui prend l'exemple du "reméandrage". Cette technique consiste à redonner la bonne trajectoire d'un ruisseau et à créer des virages, pour que des sinuosités, ou "méandres", se forment. "On s'est aperçus que refaire méandrer les cours d'eau, c'est à dire les faire revenir à un état naturel, permettait de rétablir la biodiversité inféodée à ce milieu", conclue l'écologue.

Autre exemple, celui de la restauration en 2009 d'un ancien verger de la plaine de Crau en Camargue. “_C’était un ancien verger industriel qui a été réhabilité en coussouls. Ce sont des plaines très sèches, comme les steppes, favorables à des espèces que l’on ne trouve presque qu’en région PACA en France_”, explique Cédric Jacquier. À cause de l'arboriculture, la surface de la plaine de Crau avait diminué de 80% en 400 ans. Des experts en restauration écologique ont alors réhabilité la plaine : arrachage d'arbres fruitiers et de peupliers, réintroduction d'ovins qui ont maîtrisé la végétation, plantation de végétaux "nurses" qui ont facilité la croissance d'autres plantes... Cette réhabilitation a marqué le retour de la végétation steppique et de sa faune.

GERARD JULIEN/AFP
Photo aérienne réalisée le 18 août 2011 de la plaine de la Crau, plaine steppique, la plus étendue d'Europe occidentale, située entre Arles et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).GERARD JULIEN/AFP

La restauration d’un écosystème peut également passer par la réintroduction d’espèces clé de voûte. “Ce sont des espèces qui, comme le castor, structurent l’écosystème. Quand un castor s’installe, il fait des barrages et l’eau déborde en remettant de l’humidité dans les sols. Dès lors, des végétations s’installent et lui permettent de se nourrir. Le castor est une espèce dite ingénieure, car elle permet de restaurer des écosystèmes", explique Cédric Jacquier. Tout comme le castor, le bison est un autre exemple d'espèce qui permet de restaurer la biodiversité : "c'est une espèce qui possède une grande force de tonte. Elle se charge de rouvrir des milieux, _car la forêt ne repousse pas_”.

À cause de l'industrialisation et des dégradations de l'environnement, les fonctionnalités écologiques de beaucoup d'espaces naturels ont été modifiées. L'écologue Cédric Jacquier fait la comparaison entre une forêt touchée par la main de l'homme et une forêt non exploitée. “En Pologne, Białowieża est une forêt primaire qui n’a jamais été exploitée. Un hectare de cette forêt équivaut à 100 hectares d’une forêt française en termes de fonctionnalités biologiques (intérêt pour l'accueil des espèces forestières, nombre d'espèces, interactions entre elles). Si l’on veut qu’une forêt de chez nous ait les mêmes fonctionnalités écosystémiques, il faudrait attendre entre 300 et 400 ans minimum".

Évaluer l'état d'un écosystème, est-ce possible ?

Argaly est une société qui analyse l'ADN des espèces présentes dans l'environnement pour avoir une meilleure connaissance de la biodiversité et évaluer la qualité d'un milieu. Cet outil est utilisé notamment dans le cadre d'études d'impact, de détection d'espèces rares ou invasives dans un espace naturel. Pour la co-fondatrice et directrice générale d'Argaly, Marie Pierron, l’ADN environnemental correspond à toutes les traces d’ADN que peuvent laisser des espèces derrière elles, comme des poils ou du mucus. À partir d’un échantillon de sol, de sédiment, d’eau ou d’herbe, il s'agit de détecter des fragments d’ADN qui traînent dans l'environnement en question : "_les bactéries, les champignons, les vers de terre... peuvent être des indicateurs de la qualité d’un sol_”, indique Marie Pierron.

Jessica Hill/AP2007
LichensJessica Hill/AP2007

Analyser cet ADN peut être utile pour la détection d’espèces, pour faire un inventaire de la biodiversité ou étudier un régime alimentaire. Le but : “_avoir une meilleure connaissance de la biodiversité pour mieux la gérer_”, résume Marie Pierron. Un éleveur peut prélever des échantillons dans son champ pour en faire analyser l’ADN et savoir si les composantes de ce sol sont bonnes pour l'alimentation de ses bêtes. Ces prélèvements peuvent permettre d’évaluer la qualité des sols et Marie Pierron y voit un bel avenir : “_nous allons en avoir besoin, au niveau agricole notamment, pour proposer des systèmes sains et plus durables dans le temps_”.

Décortiquer les composantes d’un sol est alors utile à la restauration des écosystèmes car pour restaurer, “il faut avoir une idée initiale de l’état de la biodiversité et faire un état des lieux, avoir une idée de ce qu’il y avait dans l'environnement avant sa dégradation", ajoute Marie Pierron, pour qui _"l’ADN pourrait totalement aider à une restauration, quelle qu’elle soit_”.