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Interview exclusive de Jean-Claude Juncker sur Euronews

Interview exclusive de Jean-Claude Juncker sur Euronews
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Notre journaliste Efi Koutsokosta a rencontré Jean-Claude Juncker quelques semaines avant qu'il ne quitte ses fonctions. Le président sortant de la Commission européenne dresse le bilan de son mandat au cours d'une interview sans filtre ni coupe pour Euronews. Vidéo ci-dessus.

Ursula von der Leyena présenté mardi 10 septembre l'équipe qui composera la prochaine Commission européenne à compter du 1er novembre prochain. Sept membres de la Commission Juncker y figurent. Une équipe "excellente" selon le président sortant, qui salue les choix de Von der Leyen. "Je suis content de partir. Et je suis malheureux de ne pas rester" confie-t-il.

Première controverse

Une polémique entoure la nomination d'un proche de Jean-Claude Juncker, Margaritis Schinas, en tant que commissaire aux migrations. Ce n'est pas tant l'homme mais la dénomination du portefeuille qui a fait réagir. Le commissaire grec sera chargé de la «protection de notre mode de vie européen». Un intitulé rejeté par Jean-Claude Juncker. "Je n’aime pas le fait de mettre en opposition "mode de vie européen" et "migration"" a-t-il dit.

"Connaissant bien Margaritis (Schinas) parce que j’étais en contact quotidien avec lui, je sais que cette dénomination ne correspond pas à ses valeurs. Et je pense que cela devra être changé" précise-t-il.

Sur Twitter, le nouveau commissaire se dit pourtant ravi de sa nomination, s'estimant "prêt à se mettre au travail et à discuter avec le parlement européen".

La question migratoire, au cœur du mandat Juncker

La question migratoire a occupé une place centrale dans le précédent mandat, jusqu'à devenir une crise continentale avec un pic en 2015. Pour autant, Jean-Claude Juncker affirme avoir prévenu durant la campagne de 2014 que la question des réfugiés serait au cœur de l'agenda politique européen.

"Les États-membres ont perdu le contrôle" assure-t-il. "La Commission a formulé des propositions concernant principalement la réinstallation et la localisation. C’était une décision du Conseil des ministres de l’intérieur, mais quatre ou cinq pays n’acceptaient pas d'accueillir les personnes que le Conseil leur demandait d'accueillir" explique-t-il, visant notamment des pays d'Europe centrale et de l'Est. "Pensez-vous vraiment qu’en Pologne il y aurait eu des manifestations contre l'accueil d'enfants sur le territoire ?" s'interroge-t-il.

Angela Merkel n'a pas ouvert les portes, elle ne les a pas fermé, c'est différent.
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

En 2015, la configuration était "exceptionnelle" et "historique" affirme-t-il. Selon lui, Angela Merkel "n'a pas ouvert les portes, elle ne les a pas fermé, c'est différent [...] Si elle avait fermé ses frontières, nous aurions eu un nombre de réfugiés en Hongrie que la Hongrie n'aurait jamais pu traiter" explique-t-il.

L'immigration, moteur du populisme

Alors que l'Allemagne a accueilli plus d'un million de personnes en 2015, des mouvements populistes opposés à l'accueil des migrants ont fait leur apparition dans divers pays européens.

Où est Monsieur Salvini, maintenant ?
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

"Certains disent que la politique de ma commission serait d’ouvrir largement les portes de l’islam, le terrorisme" condamne Jean-Claude Juncker avant de préciser : "c'est un péché [...] C'est trop facile de développer des discours et des arguments démagogiques" dénonce-t-il, en référence notamment à l'ancien ministre de l'intérieur italien. "Où est Monsieur Salvini, maintenant ?" conclut-il.

Le Brexit, un naufrage britannique

Le Brexit est une "tragédie", un "échec", d'après Jean-Claude Juncker, "mais je ne pense pas que ce soit le mien" précise-t-il. "C'est l'échec de la Grande-Bretagne, pas de l'Union européenne".

Les Britanniques étaient des Européens à mi-temps
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

"Les Britanniques étaient des Européens à mi-temps alors que nous avons besoin d’Européens à temps complet" critique-t-il, affirmant avoir été l'un des seuls à ne pas être surpris du résultat du référendum de 2016.

"Je m’y attendais, parce que ce «matraquage» comme diraient les Français, le fait de répéter jour après jour "nous sommes là mais nous ne voulons pas y être" produit des résultats évidents [...] Poser une question aussi compliquée lors d'un référendum était une grave erreur" dit-il, visant le Premier ministre britannique de l'époque, David Cameron.

Theresa Maya a négocié un "traité", pas un "accord"

Alors que l'avenir de la relation entre la Grande Bretagne et l'UE reste encore floue, Jean-Claude Juncker a regretté le rejet de l'accord sur le Brexit par le parlement britannique. Il affirme d'ailleurs que ce texte "de 700 ou 800 pages" est plus qu'un accord. "C'est un traité" qu'a négocié Theresa May, son acceptation par la Chambre des représentants aurait rendu les choses "plus faciles" dit-il.

Le maintien de la Grèce dans la Zone euro

Alors que Jean-Claude Juncker rejette la responsabilité de la Commission européenne dans le Brexit, il accepte volontiers d'endosser celle du maintien de la Grèce dans l'Eurozone. "La commission est chargée des intérêts généraux de l'Union européenne [...] Nous devons, en tant que commission garder les pays unis d’une certaine manière".

"La Grèce a été sauvée grâce aux efforts du peuple grec, principalement des couches les plus pauvres du peuple grec car il y avait beaucoup de pauvres en Grèce. J'essayais toujours de respecter pleinement la dignité du peuple et de la nation grecques et nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir pour maintenir la Grèce dans la zone euro. Si nous avions accepté que la Grèce quitte l'euro, cela aurait été le début de la fin de l'UE" a-t-il déclaré.

La multiplication des crises

La Commission a dû s'attaquer à une "polycrise" théorise Jean-Claude Juncker. "Nous avons eu la Grèce, nous avons eu des attaques terroristes à Paris et ailleurs. Nous avons eu la crise catalane, nous avons eu l'apparition sur la scène internationale du président américain. Et, il est difficile d’expliquer que vous ne pouvez pas tout contrôler. Nous avons eu trop de crises à affronter" explique-t-il.

Le cas de Viktor Orban

Le leader hongrois a mené une campagne anti-Bruxelles et anti-Juncker très virulente dans son pays. Mais le président sortant de la Commission affirme tout de même entretenir "de bonnes relations personnelles" avec lui. "J'admirais Viktor Orban à la fin des années 80 car il résistait à l'occupation soviétique de la Hongrie" confie-t-il. "Puis, il est devenu moins européen et il est devenu agressif contre la Commission, bien que ma commission ait beaucoup fait pour la Hongrie, ce qu'il a admis de manière privée mais pas publiquement" assure-t-il.

Il ne se prive tout de même pas de charger Victor Orban qui n'est selon lui, "pas un leader européen, mais un leader hongrois".

"Sa préoccupation première n'est pas l'Europe mais son pays. C'est une grave erreur" analyse-t-il, alors que l'ancien ministre hongrois de la Justice, László Trócsányi, s'est vu attribuer le portefeuille du voisinage et de l'élargissement dans la nouvelle commission. On devine la réaction de Jean-Claude Juncker à cette nomination : "Je ne critiquerai jamais la nouvelle présidente de la Commission car je connais les difficultés de son poste. Mais nous verrons dans le parlement européen si c'est agréable ou non".

Von der Leyen, une nomination non transparente ?

Jean-Claude Juncker a critiqué le mode de nomination de celle qui va prendre sa place, estimant le processus peu transparent. "Le Parlement européen a toujours prétendu que seul le spitzenkandidat devait devenir président de la Commission".

En vertu de ce principe, le leader du parti arrivé en tête lors des législatives européennes (en l’occurrence, Manfred Weber, leader du Parti populaire européen) aurait dû être nommé. Mais ce candidat ne disposant pas d'un soutien suffisant des chefs d'Etats et de gouvernements, Ursula von der Leyen (également membre du PPE) a été choisie, au grand dam de Jean-Claude Juncker. "Cela ne concerne pas le Conseil européen*" a-t-il critiqué, affirmant avoir refusé toute ingérence lorsqu'il était aux affaires.

Sa relation avec Donald Trump

Ne dites pas à Jean-Claude Juncker que Donald Trump ne l'apprécie pas. "Il vous a qualifié de tueur brutal et méchant" lance notre journaliste. "J'ai pris ça comme un compliment" répond le président de la commission. "Il a dit "j'adore Jean-Claude". Personne ne dit ça dans l'Union européenne, surement pas mon ami Viktor Orban" s'amuse-t-il. "Il a dit que j'étais un dur négociateur pendant une conférence de presse [...] Il a dit qu'il aurait préféré que je négocie pour les États-Unis plutôt que pour les États européens, pour l'Europe" se satisfait-il.

*Conseil européen : Les membres du Conseil européen sont les chefs d'État ou de gouvernement des 28 États membres de l'UE, le président du Conseil européen et le président de la Commission européenne.

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