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Bélarus : la presse d'opposition et indépendante prise pour cible par le régime

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Par Euronews avec AFP
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Bélarus : la presse d'opposition et indépendante prise pour cible par le régime
Tous droits réservés  AP/BelaPan
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La pression ne cesse de s'accentuer sur les médias bélarusses, avec notamment le blocage du populaire site internet tut.by et l'arrestation du journaliste et dissident Roman Protassevitch, après l'interception de l'avion dans lequel il se trouvait.

Jeudi, le ministère de l'Information a annoncé avoir ordonné le blocage de Nacha Niva, le plus ancien journal du Bélarus entièrement passé en ligne en 2016 en raison de difficultés économiques, dont les bureaux comme les domiciles de plusieurs de ses journalistes étaient visés par des perquisitions.

Son rédacteur en chef, Egor Martinovitch, est soupçonné d'"organisation ou (de) préparation d'actes violant de manière grossière l'ordre public" et a été mis en état d'arrestation pour 72 heures, a annoncé ce journal sur sa chaîne Telegram.

Nacha Niva précise avoir perdu tout contact avec un de ses journalistes, Andreï Dynko, la femme de M. Martinovitch précisant que celui-ci a eu besoin d'un traitement médical en détention après la perquisition.

Fondé en 1906 par les grands noms de la littérature bélarusse moderne, ce journal avait fait l'objet de pressions économiques des autorités et été condamné en avril à 4 500 euros d'amende pour "activité entrepreneuriale illégale", les réseaux de distribution de l'Etat cessant de leur coté de prendre en charge ses suppléments.

"Nacha Niva n'est pas juste un site internet, c'est le plus ancien journal bélarusse", a dénoncé dans une vidéo diffusée sur Twitter la cheffe de file en exil de l'opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, appelant à soutenir les "journalistes et les médias indépendants" du Bélarus.

"Détruire les médias"

Selon l'association bélarusse des journalistes, le rédacteur en chef d'un autre média indépendant, orsha.eu, a été arrêté et le site internet dev.by qui couvre l'actualité du secteur de la tech - très actif dans la contestation du pouvoir du président Alexandre Loukachenko - a été bloqué.

L'ONG Viasna assure pour sa part que les rédactions de deux sites indépendants régionaux Brestskaïa Gazeta et Intex-press ont dit avoir fait l'objet de perquisitions.

Au moins 25 journalistes et autres employés de médias se trouvent actuellement en prison ou en résidence surveillée au Bélarus, d'après l'association bélarusse des journalistes.

Certains sont jugés pour des affaires d'"extrémisme" et des journalistes ont été condamnés à de la prison pour avoir seulement couvert des manifestations.

Les autorités poursuivent ces derniers mois la répression du mouvement de contestation historique provoqué par la réélection, dénoncée comme frauduleuse, d'Alexandre Loukachenko à un cinquième mandat.

Le mouvement a rassemblé pendant des mois des dizaines de milliers de manifestants avant de s'essouffler progressivement face aux arrestations, aux violences, aux exils forcés et aux procès.

Le site tut.by, le plus consulté du Bélarus et qui avait activement couvert les manifestations, a ainsi été bloqué en mai et une quinzaine de ses employés arrêtés pour évasion fiscale.

Deux journalistes de la chaîne d'opposition Belsat ont quant à elles été condamnées en février à deux ans de prison pour avoir fomenté des "troubles" en couvrant le mouvement de protestation de 2020.

Le point culminant a été atteint avec l'arrestation fin mai de Roman Protassevitch : l'avion de ligne dans lequel il voyageait a été intercepté au-dessus du territoire bélarusse et dérouté au motif d'une alerte à la bombe présumée.

Roman Protassevitch était l'ancien rédacteur en chef de Nexta, qui avait joué un rôle central dans la contestation en relayant les consignes des organisateurs des manifestations.