Saoudiens, Iraniens, Américains, qui a intérêt à enflammer le Golfe ?

Contains modified Copernicus Sentinel data 2019/ Sentinel Hub
Contains modified Copernicus Sentinel data 2019/ Sentinel Hub
Taille du texte Aa Aa

Le golfe Persique est un énorme baril de pétrole mais aussi un baril de poudre, dont la mèche peut être allumée à tout moment. Ses riverains sont en effet des ennemis notoires, spécialement l'Iran et l'Arabie saoudite qui se font face, et depuis un peu plus d'un mois, ils ont les nerfs à fleur de peau.

Les attaques de deux pétroliers jeudi en mer d'Oman, le norvégien "Front Altair"et le japonais "Kokuka Courageous" - attaques confirmées par les autorités maritimes norvégiennes et l'armateur japonais -, ne peuvent donc que finir de les rendre nerveux. Les experts et instituts de géopolitique, tel que Capital Economics, évoquent d'ailleurs le risque d'un "conflit pur et simple" dans la région, qui aurait "des effets indirects majeurs sur l'économie mondiale".

Arabie saoudite, Iran : c'est pas moi, c'est lui !

Mais qui a intérêt à attiser le feu au beau milieu du Golfe, ce passage maritime hautement stratégique pour le monde entier, par lequel transite au moins 35% du pétrole acheminé par mer ? Les belligérants potentiels passent leur temps à montrer l'autre du doigt. Le 12 mai dernier, quand quatre navires, dont déjà trois pétroliers, avaient été endommagés à la suite d'actes de sabotage, l'Arabie saoudite et ses alliés américains avaient rapidement accusé l'Iran. Le 31 mai, les Saoudiens avaient reçu le soutien de la plupart des monarchies du Golfe (logique !), mais aussi d'une bonne partie des membres de la Ligue arabe.

Cette fois, à la suite des tirs qu'aurait essuyé le pétrolier japonais, et des trois explosions qui auraient retenti à bord du navire norvégien à environ une heure d'intervalle tôt jeudi matin, ce sont les autorités iraniennes qui jettent la suspicion sur le camp ennemi. Ce n'est pas une simple coïncidence, a estimé le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, dans un message sur son compte Twitter, si les attaques sont intervenues alors que le Premier ministre du Japon, Shinzo Abe, venait pour s'entretenir avec le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

Le chef du gouvernement japonais est effectivement l'interlocuteur idéal pour Téhéran, afin de faire baisser les tensions d'un cran. De tradition, les deux pays ont de bonnes relations, les Iraniens ayant une bonne image du "pays du Soleil-Levant" car, à leurs yeux, il a su garder sa culture et ses traditions tout en se modernisant totalement. Et, cela pèse aussi évidemment, Tokyo importait du pétrole d'Iran avant le rétablissement des sanctions économiques par le président américain, et dans le même temps, son économie est dépendante du pétrole du Golfe.

Le va-t-en-guerre américain et les rebelles pro-iraniens

Mais de là à penser que le Japon va pouvoir servir de "tampon" efficace entre la République islamique et les Etats-Unis version Trump, cela serait trop s'avancer. Début mai dernier, le chef de la Maison Blanche a commencé à gonfler ses muscles en faisant déployer dans la région du Golfe un porte-avions, l'USS Abraham Lincoln, et plusieurs bombardiers. Ont suivi un navire de guerre, une batterie de missiles Patriot et 1 500 soldats de plus sur les bases américaines.

A la complexité de la situation géopolitique, il faut ajouter les actions "coup de poing" menées par les Houthis, des rebelles pro-iraniens qui ont pris le contrôle de vastes étendues au Yémen, et de la capitale, Sanaa. Le 14 mai dernier, ils ont mené des attaques grâce à des drones jusqu'en terrain ennemi, en Arabie saoudite, pour détruire deux stations de pompage d'un oléoduc. Oui, dans le golfe Persique, le baril de poudre est bien à portée de main, de nombreuses mains...