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Relation UE-Azerbaïdjan : "Des difficultés réelles" selon Charles Michel

Relation UE-Azerbaïdjan : "Des difficultés réelles" selon Charles Michel
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Par Grégoire Lory
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Président du Conseil européen, Charles Michel évoque les défis que posent à l'UE, le futur élargissement, le soutien à l'Ukraine et la situation au Haut-Karabakh. Il estime que c'est à l'Azerbaïdjan de "montrer sa bonne foi" après son "action militaire".

​La guerre en Ukraine bouleverse l'Union européenne et ses pays voisins qui cherchent à rejoindre le projet européen. Les foyers de tension se multiplient, notamment dans le Caucase. Face à ces défis, les 27 cherchent des réponses diplomatiques, politiques, mais aussi commerciales.

Pour évoquer ces menaces et ces challenges, nous avons interrogé le président du Conseil européen, Charles Michel.

"Nous sommes très engagés pour soutenir l'Arménie"

Grégoire Lory, Euronews :

"Une nouvelle attaque militaire s'est produite à proximité de l'Union européenne. L'Azerbaïdjan a lancé une attaque éclair contre le Haut-Karabakh. Quelle est la priorité aujourd'hui ?"

Charles Michel, président du Conseil européen :

"C'est une question qui est choquante parce qu'il y avait un processus de médiation en cours et l'usage de la violence doit, chaque fois, être déplorée. Ce qui est important maintenant, c'est d'être très actif sur le plan humanitaire. Nous sommes très engagés pour soutenir l'Arménie qui accueille de très nombreux réfugiés qui ont quitté la région où ils habitaient, dans l'ancien oblast du Haut-Karabakh. D'autre part, on doit rester engagés sur le plan politique et diplomatique pour faire en sorte qu'il y ait une réaffirmation très nette du respect de l'intégrité territoriale de l'Arménie."

Grégoire Lory :

"Vous vous êtes impliqué dans cette médiation ces derniers mois, mais l'attaque a eu lieu. Est-ce un échec de la diplomatie européenne ?"

Charles Michel :

"Je pense que, quand on est engagés dans la diplomatie et dans une médiation, on sait que ce n'est pas une science exacte. Cette médiation menée en parallèle avec d'autres, notamment avec les États-Unis, a permis d'engranger des avancées, des échanges de prisonniers et des progrès en termes de compréhension sur comment on pourrait améliorer la connectivité dans cette région, comme étant un facteur de stabilité pour l'avenir, mais aussi sur des textes qui visent à avoir, à un moment donné, un jour un accord, un traité de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Mais cela étant dit, il est certain que cette action militaire, nous l'avons regrettée immédiatement. Je suis extrêmement déçu par cette décision qui a été prise par l'Azerbaïdjan et je l'ai d'ailleurs dit très fermement au président Aliev."

Charles Michel récuse l'idée que l'UE ait fermé les yeux pour préserver ses accords gaziers avec l'Azerbaïdjan

Grégoire Lory :

"Il y a eu des signes avant-coureurs. Il y a eu cette fermeture du corridor de Latchine, les troupes azéries qui se sont rassemblées autour du Haut-Karabakh. Est-ce que l'Union a vu ces signes avant-coureurs ?"

Charles Michel :

"Nous avons été extrêmement actifs tout au long de l'été parce que, dès lors qu'on a compris qu'il y avait cette fermeture du corridor de Latchine et qu'il y avait une pression humanitaire sur cette région, il était important de rouvrir cet accès humanitaire. Tout au long de l'été et des semaines et des jours qui ont précédé cette action militaire, l'Union européenne a été impliquée très directement, aussi bien avec les représentants de la population arménienne de cette région qu'avec ceux du gouvernement d'Azerbaïdjan, et nous avions d'ailleurs, réussi à faire en sorte qu'il y ait une réouverture des accès humanitaires. Et c'est quelques heures après cette réouverture que cette action militaire a été déclenchée. Nous allons continuer à être très engagés. On ne renonce pas, il est certain que c'est une décision d'action militaire qui nous déçoit, mais nous ne renonçons pas à être très engagés pour apporter de la stabilité, de la sécurité et, dans le court terme, de l'aide humanitaire dans la région."

Grégoire Lory :

"Est ce que l'Union européenne n'a pas trop fermé les yeux pour préserver ses accords gaziers avec l'Azerbaïdjan ?"

Charles Michel :

"Non, en aucun cas. J'entends bien que certains mettent ça comme étant un argument. Ce n'est pas une analyse qui est correcte. Nous avons démontré la capacité de l'Union européenne à diversifier très rapidement après le déclenchement de la guerre de la Russie contre l'Ukraine et par conséquent, il y a beaucoup d'options qui sont aujourd'hui devant nous en termes de capacités d'accès à des ressources énergétiques."

"Des difficultés réelles avec l'Azerbaïdjan"

Grégoire Lory :

"Est-ce qu'on doit reconsidérer ces accords gaziers pour essayer d'obtenir des garanties de la part de Bakou ?"

Charles Michel :

"Mais ce qui est certain, c'est qu'il faut d'abord voir maintenant avec l'Arménie comment on peut trouver le chemin pour aller vers une normalisation de la relation entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, comment garantir de manière ferme et absolument indiscutable, la reconnaissance mutuelle des intégrités territoriales respectives en Azerbaïdjan et en Arménie et comment garantir les droits et la sécurité de la population arménienne qui vit sur cet ancien oblast du Haut-Karabakh."

Grégoire Lory :

"Est-ce que l'Azerbaïdjan est toujours un partenaire de l'Union européenne ?"

Charles Michel :

"C'est un partenaire, oui. Pour autant, cela veut-il dire que la relation est simple : non, la relation n'est pas simple. Est-ce qu'il y a une difficulté ? Oui, et ces difficultés réelles doivent être appréhendées."

"Il y a une grande responsabilité du côté de l'Azerbaïdjan"

Grégoire Lory :

"Vous allez rencontrer les dirigeants de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie. Qu'allez-vous leur dire ?"

Charles Michel :

"De nouveau, on va encourager pour qu'il y ait un processus de normalisation qui puisse déboucher sur des engagements de part et d'autre et qu'il y ait le respect pour les engagements qui sont pris. La priorité absolue, c'est de faire en sorte qu'il y ait des négociations sur les délimitations territoriales, les frontières - c'est d'ailleurs le processus européen qui avait permis de progresser par rapport à cela - et qu'il y ait des progrès réalisés sur un traité de paix pour normaliser la relation et sur ce que l'on appelle la connectivité, c'est-à-dire la possibilité aussi bien pour les Arméniens que pour les populations d'Azerbaïdjan, d'avoir des capacités à se mouvoir dans la région."

Grégoire Lory :

"Vous avez utilisé le mot de paix. Est-ce qu'une paix est possible ?"

Charles Michel :

"Cela dépendra de la volonté de part et d'autre. Il est certain que lorsqu'il y a une action militaire, cela crée de la méfiance, c'est le moins que l'on puisse dire. Donc, il est certain que si on veut aller vers une pacification, vers plus de sécurité et de prospérité, le mieux, c'est qu'il y ait une négociation qui puisse figer un certain nombre d'engagements de part et d'autre."

"La nécessité d'un rôle pour la communauté internationale pour garantir la sécurité des Arméniens" qui ont fui

Grégoire Lory :

"Au 1ᵉʳ janvier, le Haut-Karabakh cessera d'exister. Comment créer la confiance dans ces conditions ?"

Charles Michel :

"Je pense qu'il y a une grande responsabilité du côté de l'Azerbaïdjan, à partir du moment où c'est l'Azerbaïdjan qui a déclenché une opération militaire, c'est maintenant à l'Azerbaïdjan de montrer une bonne volonté, une bonne foi dans un engagement avec une surveillance nécessaire par la communauté internationale pour protéger les droits et la sécurité de toute la population qui vit en Azerbaïdjan, y compris la population arménienne."

Grégoire Lory :

"L'Arménie parle d'un nettoyage ethnique en ce moment au Haut-Karabakh. Est-ce que vous reprenez ces termes ?"

Charles Michel :

"C'est en tout cas, une certitude qu'il y a une situation de fait aujourd'hui où l'immense majorité de la population arménienne a quitté cette région et a quitté, probablement par la frayeur de la manière dont ils allaient être considérés par les autorités d'Azerbaïdjan. Une bonne partie se situe maintenant en Arménie, c'est pourquoi une aide humanitaire est nécessaire et délivrée notamment par l'Union européenne, et je pense qu'il y a la nécessité d'un rôle pour la communauté internationale pour garantir la sécurité et les droits de cette population et de voir comment la population va souhaiter, soit rester pour partie en Arménie, soit pouvoir retourner dans leur région."

"La Russie a trahi la population arménienne"

Grégoire Lory :

"La Russie est un acteur majeur dans la région. Est-ce que cette attaque de l'Azerbaïdjan affaiblit ou renforce Moscou ?"

Charles Michel :

"Il y a une certitude maintenant, plus personne ne peut ne pas le voir. C'est que la Russie a trahi la population arménienne et la Russie a émis le souhait d'avoir des soldats présents pour garantir ces accords de stabilité, ces accords de sécurité, et on voit que cette opération militaire a été déclenchée sans qu'il y ait la moindre réaction de la Russie qui était sur le terrain, ce qui n'était pas le cas de l'Union européenne qui, elle, n'a pas de force militaire présente sur le terrain, comme vous le savez."

"Les 27 sont soudés autour de l'Ukraine"

Grégoire Lory :

"À propos de l'Ukraine, est-ce que le soutien des Européens à l'égard de l'Ukraine est toujours aussi infaillible ? On a vu en Slovaquie, les élections porter en tête un parti opposé au soutien à l'Ukraine et pro-Kremlin. Est-ce que les 27 sont toujours unis ?"

Charles Michel :

"La réponse est oui. Nous sommes extrêmement unis et je me souviens que dans les semaines et les mois qui ont suivi le déclenchement de la guerre de la Russie contre l'Ukraine, il y avait déjà à l'époque, beaucoup de spéculations sur le fait que les 27 seraient fragmentés, se diviseraient très rapidement. Ce n'est pas ce qui se passe et au contraire, le temps qui a passé a plutôt soudé les positions, renforcé la manière dont on sanctionne la Russie - onze paquets de sanctions, au fur et à mesure, ont été décidées contre la Russie - et renforcé la décision de soutenir l'Ukraine avec des capacités financières, avec de l'armement - ce qui est une première pour l'Union européenne - et puis, surtout, avec beaucoup de soutien politique dans les enceintes internationales. C'est l'Union européenne qui parle d'une voix très, très forte pour soutenir la juste paix présentée et proposée par le président Zelensky qui se fonde sur le respect de l'intégrité territoriale et sur le respect de la Charte des Nations Unies."

"L'unité requiert beaucoup de travail politique"

Grégoire Lory :

"N'êtes-vous pas inquiet malgré tout ? Il y a la Slovaquie, mais aussi la Pologne qui a dit qu'elle allait suspendre ses livraisons d'armes. On a l'impression qu'il y a des failles qui apparaissent."

Charles Michel :

"On dit cela depuis le déclenchement de la guerre de la Russie contre l'Ukraine, qu'il y a des risques de fissures, de failles. Cela ne veut pas dire qu'on n'est pas vigilant. On est vigilant parce que l'unité est rarement spontanée et l'unité requiert beaucoup d'efforts, de travail politique, de travail de convergence et de diplomatie. On va rester extrêmement engagés, à la fois en Européens, mais également avec nos alliés et nos partenaires dans le monde, avec les États-Unis, le Canada, le Japon et de très nombreux pays dans le monde qui soutiennent cette position de l'Union européenne qui vise à défendre la sécurité en Europe, mais à défendre aussi un ordre mondial fondé sur des règles. Parce que, quand un membre permanent du Conseil de sécurité, c'est le cas de la Russie, attaque son voisin, c'est l'ordre mondial qui est menacé et pas simplement la sécurité en Europe."

Grégoire Lory :

"Comment vous allez pouvoir discuter avec la Slovaquie aujourd'hui ?"

Charles Michel :

"Il y a eu des élections. Il faut toujours respecter le résultat électoral. C'est une constante dans un espace démocratique et nous verrons quel sera le gouvernement puisque, dans les jours qui viennent, je suppose, les négociations vont intervenir pour qu'un gouvernement en Slovaquie se mette en place et nous allons travailler de bonne foi, avec sincérité, avec le gouvernement qui sera issu de ce processus électoral."

Grégoire Lory :

"Vous ne craignez pas des blocages ou des veto qui apparaissent de plus en plus ?"

Charles Michel :

"Ce n'est pas la première fois qu'il y a des élections au sein de l'Union européenne, c'est plutôt un processus habituel et c'est tant mieux. C'est fort bien. Quand il y a des élections, souvent avant, on spécule et puis, souvent après, on se rend compte qu'il y a une capacité de faire en sorte que le bon sens l'emporte et que l'on puisse réellement travailler ensemble. Beaucoup mesurent bien que l'Union européenne apporte une valeur ajoutée, singulièrement dans des moments tels que ceux auxquels on est confrontés. Ce sont des moments où il y a de grandes tensions sur le plan international."

"Aux États-Unis, il y a cette détermination à travailler main dans la main avec les Européens"

Grégoire Lory :

"Vous allez vous rendre dans quelques semaines aux États-Unis, à Washington. Est-ce que là aussi, selon vous, le soutien des Américains pour l'Ukraine est infaillible ? On a vu un accord au Congrès qui mettait de côté, l'aide à l'Ukraine. On peut se poser des questions sur le soutien de Washington."

Charles Michel :

"Moi, j'ai noté dans toutes les rencontres que nous avons eues avec le président Biden, avec le secrétaire d'État Blinken, une très grande détermination et une très grande sincérité dans le soutien pour l'Ukraine, parce qu'il y a cette compréhension aux États-Unis que ce n'est pas simplement un soutien pour l'Ukraine ou l'Union européenne, mais pour une vision du monde fondée sur la liberté, la démocratie. C'est cela qui est en jeu en réalité. Donc je suis plutôt confiant quant au fait que, aux États-Unis, il y a cette détermination à travailler main dans la main avec les Européens. Il y a quelques jours, je recevais la représentante spéciale de Joe Biden pour la reconstruction en Ukraine. Cela montre qu'on est vraiment dans le détail de la coopération et de la coordination pour faire en sorte que le soutien que nous apportons de part et d'autre soit utile, soit effectif pour les Ukrainiens et pour les valeurs que l'on défend. Maintenant, cela ne veut pas dire que l'on est naïfs. Il y a évidemment une vigilance qui est nécessaire. Elle est nécessaire sur le plan européen, elle est certainement nécessaire aussi aux États-Unis."

"Ce sont les Ukrainiens, et seulement eux, qui devront définir à quel moment les conditions sont rencontrées pour une négociation [de paix avec la Russie]"

Grégoire Lory :

"Il y a eu beaucoup d'interrogations sur la contre-offensive ukrainienne. Est-ce que vous êtes toujours optimiste sur l'issue du conflit et sur les avancées sur le terrain ?"

Charles Michel :

"Oui, je pense qu'il est important de ne pas relâcher les efforts dans notre soutien à l'Ukraine, y compris sur le plan militaire. On voit qu'il y a des progrès qui ont été enregistrés. J'ai pu encore en parler récemment avec le président Zelensky. On voit qu'il y a une détermination côté ukrainien à continuer à mener l'offensive pour reconquérir son territoire. Il est important pour cela que le soutien reste très, très ferme du côté européen et du côté des partenaires de l'Ukraine. Quand cette guerre a été déclenchée, beaucoup ont pronostiqué que l'Ukraine ne tiendrait pas plus de quelques jours ou quelques semaines. On voit que l'on est maintenant plus d'un an et demi plus tard, avec une Ukraine non seulement qui résiste, mais qui réussit à reconquérir des territoires qui avaient d'abord été conquis par les Russes."

Grégoire Lory :

"Cela veut-il dire qu'il est encore trop tôt pour parler de négociations de paix entre le Kremlin et Kyiv ?"

Charles Michel :

"Je pense qu'il est important de rester sur une position de principe très ferme. Ce sont les Ukrainiens, et seulement les Ukrainiens, qui devront définir à quel moment les conditions sont rencontrées pour une négociation. Du reste, c'est ce que fait le président Zelensky lorsqu'il met sur la table cette formule pour une juste paix. C'est ce qu'il fait également quand, avec notre support, il essaie de mobiliser la communauté internationale et des dizaines de pays se sont rencontrés au niveau des conseillers nationaux à la sécurité à plusieurs reprises à l'initiative des Ukrainiens, pour qu'ils puissent mettre sur la table les propositions pour aller vers une paix. Mais une paix qui pourrait être durable doit être fondée sur : pas d'impunité - il faudra que la justice passe pour ceux qui commettent des crimes de guerre - et sur les principes de la Charte des Nations Unies. Toute autre formule enverrait le message au reste du monde qu'il suffit de lancer une agression contre son voisin et puis, tôt ou tard, il y a une forme de reconnaissance de celui qui a agressé. Ce n'est évidemment pas acceptable à nos yeux."

"On ne peut pas reporter l'élargissement de l'Union européenne" au-delà de 2030

Grégoire Lory :

"Au début du mois de septembre, vous avez donné comme horizon, 2030 pour un nouvel élargissement de l'Union européenne. L'UE est-elle prête pour ce calendrier que vous proposez ?"

Charles Michel :

"L'Union n'est pas encore prête, c'est bien la raison pour laquelle nous devons nous préparer. Et si j'ai souhaité mettre une date parce que je pense que non seulement l'Union européenne doit se préparer, mais les États qui veulent nous rejoindre doivent aussi accélérer les efforts qui sont nécessaires en termes de réformes pour pouvoir nous rejoindre. Et mettre une date a pour vocation d'ouvrir les yeux de chacune, de chacun et de se dire qu'on ne peut pas procrastiner davantage. On ne peut pas reporter davantage. On voit bien le monde dans lequel nous nous situons. Si nous voulons offrir à nos enfants, un avenir prospère et stable - l'Union européenne est un projet qui a apporté beaucoup de paix, de prospérité et d'espoir après le siècle précédent qui a été marqué par la tragédie et par le désespoir -, on doit dès maintenant se préparer pour l'évolution de ce projet politique et cela veut dire discuter. Que veut-on faire ensemble à l'avenir ? Quelles sont nos priorités communes ? Comment va-t-on les financer - ce n'est jamais simple de parler de moyens financiers, mais il faut bien aborder ces sujets-là - et comment va-t-on décider ensemble ? Surtout si, demain, nous sommes plus nombreux autour de la table. On doit peut-être adapter nos manières de décider pour rester un projet politique qui puisse être efficace quand c'est nécessaire."

"On sera plus sécurisés quand les pays des Balkans occidentaux auront rejoint les standards de l'Union européenne"

Grégoire Lory :

"Est-il possible de mener le même processus d'élargissement pour chaque candidat ? Certains n'ont pas le même poids démographique, économique."

Charles Michel :

"Le processus est différencié, puisqu'il est fondé sur les mérites de chacun. On doit être certain que partout, on combat la corruption et il y ait une justice qui est indépendante et qui permet de faire respecter les droits des citoyens et des entreprises. Mais on voit bien qu'au-delà de ce principe de base auquel, non seulement, on ne va pas renoncer mais que l'on va confirmer, il est important de voir l'enjeu politique dans lequel on se situe. Est-ce que l'on a intérêt à avoir les pays des Balkans occidentaux qui sont une enclave au sein de l'Union européenne, qui sont soumis quotidiennement aux tentatives d'interférence et d'influence de puissances en dehors de l'Union européenne, qui n'ont pas les mêmes valeurs que nous - ce qui à mon avis, n'est pas bon pour notre sécurité - ? On sera plus sécurisés et plus stables lorsque ces pays auront rejoint les standards de l'Union européenne en termes de lutte contre la corruption, en termes d'État de droit par exemple."

Grégoire Lory :

"Vous évoquiez les standards européens. On voit que certains candidats s'en éloignent en fait. Vous parlez de corruption, d'État de droit. Comment expliquez-vous ce phénomène ? Est-ce que l'Europe n'est pas assez ferme ou n'est pas assez engagée pour les attirer vers ces standards ?"

Charles Michel :

"J'ai une position plus nuancée, il y a aussi beaucoup d'exemples de pays candidats qui sont en train de progresser et de mettre en place des réformes que l'on leur demandait de mettre en place depuis un certain temps parce que ces pays comprennent qu'il y a un momentum. Ils comprennent que cette guerre déclenchée par la Russie contre l'Ukraine ouvre les yeux de nombreux Européens, et pas seulement les leaders européens, mais aussi les populations européennes, sur l'importance de pouvoir aller vers un processus d'élargissement qui soit ordonné, organisé."

Grégoire Lory :

"L'Union européenne peut-elle encore tergiverser sur l'élargissement ? Est-ce qu'il n’y a pas un risque de voir ces pays s'éloigner de l'Europe pour se diriger vers d'autres ?"

Charles Michel :

"La réponse est non. On ne peut plus procrastiner, on ne peut pas temporiser. On doit agir, ça ne veut pas dire que ces pays seront dans l'Union européenne la semaine prochaine. Mais cela veut dire que l'on doit mettre en place un mécanisme d'intégration progressif qui fait que, de manière tangible, dans les semaines, dans les mois, les années qui viennent, on voit ce rapprochement économique, ce rapprochement sur la démocratie, sur les valeurs communes entre ces pays qui sont candidats à l'adhésion et les 27 pays de l’Union européenne."

Chine : "On doit faire respecter les intérêts de l'UE"

Grégoire Lory :

"Parlons de la Chine. Ce pays est-il toujours un partenaire ou davantage un rival systémique ?"

Charles Michel :

"Moi, je vois la Chine sous un angle très simple. Je pense qu'il y a trois piliers pour notre relation avec la Chine. Le premier pilier, c'est la démocratie. Ce sont les valeurs fondamentales, les droits de l'homme et on ne va pas baisser les yeux du côté européen sur le sujet. C'est notre ADN. Nous croyons que le monde est meilleur, plus stable, plus sécurisé lorsqu'on partage des valeurs universelles et nous allons continuer, y compris avec la Chine, à défendre nos valeurs. C'est un premier point.

Deuxième élément : on voit bien qu'il y a un souci de déséquilibre dans les relations entre l'Union européenne et la Chine et que nous avons des vulnérabilités économiques parce que, pour certains secteurs, on est trop dépendants de notre relation avec la Chine. Il faut donc rééquilibrer la relation avec la Chine et c'est le message que nous donnons, que je donne avec d'autres Européens quand on engage avec les autorités chinoises. On doit tirer les leçons de la guerre de la Russie contre l'Ukraine. On a vu que notre dépendance aux énergies fossiles était une faiblesse, un talon d'Achille. On doit donc tirer les enseignements de manière générale, y compris dans les relations avec la Chine.

Troisième élément : la Chine est un acteur pour le défi climatique, les questions de santé sur le plan global et la sécurité dans le monde également. Donc, sur ces sujets-là, on doit aussi engager avec la Chine."

Grégoire Lory :

"Est-ce que rééquilibrer la relation, cela passe par cette enquête, par exemple, sur les subventions chinoises pour les véhicules électriques ?"

Charles Michel :

"Oui, je pense que c'est effectivement utile lorsqu'il y a un certain nombre d'indications qui nous laissent penser que la relation est déséquilibrée par un certain nombre d'actes unilatéraux qui sont posés. On doit faire respecter les intérêts de l'Union européenne. Du reste de mon point de vue, ce n'est pas seulement avec la Chine, cela doit être avec l'ensemble des régions dans le monde qui, à un moment donné, posent des actes pouvant conduire à ce que les règles du jeu ne soient plus partagées de la même manière par tous les acteurs. On doit faire attention au plan européen. Il est très bien et très juste d'être un acteur loyal, mais ce qui est important, c'est la réciprocité. Lorsque nous sommes loyaux, on doit attendre de notre interlocuteur qu'il soit aussi loyal que nous le sommes, sur le plan économique par exemple."

"Se faire respecter en rééquilibrant la relation économique"

Grégoire Lory :

"Et s'il n'y a pas cette réciprocité, que peut faire l'Union européenne ? Quelle est l'étape d'après ?"

Charles Michel :

"D'abord, travaillons pour rééquilibrer. Et puis, lorsque l'on aura progressé sur ce sujet-là, on pourra faire les évaluations et voir quels sont les instruments que l'on souhaite utiliser. On a utilisé, que ce soit avec la Chine ou d'autres régions dans le monde, des instruments à notre disposition, mais la première intention, c'est de réussir à faire en sorte qu'on se fasse respecter en rééquilibrant la relation économique."

Journaliste • Grégoire Lory

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