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Le Sénat français tire à vue sur trois hommes du président Macron

Le Sénat français tire à vue sur trois hommes du président Macron
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La commission des lois du Sénat français tire à boulets rouges sur le premier cercle d'Emmanuel Macron. Le rapport qu'elle vient de délivrer à l'issue de six mois d'enquête sur les dérives d'Alexandre Benalla, ancien proche collaborateur du chef de l'Etat, pointe également du doigt des "dysfonctionnements majeurs" au Palais de l'Elysée. Trois hommes du président sont principalement épinglés : son directeur de cabinet, Patrick Strzoda, le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, et le général Lionel Lavergne, qui commande le Groupe de sécurité de la présidence de la République.

Un risque pour les "intérêts du pays", selon les sénateurs

Les membres de la commission demandent ni plus ni moins une saisie de la justice pour vérifier, expliquent-ils, "un certain nombre d'omissions, d'incohérences et de contradictions" relevées au cours des auditions de ces hauts responsables. Ils les ont trouvés particulièrement mal à l'aise sur tout ce qui concerne la mission qu'avait Benalla auprès du président, estimant qu'ils ont "retenu une part significative de la vérité". Selon les sénateurs, laisser libre cours au comportement d'Alexandre Benalla risquait d'avoir des conséquences sur la sécurité présidentielle et "les intérêts du pays"; ils dénoncent les "pouvoirs excessifs laissés à un collaborateur inexpérimenté".

Les trois hommes du président pris pour cibles

Alexis Kohler, 46 ans, est un "premier de cordée" comme les aime Emmanuel Macron. Il a fait Sciences Po, l'Essec, l'ENA, il est passé par le ministère de l'Economie avant d'occuper ce poste stratégique de secrétaire général de l'Elysée. Entendu par la commission d'enquête le 26 juillet dernier, il a notamment affirmé que Benalla n'a "jamais été en charge de la protection de la présidence de la République". Les sénateurs estiment pourtant que "sa proximité immédiate du chef de l'Etat (...) ne peut s'expliquer que par le besoin d'assurer sa sécurité rapprochée".

C'est Patrick Strzoda, en tant que chef de cabinet du président, qui avait autorisé l'ex-collaborateur de l'Elysée à suivre la manifestation du 1er mai 2018 à Paris, puis avait prononcé sa mise à pied de 15 jours après les coups qu'il avait porté à deux participants. Même si la sanction paraissait minime, il l'avait assumée lors de sa première audition devant la commission sénatoriale le 24 juillet. Mais en témoignant de nouveau le 16 janvier dernier, il avait chargé Benalla en affirmant qu'il avait utilisé clandestinement deux passeports diplomatiques une vingtaine de fois, et en l'accusant d'avoir falsifié un document à en-tête officiel pour obtenir l'un de ces passeports.

Le général Lavergne, chef du groupe de gendarmerie qui assure la sécurité du chef de l'Etat à l'extérieur de l'Elysée, a été entendu pour sa part le 30 juillet 2018. Qualifiant Alexandre Benalla de personne "dévouée, disponible et réactive", il avait assuré qu'il exerçait plutôt une fonction de "chef d'orchestre" que de "protection du président". Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a en tout cas multiplié les fausses notes...

La décision de saisir ou non la justice appartient désormais au Bureau du Sénat.