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"Les gens aiment l'Europe, ils ont un rêve européen", affirme le député européen Guy Verhofstadt

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Par Sandor Zsiros
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Guy Verhofstadt
Guy Verhofstadt   -   Tous droits réservés  euronews

De la pandémie de Covid-19 à la guerre en Ukraine en passant par l'amélioration des logements et des emplois, au cours des 12 derniers mois, des milliers de citoyens européens ont débattu sur leurs idées et leurs préoccupations concernant l'Europe.

Connue sous le nom de "Conférence sur l'avenir de l'Union européenne", cette expérience unique de démocratie directe s'est récemment achevée. Pour en parler plus en détail, euronews s'est entretenu avec l'homme qui a supervisé l'ensemble du processus au sein du Parlement européen, l'eurodéputé belge Guy Verhofstadt.

L’Union européenne a besoin d'être réformée, pour survivre dans le monde de demain qui sera différent, notamment pour défendre les intérêts de nos citoyens, et agir plus rapidement et de manière plus décisive que nous l'avons fait par le passé.
Guy Verhofstadt
Député européen

Sándor Zsiros, Euronews : Nous sommes à la dernière session plénière de cette conférence. Comment évaluez-vous ce processus ? A-t-il été un succès, un demi-succès ou peut-être un échec ?

Guy Verhofstadt, député européen : Je pense que lorsque nous avons commencé il y a un an, il n'y avait pas beaucoup de personnes qui croyaient en l'utilité de la conférence sur l'avenir de l'Europe. Entre-temps, outre la pandémie, nous avons une énorme crise avec la guerre en Ukraine. Nous avons bien vu que l’Union européenne avait besoin d'être réformée, pour survivre dans le monde de demain qui sera différent, notamment pour défendre les intérêts de nos citoyens, et agir plus rapidement et de manière de plus décisive que nous l'avons fait par le passé.

L'une des principales propositions est de mettre fin aux droit de veto au sein de l'Union européenne.
Guy Verhofstadt
Député européen

Sándor Zsiros : Quelles sont donc les propositions les plus intéressantes ?

Guy Verhofstadt : L'une des principales propositions est de mettre fin aux droit de veto au sein de l'Union européenne. Donc de cesser de voter et de prendre des décisions à l'unanimité. À cause de ce principe, on agit toujours trop peu et trop tard. C'était le cas avec la crise financière et avec la crise migratoire. C'était même le cas avec la pandémie de COVID-19. Et c'est toujours un problème aujourd'hui, en cette période de guerre. Donc, ce que nous devons faire, c'est abolir cela et avoir un système de vote à la majorité simple ou à la majorité qualifiée sur chaque sujet au sein de l'Union afin que nous puissions agir plus rapidement que par le passé.

Sándor Zsiros : Pour cela, il faut une modification du traité. Comment envisagez-vous les chances d'y parvenir ?

Guy Verhofstadt : De toute façon, ce que je sais, c'est que le Parlement européen va prendre ses responsabilités. Donc nous allons demander une révision du traité.

Sándor Zsiros : Et qu'en est-il des questions sociales comme l'emploi, le logement et la santé ? Que disent les citoyens européens ?

Guy Verhofstadt : Ils veulent que l'Europe possède également des compétences en la matière, afin qu'il existe une base sociale, à savoir un minimum social créé et garanti par l'Europe sur l'ensemble du territoire de l'Union européenne. Et en ce qui concerne la question migratoire, les citoyens ont formulé une stratégie globale pour résoudre les problèmes au niveau européen. Cette stratégie a été approuvée par l'assemblée plénière de la conférence »

Sándor Zsiros : À titre personnel, quelle est votre recommandation préférée ?

Guy Verhofstadt : Ma recommandation préférée est certainement celle sur les forces armées communes de l'Union européenne. Il est important que nous disposions d'une politique de défense commune, parce qu'avec la guerre en Ukraine, cela nous fait défaut. Il faut savoir que nous dépensons plus ou moins 240 milliards d’euros pour la défense en Europe. C'est quatre fois plus que les Russes. Mais avec la situation actuelle, nous nous rendons compte que nous ne sommes pas suffisamment efficaces pour faire quelque chose, en tout cas, pas sans l'aide de nos amis américains. Donc, pour moi, le plus grand gaspillage de ressources dans l'Union européenne, ce sont ces 27 armées qui font doublons et qui ne sont pas suffisamment efficaces.

Le problème est que dans certains pays, des dirigeants qui ont la majorité au parlement pensent qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent parce qu'ils sont majoritaires. Mais l’État de droit ce n’est pas ça.
Guy Verhofstadt
Député européen

Sándor Zsiros : Au cours de la dernière décennie, la question de la démocratie et de l'État de droit a figuré parmi les priorités de l'UE. Pendant cette conférence, lorsque vous en avez parlé avec des dirigeants ou des citoyens polonais, hongrois et d’autres pays membres : y a-t-il eu une position commune sur cette question ? 

Guy Verhofstadt : En réalité le principe de l'État de droit n'est pas si difficile à comprendre. Mais le problème est que dans certains pays, des dirigeants qui ont la majorité au parlement pensent qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent parce qu'ils sont majoritaires. Mais l’État de droit ce n’est pas ça. C’est pourquoi lors de la conférence, sur la base des propositions des citoyens, nous avons décidé de proposer une modification des traités pour que l’État de droit soit effectif. Sinon, nous ne pouvons pas éviter d'avoir au sein de la famille européenne quelques membres qui pensent que l'argent est important, mais pas les valeurs.

Sándor Zsiros :  Depuis deux mois, il y a une guerre en Ukraine. Comment cela change-t-il la perception des gens sur l'Europe ? Est-ce que cela a été abordée lors de la conférence ?

Guy Verhofstadt : La plupart des réunions de citoyens ont eu lieu avant le début de la guerre. Mais ce que nous avons vu, c'est que les conclusions de la conférence s'inscrivent très bien dans les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés avec la guerre en Ukraine. Nous parlons de la fin de l'unanimité dans les affaires étrangères, et dans la défense. Nous parlons de créer le plus rapidement possible une union énergétique, ce que nous n'avons pas aujourd'hui en Europe. Parce qu’il n'y a pas d'achat commun d'énergie, et le mix énergétique est encore décidé au niveau national.

Sándor Zsiros : Dans quelle direction l'Europe doit-elle se diriger selon les citoyens ? Doit-on avoir plus d'Europe ou moins d'Europe ?

Les citoyens européens aiment l'Europe et ils pensent que l'UE est la solution à beaucoup de nos problèmes. Mais ils n'aiment pas la façon dont elle fonctionne aujourd'hui.
Guy Verhofstadt
Député européen

Guy Verhofstadt : Les citoyens ne discutent pas de cela de la manière dont vous le présentez. Vous êtes un journaliste et vous avez tendance à tout catégoriser. Je suis un politicien et je fais la même chose. On dit souvent : tu es de droite, tu es de gauche, tu es pour plus d'Europe ou moins d'Europe. Tu es eurosceptique ou europhile. Mais en réalité les citoyens pensent différemment. Ils ont plus ou moins la même opinion. Ils aiment l'Europe et ils pensent que l'Union est la solution à beaucoup de nos problèmes. Mais ils n'aiment pas la façon dont elle fonctionne aujourd'hui. Ils ne croient pas que l'Union européenne dans sa manière de fonctionner aujourd'hui, soit la réponse à leurs attentes. Et c'est ce que pensent actuellement tous les citoyens, c’est-à-dire les eurosceptiques et les proeuropéens. Les gens aiment l'Europe, ils ont un rêve européen. Ils pensent vraiment que l'avenir de ce continent réside dans l'Union européenne. Mais ils critiquent surtout la façon dont elle fonctionne aujourd'hui, ou plutôt la façon dont elle ne fonctionne pas.

Sándor Zsiros : Les forces nationalistes et populistes en Europe reprochent déjà à cette conférence d'être un instrument du fédéralisme européen. Comment percevez-vous ces critiques et ces voix ont-elles été entendues pendant la conférence ?

Guy Verhofstadt : Absolument parce que parmi les citoyens qui étaient présents, il y avait aussi des personnes plus critiques et sceptiques sur l'Europe. Ils étaient tous là. Mais à la fin, il devait y avoir une vision commune, des propositions communes. Ce que j'ai constaté, c'est qu'au début, les partis d'extrême droite appréciaient plutôt la conférence. Puis, quand ils ont vu les propositions des citoyens ne leur correspondaient pas, ils ont commencé à dire : "Oh, ce n'est pas ce que nous voulons. Nous n'aimons plus ça. Je pense donc que ces critiques ne sont pas justes. Les citoyens européens se sont exprimés et nous devons les prendre au sérieux et mettre en œuvre leurs propositions.