Politique de l'UE. Les dirigeants européens sont-ils "dépassés" par le changement climatique ?

Inondaions près de Liège, en Belgique, en 2021.
Inondaions près de Liège, en Belgique, en 2021. Tous droits réservés Valentin Bianchi/Copyright 2021 The AP. All rights reserved
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Par Robert Hodgson
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Cet article a été initialement publié en anglais

Si les gouvernements et les dirigeants de l'UE n'agissent pas d'urgence contre le changement climatique, les conséquences risquent de devenir "catastrophiques" dans les années à venir, prévient l'Agence européenne pour l'environnement.

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Alors que les températures augmentent deux fois plus vite que la moyenne mondiale en Europe, l'incapacité des décideurs politiques à suivre le rythme des phénomènes météorologiques extrêmes pourrait bientôt avoir des conséquences "catastrophiques", prévient l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) dans un nouveau rapport inquiétant, alors que l'exécutif européen s'apprête à dévoiler un plan de résilience au changement climatique.

Dans sa première évaluation détaillée des risques climatiques, publiée aujourd'hui (11 mars), l'agence européenne basée à Copenhague a examiné en détail la fréquence et l'intensité des sécheresses, des vagues de chaleur et d'autres phénomènes météorologiques.

Sa conclusion : il existe une menace concrète et imminente pour la vie humaine, les moyens de subsistance et l'économie au sens large.

"La chaleur extrême, autrefois relativement rare, devient plus fréquente, tandis que les régimes de précipitations changent. Les pluies diluviennes et autres précipitations extrêmes sont de plus en plus violentes, et ces dernières années ont été marquées par des inondations catastrophiques dans diverses régions", avertit l'AEE dans son rapport.

"C'est le dernier signal d'alarme"

Blaz Kurnik, qui dirige les travaux de l'Agence sur les incidences du changement climatique et l'adaptation à ce phénomène, déclare que le climat évolue désormais très rapidement et que les risques associés pourraient encore augmenter, en particulier dans les scénarios de réchauffement les plus spectaculaires modélisés dans le rapport.

"Le risque va tout simplement plus vite que l'élaboration des politiques", a-t-il avancé lors d'une réunion d'information précédant la publication du rapport.

Leena Ylä-Mononen, directrice exécutive de l'AEE, rappelle que 2023 était "de loin" l'année la plus chaude depuis le début des relevés et probablement durant les 100 000 dernières années

Le mois dernier, la température moyenne mondiale a dépassé le seuil fixé par l'Accord de Paris, à savoir 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels.

Le rapport note que des températures mondiales record ont été enregistrées chaque mois depuis juin 2023. "C'est donc la nouvelle normalité, et cela devrait également être un signal d'alarme - le dernier signal d'alarme", ajoute Leena Ylä-Mononen.

Le rapport de 425 pages examine l'impact de la hausse des températures moyennes sur l'eau, la production alimentaire, la santé, la demande d'énergie, les écosystèmes marins et côtiers et les zones urbaines. Il identifie les principaux impacts actuels et futurs, depuis les inondations à grande échelle observées dans l'UE ces dernières années jusqu'à la sécheresse prolongée qui touche actuellement l'Espagne.

Quelles sont les recommandations du rapport ?

La publication de ce rapport intervient à la veille de l'annonce prévue par la Commission européenne d'un plan de "résilience climatique", destiné à présenter les réponses politiques potentielles à l'effondrement du climat

Parmi les domaines où une action est nécessaire, l'AEE mentionne le renforcement de la préparation aux catastrophes en cas d'inondations et d'incendies de forêt, ainsi que le renforcement des défenses côtières à mesure que le niveau de la mer monte.

L'AEE identifie les écosystèmes côtiers, marins et les forêts, en particulier dans le sud, comme les zones où une action urgente est nécessaire, la gravité des risques étant déjà critique et susceptible d'augmenter jusqu'à devenir "catastrophique" vers la fin du siècle.

L'impact du changement climatique sur les puits de carbone naturels, les changements dans la répartition de la faune et de la flore et les espèces envahissantes doivent également faire l'objet d'une plus grande attention et d'études plus approfondies, d'après le rapport. 

"L'Europe du Sud est désormais suffisamment chaude pour que les moustiques transmettent des maladies anciennement tropicales, notamment la dengue et le chikungunya, et plusieurs épidémies se sont produites ces dernières années", notent les auteurs.

Tous les pans de la société sont affectés

Le rapport souligne que tous les impacts actuels et les risques futurs ont des conséquences économiques directes, notamment sur le marché de l'immobilier et le secteur des assurances. Depuis 1980, les pays de l'UE ont subi des pertes cumulées de 650 milliards d'euros en raison de conditions météorologiques extrêmes, dont seulement un cinquième a été assuré.

Selon Blaz Kurnik, il s'agit probablement d'une sous-estimation. "Si nous n'intensifions pas notre action en matière d'atténuation et d'adaptation, les pertes pourraient s'élever à 1000 milliards par an à la fin du siècle", avertit-il.

Leena Ylä-Mononen ajoute que le rapport ne devrait pas réserver de surprises à la Commission, étant donné que l'agence de protection de l'environnement a travaillé en étroite collaboration avec les fonctionnaires de l'UE alors que l'exécutif finalise le plan de résilience climatique dont la publication est prévue pour mardi (12 mars).

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La directrice de l'AEE déclare que cette crise doit figurer parmi les principales priorités de la prochaine génération de décideurs politiques de l'UE, qui prendront leurs fonctions après les élections de juin. 

"J'espère que nous avons clairement fait comprendre que cette situation exige une attention et une action urgentes, non seulement au niveau européen, mais aussi de la part des États membres et au niveau régional et communautaire", ajoute-t-elle. "Les secteurs de l'assurance et de la finance devraient également se pencher sérieusement sur notre rapport".

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