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France : pourquoi le nombre de décès a été supérieur au nombre de naissances en 2025 ?

Des gens, principalement des touristes, se pressent dans une rue du quartier de Montmartre à Paris, le vendredi 9 août 2019.
Des gens, principalement des touristes, se pressent dans une rue du quartier de Montmartre à Paris, le vendredi 9 août 2019. Tous droits réservés  AP Photo/Lewis Joly
Tous droits réservés AP Photo/Lewis Joly
Par Nathan Joubioux
Publié le
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Dans son bilan démographique pour l'année 2025, l'Insee révèle que le nombre de naissances diminue quand celui des décès augmente, entraînant alors un vieillissement de la population.

Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la France, soit la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés, est négatif. C'est ce qu'indique le bilan démographique pour l'année 2025 publié par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), ce mardi 13 janvier.

L'année passée, le nombre de naissances est estimé à 645 000 quand le nombre de décès s'établit autour de 651 000. Le solde naturel, "en baisse régulière depuis 2007", continue donc de diminuer. De 66 300 en 2020, il était de 17 600 milliers en 2024 et est désormais estimé à - 6 000 en 2025. Un phénomène également observé dans de nombreux pays européens.

Le croisement de ces courbes est un phénomène plutôt rare. Outre les deux guerres mondiales, périodes particulières pour ces données, seulement trois occurrences ont été observées avant 2025 : en 1907, en 1911 et en 1929. Des périodes durant lesquelles le solde naturel a été négatif de manière très ponctuelle.

Un premier solde naturel négatif depuis 96 ans

Au contraire, celle que connaît la France actuellement devrait se confirmer dans les prochaines années, voire décennies, explique, à Euronews, Sylvie Le Minez, responsable de l'Unité des études démographiques et sociale à l'Insee, qui met en avant deux tendances. "Depuis le début des années 2010, le nombre de décès augmente et c'est une tendance qui va se poursuivre jusque dans les années 2040/2050", avec le décès des personnes nées durant le baby-boom.

En 2025, le nombre de décès en France est en hausse de 1,5 % par rapport à l'année précédente. Si l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom est une explication, d'autres facteurs peuvent également entrer en ligne de compte. L'étude explique que cette augmentation est "notamment liée à l'épidémie de grippe hivernale, particulièrement virulente en janvier, et, localement, à des épisodes de fortes chaleurs durant l'été".

Le nombre de ces décès devrait donc continuer à augmenter ces prochaines années."À la fin des années 2040, le nombre de décès annuels devrait être autour de 800 000", explique l'experte. C'est une donnée qui augmente "mécaniquement", assure-t-elle.

Un désir d'enfants en baisse

Alors que le nombre de décès ne cesse d'augmenter, la courbe des naissances, elle, prend la trajectoire inverse. Depuis 2010, année durant laquelle 832 394 bébés ont vu le jour, le nombre de nouveau-nés ne cesse de diminuer. "Et la tendance s'est accélérée ces dernières années", précise Sylvie Le Minez, qui indique l'indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) s'est établit à 1,56, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes. "Il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale pour retrouver un ICF aussi bas [...]. Et il était descendu à 1,23 en 1916", indique l'étude.

"On observe une baisse de la fécondité dans énormément de pays", poursuit Sylvie Le Minez. "Il y a même des pays où ça a diminué de manière drastique, comme le Japon ou la Corée. [...] Est-ce que c'est quelque chose de définitif ou, les années passant, le souhait d'avoir des enfants augmentera ? C'est difficile de savoir. C'est pour ça que l'on ne sait pas si c'est conjoncturel."

Un phénomène sur lequel s'est attardé l'Institut national d'études démographiques (Ined). "La baisse des intentions de fécondité est beaucoup plus marquée pour les jeunes adultes de moins de 30 ans : le nombre total d’enfants souhaités a diminué de 0,6 enfant en moyenne en 20 ans", indique l'étude. Elle précise que le nombre de personnes souhaitant avoir zéro ou un enfant dépasse désormais ceux souhaitant avoir au moins trois enfants.

"La proportion de jeunes adultes qui sont incertain ou incertaines quant au fait de savoir s’ils ou elles veulent avoir des enfants est élevée", précise l'Ined, qui tente d'apporter des explications. "Au-delà de la conjoncture économique, de nouvelles sources de préoccupation sont apparues au cours de la dernière décennie [...] sans que ce lien soit nécessairement présent à l’esprit des personnes ayant répondu à l’enquête", précise l'étude. Elle cite alors "le changement climatique, la crise économique, l'affaiblissement de la démocratie et, de manière plus globale, les perspectives pour les générations futures".

Une population stable grâce à l'immigration

Sylvie Le Minez met également en avant l'impact de l'immigration, qui a désormais un poids plus important dans l'évolution de la société. Ces dernières décennies, "comme le solde naturel a été élevé pendant très longtemps, le moteur de la croissance démographique était surtout le solde naturel", explique-t-elle. "Mais depuis plusieurs années, le moteur de la croissance du solde migratoire était plus important. Et cette année, ce n'est que le solde migratoire qui a un impact, car le solde naturel est négatif", assure l'experte.

En 2020, le solde migratoire, soit le nombre d'étrangers ou de Français qui s'installent en France pour au moins un an, était de 140 000. En 2025, il est de 176 000, ce qui permet à l'évolution de la population d'augmenter (+ 0,25 %), malgré un solde naturel négatif.

"Ces entrées sur le territoire, ce sont majoritairement des personnes jeunes. Et bien sûr que ces migrations sont un facteur de croissance de la population, et ces personnes contribuent à l'économie", conclut Sylvie Le Minez.

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