En Italie, les médecins urgentistes fuient la profession

Access to the comments Discussion
Par Stephane Hamalian  & Luca Palamara
Une infirmière dans l'hôpital Tor Vergata de Rome, le 7 février 2022
Une infirmière dans l'hôpital Tor Vergata de Rome, le 7 février 2022   -   Tous droits réservés  Gregorio Borgia/Copyright 2022 The AP. All rights reserved.

En Italie, les médecins urgentistes se font de plus en plus rares. Ils sont en moyenne sept à quitter chaque jour leur emploi, à cause des conditions et du temps de travail, mais également de leur rémunération.

Cette profession autrefois très prisée par les jeunes praticiens en quête d'une activité à la fois très intéressante sur le plan clinique, mais aussi très rythmée, peine à se renouveler.

"50% des postes en médecine d'urgence sont restés vacants cette année" selon Pierino Di Silverio, secrétaire national du syndicat italien des médecins hospitaliers. C'est "comme l'année dernière" se désole-t-il.

"Dans ces conditions, les médecins urgentistes seront bientôt un lointain souvenir" estime-t-il.

"Au-delà de chaque médecin, il y a un être humain et aujourd'hui, nous n'avons plus le temps, d'être un père, une mère, un grand-père ou un ami" dénonce-t-il.

"Les horaires de travail ne sont plus respectés : nous devrions être à 38 heures par semaine, mais, selon notre dernière enquête, la semaine moyenne est de 65 heures" explique-t-il.

Beaucoup de ces praticiens décident d'aller dans d'autres services hospitaliers, voire dans d'autres villes ou même à l'étranger, là où ils estiment que leur profession est respectée. L'exemple d'Angela Mauro, pédiatre, est parlant. Après avoir exercé pendant quatre ans dans un service d'urgences à Naples, la jeune femme a décidé de s'installer à Milan dans un autre service et sa qualité de vie a "complètement changé en termes de stress et de satisfaction".

"Maintenant, je peux réellement soigner mes patients et les aider à guérir de la meilleure façon possible" dit-elle.

Si les moyens manquent dans le système de santé italien, les patients sont eux aussi, pour partie, responsables de l'engorgement des urgences lorsqu'ils s'y rendent pour des affections mineures.

La jeune pédiatre estime que ce service ne devrait s'occuper "que des vraies urgences, lorsque la vie du patientest en danger". Il s'agit des cas que "les médecins de famille ne pourraient pas traiter" critique-t-elle.

Le manque de reconnaissance pèse aussi sur les médecins, un problème amplifié par la crise du Covid-19, qui a soumis les établissements de santé à rude épreuve.