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Méga-procès en Italie : une plongée dans les entrailles de la N'drangheta, la pire des mafias

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L'une des salles du tribunal spécial anti-mafia où doivent être enfermés les membres de la N'drangheta, à Lamezia Terme - Calabre -, le 15 décembre 2020
L'une des salles du tribunal spécial anti-mafia où doivent être enfermés les membres de la N'drangheta, à Lamezia Terme - Calabre -, le 15 décembre 2020   -   Tous droits réservés  Gianluca CHININEA / AFP
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Les mafias les plus célèbres d'Italie prennent toujours l'avantage sur leurs traditionnelles ennemies, la police et la justice, car elles résistent au temps grâce à leurs racines enfouies profondément dans leurs régions d'origine. Mais au cours des décennies, elles finissent un jour par tomber sur un juge plus courageux et tenace que les autres qui ne les lâche pas d'une semelle... et cela débouche généralement sur un méga-procès durant lequel le linge sale est lavé en famille (mafieuse).

Un tribunal "bunker" pour un procès fleuve

C'est ce qui arrive maintenant à la N'drangheta, l'organisation criminelle de la Calabre qui a réussi à écraser ses deux cousines, la sicilienne Cosa Nostra et la napolitaine Camorra, s'imposant ainsi comme la plus puissante, la plus riche et la mieux implantée actuellement dans le monde entier.

Elle a droit à son tour à un procès fleuve et spectaculaire qui s'est ouvert mercredi 13 janvier 2021 dans la grande ville calabraise de Lamezia Terme, au coeur même de son fief historique, dans le sud du pays ; l'Etat italien l'a choisie pour démontrer sa domination sur le crime malgré tout.

Les chiffres suffisent presque pour se rendre compte de la démesure de cette comparution :

- 355 chefs, sous-chefs, tueurs à gages, mais aussi anciens hommes politiques corrompus, policiers "ripoux", fonctionnaires ou hommes d'affaires véreux, se sont alignés sur les bancs des accusés ; il faut environ trois heures, a-t-on calculé, pour simplement lire les noms de tous les prévenus.

- Ces accusés vont avoir besoin de plus d'avocats qu'ils ne sont puisque pas moins de 400 défenseurs doivent intervenir lors des audiences.

- 900 personnes vont défiler à la barre pour apporter leur témoignage ; 58 d'entre elles susciteront une plus grande attention de la cour car il s'agit de repentis qui osent briser l'omerta malgré le danger de mort.

- Un tribunal, qui ressemble plus à un bunker, a été construit spécialement à Lamezia Terme donc, afin d'accueillir ce procès hors normes qui devrait durer plus de deux ans.

Le procureur Gratteri contre le parrain Mancuso

La confession collective devant la justice italienne de l'une des familles les plus influentes et violentes de la N'drangheta, le clan Mancuso, peut avoir lieu surtout grâce à la détermination d'un homme, Nicola Gratteri (photographié ci-dessous).

Ce procureur anti-mafia de 62 ans, infiniment respecté dans la péninsule, traque les mafieux de Calabre, région dont il est d'ailleurs originaire, depuis le début de sa longue carrière il y a plus de trente ans, au risque permanent d'être exécuté. Il a l'avantage d'en avoir connu certains dès l'enfance, quand ils jouaient au foot ensemble dans la cour d'école.

Alberto Pizzoli /AFP
Le procureur italien anti-mafia Nicola Gratteri, entouré de ses gardes du corps, à Rome, le 11 janvier 2021Alberto Pizzoli /AFP

Gratteri a eu largement le temps de se faire des ennemis intimes, dont le parrain Luigi Mancuso, la grande vedette du procès qui débute. Le "big boss" ne semble pas plus impressionné que d'habitude, il n'en est pas à une peine de prison près, ayant déjà passé une vingtaine d'années en cellule.

En revanche, plusieurs de ses associés en "affaires" diverses et nombreuses - trafic international de cocaïne, prostitution, trafic de déchets, extorsion de fonds, recel, blanchiment d'argent dans le commerce et la restauration... - ont du souci à se faire face à la sévérité des juges. Jusque-là, ils étaient plus connus dans le clan qu'à l'extérieur sous des prénoms assez drôles, si ce n'était les circonstances : "Blondinet", "Le loup", "Petite chèvre"...

Cosa Nostra, star du premier grand procès anti-mafia

Cosa Nostra, la mafia italienne bien plus médiatisée, si chère à la littérature et au cinéma, avait eu elle aussi son heure de gloire - si l'on peut dire - lors d'un procès grandiose qui s'était tenu sur ses terres de Sicile, à Palerme, en 1986 et 1987. Les grands orchestrateurs en étaient déjà deux célèbres juges, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, des combattants acharnés de la "pieuvre" qui deviendront finalement des martyrs de la cause judiciaire en se faisant assassiner l'un après l'autre.