Quels seront les principaux risques géopolitiques en 2024 ?

Lexie Alford marque les pays visités sur une carte dans son bureau à Nevada City, Californie, le mardi 16 avril 2019.
Lexie Alford marque les pays visités sur une carte dans son bureau à Nevada City, Californie, le mardi 16 avril 2019. Tous droits réservés Michael Macor/San Francisco Chronicle via AP
Par Indrabati Lahiri
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Cet article a été initialement publié en anglais

Selon le rapport Global Risks 2024 du Forum économique mondial, les fausses informations, la montée des conflits et l'incertitude économique figurent parmi les risques les plus importants cette année.

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Le rapport Global Risks 2024 du Forum économique mondial (WEF), publié le 10 janvier, apporte un éclairage précieux sur les risques et problèmes majeurs auxquels l'économie mondiale est susceptible d'être confrontée cette année et dans les années à venir.

Selon l'enquête sur la perception des risques mondiaux en 2024 : "La majorité des personnes interrogées (54 %) s'attendent à une certaine instabilité et à un risque modéré de catastrophes mondiales, tandis que 30 % anticipent des problèmes encore plus importants. Les perspectives sont nettement plus sombres à l'horizon de dix ans, près des deux tiers des personnes interrogées s'attendant à une situation tendue ou turbulente."

L'enquête prend en compte les points de vue de près de 1 500 dirigeants de divers secteurs, y compris les entreprises, les universités, la société civile et les gouvernements.

Actuellement notre monde est perçu comme étant agité, polarisé, et marqué par une flambée du coût de la vie dans plusieurs parties du monde. La raréfaction des ressources et les tensions géopolitiques qui couvent sont également à l'origine d'un certain nombre de conflits à travers le monde.

En outre, les crises environnementales, telles que les phénomènes météorologiques extrêmes, ont encore plus déstabilisé les économies et les entreprises, érodant les marges bénéficiaires et ralentissant les chaînes d'approvisionnement. D'autre part, avec l'impact continu de la pandémie COVID-19, ainsi que la crise énergétique et l'inflation, les efforts en matière de changement climatique et de neutralité carbone à travers le monde ont considérablement ralenti.

L'essor sans précédent des fausses informations, ainsi que l'augmentation des conflits et de l'incertitude économique complètent le tableau**.**

Fausses informations

Selon 53 % des personnes interrogées, les fausses informations et la désinformation générées par l'IA sont considérées comme l'un des risques les plus importants pour les deux prochaines années. Cela inclut la censure, la surveillance et les problèmes de sécurité liés aux technologies de pointe, ainsi que les technologies de l'IA. Il s'agit également de l'insécurité cybernétique et de la concentration du pouvoir technologique.

La diffusion de fausses informations est devenue une source d'inquiétude croissante dans le monde entier. Comme on l'a constaté lors de la guerre entre la Russie et l'Ukraine et du conflit entre Israël et le Hamas, l'intelligence artificielle (IA), parmi d'autres outils technologiques, a été utilisée librement par les deux parties pour générer des images fausses et trompeuses, afin d'obtenir un soutien, de renforcer le moral des troupes et de susciter des actions.

Par le passé, dans des scénarios non conflictuels, la désinformation et la mésinformation ont été utilisées par des pays comme la Russie, la Corée du Nord et la Chine à des fins de propagande à propos, entre autres, de la puissance militaire, de l'évolution des conflits, des cas de COVID-19, du chômage des jeunes et des violations des droits de l'homme.

Dans certains cas, ces outils sont également utilisés pour susciter la colère envers un gouvernement ou d'un organe dirigeant, en particulier en période de conflit politique et de difficultés économiques telles que l'augmentation du coût de la vie.

En 2024, les fausses informations pourraient continuer à créer de l'instabilité et de la méfiance à l'égard des gouvernements et des organismes de régulation, ainsi que des sources médiatiques, estiment les personnes interrogées. Cela pourrait non seulement conduire à des opinions encore plus polarisées, selon 46 % des personnes interrogées, mais également contribuer à déclencher davantage de conflits, en particulier dans les pays dont l'économie est déjà fragile. La violence idéologique risque également d'augmenter.

La désinformation pourrait également avoir un impact significatif et provoquer le chaos dans les élections qui se dérouleront dans plusieurs pays cette année et l'année prochaine.

Alors que certains gouvernements pourraient prendre des mesures pour tenter de verrouiller les sources de désinformation, ces mesures pourraient être poussées trop loin, 16 % des personnes interrogées estimant que la censure et l'érosion de la liberté d'expression pourraient constituer un problème cette année.

D'autres gouvernements pourraient être confrontés à des risques liés à l'inaction ou à une action trop lente, alors que de nouvelles formes de criminalité, telles que la manipulation des marchés boursiers à l'aide de l'IA et la pornographie "deepfake", se répandent.

Cette année, le sommet de Davos du Forum économique mondial se concentrera également sur la manière de rétablir la confiance dans un monde de plus en plus fracturé.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'exprime lors de la 53ème réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'exprime lors de la 53ème réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse.Gian Ehrenzeller/ KEYSTONE / GIAN EHRENZELLER

Augmentation des conflits

Selon 25 % des personnes interrogées, l'escalade ou le déclenchement de conflits armés entre États serait l'un des principaux risques cette année. 19 % pensent que les attaques contre les infrastructures critiques pourraient également constituer un problème, et 12 % s'inquiètent d'un événement nucléaire accidentel ou intentionnel.

En 2024, l'escalade des conflits pourrait être observée dans trois points chauds vitaux, à savoir Israël, l'Ukraine et Taïwan. Si tel est le cas, les conséquences économiques, géopolitiques et sécuritaires pourraient être considérables.

Le rapport souligne : "Ces trois régions se trouvent à un carrefour géopolitique, où les grandes puissances ont des intérêts directs : le pétrole et les routes commerciales au Moyen-Orient, la stabilité et l'équilibre des pouvoirs en Europe de l'Est et les chaînes d'approvisionnement en technologies de pointe en Asie de l'EstChacun de ces points chauds pourrait conduire à une déstabilisation régionale plus large, en impliquant directement une ou plusieurs grandes puissances et en aggravant l'ampleur du conflit. Les trois impliquent aussi directement une ou des puissances dotées de capacités nucléaires"

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En outre, des thèmes socio-économiques, idéologiques et environnementaux pourraient donner lieu à de nouvelles tensions, érodant davantage la stabilité économique et politique d'un certain nombre de pays. Un monde plus multipolaire pourrait également ouvrir la voie à une série de factions et de puissances plus petites, mais pertinentes au niveau régional, qui prendraient le contrôle. Chacune d'entre elles étant susceptible d'avoir ses propres objectifs, la résolution des conflits pourrait devenir de plus en plus difficile.

L'escalade des conflits entraîne également des crises humanitaires plus graves, ce qui alourdit le fardeau des autres pays qui se doivent d'apporter une aide sous peine de faire face à des critiques. Dans certains cas, comme avec les États-Unis, cela peut également s'accompagner d'un déploiement militaire supplémentaire.

Selon l'enquête, les conflits gelés ou interrompus risquent de reprendre, par effet de contagion, notamment au Cachemire, dans les Balkans, en Syrie et en Libye. La fracture et les troubles croissants entre le Nord et le Sud de la planète concernant les effets du changement climatique, la crise énergétique et le coût de la vie pourraient également s'aggraver de manière significative cette année.

Incertitude économique

Quelque 42 % des personnes interrogées pensent que l'augmentation du coût de la vie sera toujours un problème en 2024, 33 % anticipant un ralentissement économique. Environ 25 % des personnes interrogées estiment que les chaînes d'approvisionnement en biens et ressources essentiels risquent d'être perturbées..

Une pénurie de compétences et de main-d'œuvre est attendue, selon 13 % des personnes interrogées, tandis que 14 % d'entre elles considèrent que la dette publique est un problème potentiel. L'effondrement des institutions du secteur financier est prédit par 7 % des personnes interrogées, tandis que l'éclatement de la bulle immobilière et l'éclatement de la bulle technologique recueillent chacun 4 % des suffrages.

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Au cours des derniers mois, un certain nombre de grandes banques centrales, telles que la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et la Banque d'Angleterre, ont procédé à un resserrement agressif de leur politique monétaire. Bien que cela ait permis de maîtriser quelque peu l'inflation et d'éviter de justesse une récession mondiale jusqu'à présent, les perspectives à court terme restent floues en raison de l'évolution rapide de la situation intérieure sur les principaux marchés et des événements géopolitiques.

L'incertitude de la demande et les pressions sur l'offre restent deux des principaux thèmes économiques de cette année, ce qui pourrait entraîner une reprise de l'inflation et retarder l'assouplissement de la politique monétaire. Le ralentissement de la croissance économique et le coût plus élevé de la dette sont considérés comme susceptibles d'affecter les pays en développement, les petites et moyennes entreprises étant les plus durement touchées.

Cependant, le rapport ne se concentre pas uniquement sur ce qu'il considère comme les problèmes potentiels de 2024, il propose également des solutions pour répondre à ces risques mondiaux.

Stratégies localisées

Les stratégies localisées sont l'un des moyens les plus rapides, les plus faciles et les plus efficaces pour mieux se préparer et atténuer l'impact de plusieurs de ces risques mondiaux. La Chine, par exemple, a imposé des lois sur l'identification des images et des contenus générés par l'IA, ce qui pourrait contribuer à contrer les effets de la désinformation.

En outre, les stratégies localisées n'ont pas besoin de passer par des processus d'approbation globale excessivement longs ou par une coordination transfrontalière. Elles peuvent être appliquées à presque tous les secteurs d'activité d'un pays. Par exemple, les stratégies d'atténuation et de gestion s'appliquent aux événements naturels tels que les tremblements de terre, les vagues de chaleur, les inondations et les feux de forêt.

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Il s'agit notamment de moderniser et d'améliorer les soins de santé et les infrastructures, ainsi que d'investir davantage dans des domaines tels que la gestion des incendies de forêt, l'aide à la réinstallation, etc. Les initiatives de sensibilisation et d'éducation du public peuvent également contribuer à renforcer des éléments tels que la conformité des vaccins.

De même, l'aide financière et les mesures de relance peuvent aider à faire face aux dommages causés par les événements naturels, ainsi qu'aux situations économiques telles que l'augmentation du coût de la vie, des taux hypothécaires et des prix de l'énergie.

Des efforts décisifs

Le rapport sur les risques globaux note : "Dans certains cas, l'action d'un individu ou d'une entité peut suffire à réaliser une "percée" pour faire face au risque ou pour servir de point de basculement positif vers un "état sûr". Ces percées sont tout aussi importantes pour prévenir ou atténuer la probabilité d'un risque que pour en réduire l'impact".

Elles concernent généralement les soins de santé, la technologie, l'industrie ou l'identification des risques, entre autres. L'un des exemples les plus récents est la mise au point du vaccin COVID-19 par un groupe de sociétés pharmaceutiques. Cela concerne aussi les outils de suivi et d'identification de l'activité tectonique, tels que les sismomètres, qui permettent de prévoir les tremblements de terre, l'activité volcanique et les tsunamis.

Les projets révolutionnaires nécessitent généralement des investissements importants dans la recherche et le développement, mais ils peuvent en valoir la peine, car ils permettent d'aborder et d'atténuer un certain nombre de risques mondiaux. Il s'agit notamment des phénomènes météorologiques extrêmes, des maladies infectieuses, des effets néfastes des technologies de pointe, de la cybersécurité et des maladies chroniques.

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C'est pourquoi les décideurs politiques de 2024 devront prendre conscience des avantages à long terme de l'investissement dans la recherche et le développement, en les considérant comme un risque financier à prendre aujourd'hui, mais avec le potentiel d'un avenir meilleur.

Un vaccin contre la grippe est préparé au centre L.A. Care et Blue Shield of California Promise Health Plans à Lynwood (Californie), le vendredi 28 octobre 2022.
Un vaccin contre la grippe est préparé au centre L.A. Care et Blue Shield of California Promise Health Plans à Lynwood (Californie), le vendredi 28 octobre 2022.Mark J. Terrill/Copyright 2022 The AP. All rights reserved.

Actions collectives

Tout en combattant et en réduisant l'impact des risques mondiaux cette année, les entreprises, les individus et les gouvernements pourraient ressentir un plus grand besoin d'unir leurs forces pour atteindre des objectifs et des initiatives communs.

Dans la lutte actuelle contre le changement climatique, les individus peuvent réaliser des actions relativement modestes telles que l'extinction des lumières et des appareils lorsqu'ils ne sont pas utilisés, ou le passage à des véhicules électriques. Il peut également s'agir de choisir de voyager de manière plus durable ou d'opter pour des produits biologiques et d'origine locale.

Quant aux entreprises et aux gouvernements, ils peuvent se concentrer sur des projets de plus grande envergure, tels que l'utilisation d'énergies renouvelables pour leurs activités, la réduction de leur empreinte carbone et l'augmentation de leurs investissements en faveur de la lutte contre le changement climatique. Bien que les actions soient différentes en termes d'échelle, elles visent toutes le même objectif.

Le programme de préparation aux cyclones du Bangladesh et la gestion communautaire des risques de catastrophes du Japon sont des exemples de telles initiatives collectives.

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Coordinations transfrontalières

La coordination et la coopération transfrontalières restent l'un des principaux moyens d'éviter ou d'atténuer les risques mondiaux. Cela peut prendre plusieurs formes, comme les accords de non-prolifération nucléaire, le respect de normes minimales relatives à des problèmes mondiaux tels que le changement climatique, et des accords internationaux sur des questions telles que le libre-échange et la sécurité.

Le rapport souligne l'importance du dialogue et d'accords ouverts et coopératifs, en insistant sur le fait qu'ils sont particulièrement nécessaires dans un monde post-Brexit et post-pandémie, où la fragmentation géopolitique est de plus en plus importante.

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