Sanctions contre la Russie : les propriétaires de jets privés russes se tournent vers la Turquie et le Kazakhstan

Vue de l'avion privé Boeing 737-700 BBJ (numéro d'avion RA-73890) sur le tarmac de l'aéroport international de Pulkovo à Saint-Pétersbourg, Russie, le 14 juin 2023.
Vue de l'avion privé Boeing 737-700 BBJ (numéro d'avion RA-73890) sur le tarmac de l'aéroport international de Pulkovo à Saint-Pétersbourg, Russie, le 14 juin 2023. Tous droits réservés REUTERS/Luba Ostrovskaya/File Photo
Par Gleb Stolyarov; Euronews Travel avec Reuters
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Cet article a été initialement publié en anglais

Les propriétaires russes de jets privés délaissent la Côte d'Azur et les Seychelles au profit de Dubaï et de la Turquie.

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Au cours des deux années qui ont précédé la guerre en Ukraine, un Boeing 737 privé lié à l'oligarque russe, Vladimir Evtouchenkov, a sillonné le monde, passant par la Côte d'Azur, les Maldives et les Seychelles, ainsi que par des capitales mondiales et des centres financiers.

Cette année, au lieu des terrains de jeu traditionnels des gens fortunés, le jet s'est rendu plusieurs fois au Kirghizistan, au Kazakhstan et en Biélorussie, des États de l'ex-Union soviétique, ainsi qu'en Chine, comme le montrent les données de suivi des vols fournies par Flightradar24.

Signe des limites et de la portée des sanctions occidentales en vigueur, depuis l'invasion de l'Ukraine par Moscou, certains Russes riches et puissants trouvent des moyens de faire voler leurs jets personnels, comme le démontre l'agence de presse Reuters. Mais, les restrictions ont fortement limité les destinations de ces avions.

Où les voyageurs russes sont-ils sanctionnés ?

Le Boeing lié à Vladimir Evtouchenkov faisait partie d'au moins 50 jets privés ré-enregistrés sous le drapeau russe depuis l'invasion de février 2022, selon des données du registre national des aéronefs, examinées par l'agence Reuters, et qui n'avaient pas été communiquées auparavant. 

Plusieurs des jets privés rapatriés étaient associés à des personnalités politiques et économiques de premier plan, selon deux sources haut placées de l'industrie aéronautique russe, qui n'ont pas été autorisées à parler aux médias et se sont exprimées sous le couvert de l'anonymat.

Des juridictions telles qu'Aruba et l'île de Man, où certains des jets étaient précédemment enregistrés, observent les sanctions occidentales. Cela a rendu difficile l'obtention d'assurances, de carburant et de permis pour les avions appartenant à la Russie et volant sous leur pavillon, affirme l'une des sources.

Le fait de placer les avions sous le drapeau russe leur permet de voler à destination et en provenance de pays qui n'ont pas imposé d'interdiction de vol, ou dont les voyageurs individuels ne sont pas sanctionnés, notamment la Turquie et Dubaï.

Malgré ces manœuvres, plus de la moitié de la flotte russe de jets privés et d'affaires, qui compte environ 400 appareils, reste bloquée à l'étranger ou a été vendue, estime la même source, sur la base de sa connaissance approfondie du secteur.

Le nombre total d'avions d'affaires sous pavillon russe est désormais de 145, contre 97 au début du mois de mars 2022, selon la liste.

En raison des sanctions, les avions russes n'ont pas le droit d'entrer dans l'Union européenne, où les oligarques russes se rendaient fréquemment pour leurs affaires et leurs loisirs et où de nombreux jets privés liés à ces oligarques étaient enregistrés avant la guerre, comme l'indiquent les numéros d'immatriculation. 

Comment les propriétaires de jets russes contournent-ils les sanctions sur les voyages ?

Les deux sources aéronautiques, qui organisent et gèrent des jets d'affaires, indiquent que certains propriétaires de jets partaient de Russie pour se rendre en Turquie ou dans des États ex-soviétiques, puis affrétaient d'autres avions pour se rendre dans des aéroports de l'UE, à condition que les personnes concernées ne fassent pas l'objet de sanctions personnelles.

Des exemples de cette pratique se produisent au moins une fois par semaine, ajoute l'une des sources, sans donner d'exemples précis.

Selon les données douanières, certains des avions rapatriés sont liés à des entreprises d'État et à des chefs d'entreprise qui ont soutenu le président russe, Vladimir Poutine, dans la guerre en Ukraine, ou qui lui sont associés.

Les données douanières montrent que la plupart des avions privés ré-enregistrés, après le début de la guerre, sont revenus en Russie en provenance de pays ex-soviétiques ainsi que des Émirats arabes unis et de Turquie.

Comme dans le cas du Boeing lié à Vladimir Evtouchenkov, les autres avions ré-enregistrés ont évité de pénétrer dans l'espace aérien de l'UE et sont restés dans des pays considérés comme amis de la Russie, selon les données de Flightradar24.

Les propriétaires de jets privés se sont vu couper les ailes suite à l'invasion de l'Ukraine

Entre début 2020 et l'invasion de l'Ukraine, le Boeing de Vladimir Evtouchenkov a effectué plusieurs voyages en Allemagne, au Luxembourg, en Suisse et aux Maldives, et un en Croatie, en République tchèque et aux Seychelles, selon les données de Flightradar24.

Il s'est également rendu 105 fois en Russie, 17 fois en France, huit fois en Italie, aux Émirats arabes unis et en Lettonie, cinq fois en Grande-Bretagne et quatre fois en Turquie.

Après le début de l'invasion, l'avion a volé entre les aéroports de Turquie, des Émirats arabes unis, d'Oman et du Kazakhstan jusqu'à la fin de l'année 2022, sans jamais pénétrer sur le territoire de l'UE. Il n'a effectué que 14 voyages, au cours de cette période.

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Selon le registre russe des aéronefs, publié sur le site web de Rosaviatsiya en août, le jet a été enregistré sous le drapeau russe, à la fin du mois de décembre.

Les données douanières montrent qu'il a été officiellement importé en Russie le 30 décembre depuis Bichkek, la capitale du Kirghizstan, ancien membre de l'Union soviétique, après quoi ses vols ont été largement limités à la Russie.

Jusqu'à présent, en 2023, il a volé 47 fois en Russie et neuf fois vers le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Biélorussie et la Chine.

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