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Le besoin de coopération demeure vital 4 ans après Charlie Hebdo | Point de vue

Le besoin de coopération demeure vital 4 ans après Charlie Hebdo | Point de vue
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Par Jean-Charles Brisard

Cette semaine marque le quatrième anniversaire des attentats du sept, huit et neuf janvier 2015. Ces attentats ont constitué les premiers d’une série d’autres qui ont touché la France et qui se poursuivent jusqu’à aujourd’hui, l’attaque du marché de Noël de Strasbourg étant la dernière en date.

Il faut une véritable réflexion européenne sur la question de l’identité numérique comme concept juridique. Il faut autant que possible limiter l’anonymat des transactions et des communications pour entraver la sécurité opérationnelle des terroristes.

Jean-Charles Brisard Président du Centre d'Analyse du Terrorisme

Si la France avait déjà subi l’attaque de Toulouse et de Montauban en 2012, celle de Charlie Hebdo a marqué le coup d'envoi d'une vague d'attentats meurtriers en France qui ont fait 270 morts en quatre ans. Nos voisins européens dont le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne et la Suède ont aussi eu leur lot d’attaques qui ont fait des dizaines de victimes.

Le mode opératoire des terroristes a en partie changé. Des attaques très planifiées et en commando sur des cibles spécifiques comme Charlie Hebdo, on est passé à des attaques d’individus isolés qui foncent dans la foule à bord de leurs véhicules, comme cela a été le cas sur la promenade des Anglais à Nice en 2016.

Cependant, les attaques terroristes de ces dernières années présentent certaines caractéristiques immuables. Les auteurs sont quasi-systématiquement un ou plusieurs jeunes hommes. Ils présentent souvent des antécédents de petite délinquance qui ont pu les conduire en prison où ils ont été radicalisés rapidement au contact d’autres détenus. Ces individus étaient souvent considérés comme potentiellement dangereux et fichés par les autorités. D’autres caractéristiques incluent une relation conflictuelle avec la religion, un passage soudain à un mode de vie pieu, ainsi qu’un accès à la propagande terroriste en ligne. Si nous connaissons le processus de radicalisation et le mode d’action de ces individus, il n’existe toutefois pas de méthodologie de prévention infaillible, comme en témoignent les attentats.

L’une des clés de voûte du système de lutte contre le terrorisme est l’approche multilatérale. Il s’agit en effet d’un problème transnational, les attentats de Charlie Hebdo ayant démontré la causalité entre l’étroitesse des liens avec l’étranger qu’entretenaient les auteurs et l’ampleur des attaques. Plus les individus radicalisés bénéficient d’un réseau de soutien international et plus leur force de frappe est grande. Les frères Kouachi sont ainsi partis combattre à l’étranger et ont obtenu des armes grâce à des réseaux de trafics internationaux.

La propagande en ligne se fait sur des sites étrangers et les terroristes sont souvent radicalisés dans les pays voisins ou achètent des armes au-delà des frontières. De la même manière, beaucoup ont profité de la libre circulation que confère l’espace Schengen, pour échapper aux autorités françaises.

Dans un rapport daté d’octobre 2016 sur le financement des attentats de Paris, le Centre d’Analyse du Terrorisme démontrait qu'une approche non coordonnée en matière de lutte contre le financement des cellules terroristes permettait à celles-ci de contourner les mesures nationales, en profitant d'un accès aux pays voisins. Il faut le redire aujourd’hui, seule une harmonisation européenne pleine et entière des mesures de lutte contre le terrorisme s’avérera réellement efficace. Il faut une véritable réflexion européenne sur la question de l’identité numérique comme concept juridique. Il faut autant que possible limiter l’anonymat des transactions et des communications pour entraver la sécurité opérationnelle des terroristes. Rien ne sert d’interdire les cartes SIM anonymes en Belgique et en Allemagne si elles ne le sont pas en France.

Un certain nombre de mesures harmonisées au niveau européen permettraient de mieux empêcher que de telles attaques puissent être préparées. Celles-ci comprennent l’harmonisation des procédures ; la systématisation des vérifications strictes de l’identité et de l’authenticité des pièces justificatives pour l’accès au crédit ou aux services prépayés ; ou encore la centralisation des informations détenues par les organismes de lutte contre la fraude et le financement du terrorisme des États membres pour rendre plus efficace le signalement d’activités suspectes.

La croissance continue du nombre d’attentats en Europe depuis 2013 démontre s’il en était encore besoin que les efforts doivent porter vers une véritable politique d’échange d’informations entre les services de renseignement. Dans ce domaine, l’espoir est toutefois permis : les services européens de sécurité ont fait quelques progrès, comme les récentes améliorations apportées au système d'information Schengen qui rendent plus efficaces les signalements transfrontaliers d'infractions terroristes (comme l’a annoncé la Commission le 28 décembre dernier).

Jean-Charles Brisard est le Président du Centre d'Analyse du Terrorisme (CAT) , conseiller senior au Counter Extremism Project et un spécialiste dans le domaine de terrorisme et son financement.

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