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Covid-19 : l'Union européenne ferme ses frontières extérieures

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Covid-19 : l'Union européenne ferme ses frontières extérieures
Tous droits réservés  Roberto Monaldo/LaPresse
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Les Européens ont décidé mardi de fermer les frontières extérieures de l'Union afin de tenter d'endiguer la pandémie de nouveau coronavirus, dont le Vieux Continent est désormais l'épicentre.

Lors d'une réunion par visioconférence, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont approuvé une proposition de la Commission européenne d'interdire les voyages "non essentiels" vers l'UE, pour une durée initiale de 30 jours. Cette mesure, qui doit être mise en oeuvre par les Etats membres, va entrer en vigueur "le plus rapidement possible", a précisé le président du Conseil, Charles Michel, à l'issue de la vidéoconférence.

Mise en oeuvre immédiate

Le président français Emmanuel Macron avait annoncé dès lundi soir cette fermeture et son entrée en vigueur mardi midi. La chancelière allemande Angela Merkel, s'exprimant juste avant la conférence de presse de Charles Michel et de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, a indiqué mardi soir qu'elle serait mise en oeuvre "immédiatement".

Cette fermeture des frontières extérieures de l'UE compte un certain nombre d'exceptions (ressortissants européens et leur famille, résidents de longue date, diplomates, personnel soignant, chercheurs, transfrontaliers...), selon la proposition de la Commission européenne.

Les ressortissants britanniques, dont le pays a quitté l'UE le 31 janvier, sont une autre exception et ne sont pas concernés par la mesure. Le Royaume-Uni, qui ne fait pas partie de l'espace Schengen, ne s'est pas rallié à cette fermeture des frontières extérieures, pas plus que l'Irlande, a précisé Ursula von der Leyen.

Cette interdiction d'entrer dans l'UE est soutenue par la France, notamment afin de tenter de dissuader d'autres Etats membres de fermer leurs frontières nationales. "Emmanuel Macron a fermement condamné les mesures non coordonnées de fermeture des frontières internes, qui ne sont pas efficaces sur le plan sanitaire et néfastes sur le plan économique", a indiqué la présidence française mardi soir.

Le Premier ministre français, Edouard Philippe, a indiqué hier soir que la France "aurait du mal à accepter sur (son) territoire des ressortissants britanniques" sans mesure de confinement de leur gouvernement pour lutter contre le coronavirus. "Il faut que tout le monde à l'intérieur de l'Union européenne adopte des méthodes et processus pour lutter contre l'épidémie qui soient cohérents", comme en Italie, en France et en Espagne, a déclaré Edouard Philippe. "Il va sans dire que si des Etats voisins (comme le) Royaume-Uni restaient trop longtemps" sans procéder à ces mesures de "confinement", "alors nous aurions du mal à accepter sur notre territoire des ressortissants britanniques qui circuleraient librement dans leur pays et qui viendraient en France", a ajouté le locataire de Matignon, alors que Londres n'a pour l'instant pas adopté des mesures aussi drastiques.

Préserver la circulation des biens

Au total, 10 pays membres de l'UE ou de l'espace Schengen ont introduit des contrôles à leurs frontières. La cheffe de l'exécutif européen, qui a plusieurs fois mis en garde sur les conséquences de ces contrôles sur la libre circulation des citoyens et des biens, notamment les produits médicaux, a rappelé l'importance de "préserver le marché commun".

Elle s'est félicitée que les Etats membres aient approuvé les recommandations de la Commission concernant ces mesures aux frontières intérieures, notamment celle de créer une voie prioritaire pour les camions afin d'éviter les embouteillages. L'UE coordonne aussi le retour des nombreux Européens bloqués à l'étranger.

PETRAS MALUKAS / AFP
File de camions observée à la frontière entre la Pologne et la Lituanie, le 15 mars 2020.PETRAS MALUKAS / AFPPETRAS MALUKAS

Face au coronavirus, les pays européens ont adopté des politiques plus ou moins drastiques : certains comme l'Italie, l'Espagne, la France et la Belgique ont opté pour un confinement de la population, tandis que les Pays-Bas excluent une telle solution en misant sur le développement d'une immunité collective. Ursula von der Leyen a indiqué que les mesures strictes de "distanciation sociale" avaient été approuvées par un panel d'experts scientifiques nouvellement mis en place.

Les dirigeants ont également abordé la question des mesures économiques à prendre face à la pandémie, mais sans apporter de réponse décisive pour l'instant. Lundi soir, les 27 ministres des Finances de l'UE ont promis de "faire tout le nécessaire" pour répondre aux difficultés économiques engendrées par la crise, mais sans recourir pour le moment au fonds de sauvetage de la zone euro (MES). Des mesures économiques pourraient à nouveau être discutées la semaine prochaine : le sommet prévu les 26 et 27 mars a été remplacé par une vidéoconférence, dont la date n'est pas encore arrêtée.

L'Espagne et d'autres pays européens, comme la Pologne, ont fermé leurs frontières terrestres. Les lignes de camions à l'arrêt qui se forment aux frontières laissent à penser que la chaîne d'approvisionnement européenne puisse être impactée, même si les autorités l'assurent, aucune pénurie n'est à craindre.

Bilan humain et mesures de confinement

En Europe, où le coronavirus prolifère chaque jour un peu plus, le bilan actuel est de plus de 60 000 cas confirmés et de plus de 2 700 décès.

Le nombre de décès dus au coronavirus en Italie continue d'augmenter alors que le pays est en quarantaine depuis deux semaines. Au moins 2 500 morts sont à déplorer d'après un bilan effectué mardi soir.

La situation est spécialement alarmante dans la ville de Bergame et sa province, où le nombre de cas confirmés de Covid-19 est le plus élevé de toute la péninsule transalpine, avec 3 993 sur un total de 31 506 selon les derniers chiffres du ministère italien de la Santé. Bergame se trouve dans la province de Lombardie, la plus touchée par l'épidémie de coronavirus, où 1 640 personnes sont mortes. Les pages nécrologiques du quotidien local, l’Eco di Bergamo, font malheureusement l'écho de ce pic de mortalité observé dans la ville lombarde. Daniela Taiocchi, cheffe du secrétariat général du groupe Sesaab qui possède la journal, a indiqué au quotidien français Libérationque "140 avis de décès en moyenne en ce moment" sont publiés contre "17 avis de décès par jour pour une province qui compte 1,1 million d’habitants". "Le journal est devenu un cimetière" témoigne-t-elle.

En France, le confinement général a commencé mardi à la mi-journée. Un justificatif est nécessaire pour sortir de chez soi sous peine d'amende. L'hexagone compte plus de 7 500 cas et environ 150 décès, d'après un bilan effectué mardi.

De son côté, l'Espagne, quatrième pays le plus durement touché par cette pandémie avec plus de 500 décès et 11 000 cas confirmés mardi soir, a demandé des fournitures médicales à la Chine.

Au delà de l'Etat chinois, le groupe Alibaba, géant du commerce électronique chinois, a annoncé mardi dans un communiqué avoir envoyé 500 000 masques en Espagne. Un avion a atterri à Saragosse (Nord) avec ce lot. Le patron d'Alibaba, Jack Ma, a promis au total à l'Espagne deux millions de masques et tests de détection.

La Chine, où le virus est apparu dans la région de Wuhan, a déjà envoyé des experts et du matériel en Italie, pays le plus touché en Europe par la pandémie.

Dans ce contexte, au moins 20 personnes âgées sont décédées dans une maison de retraite de la capitale espagnole ces derniers jours.

Au 17 mars, l'Allemagne faisait état de 7 156 cas et de 12 morts. Le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans l'ouest du pays, enregistre le plus de contamination avec 2 105 cas enregistrés, soit 564 de plus que la veille.