EventsÉvènementsPodcast
Loader

Find Us

PUBLICITÉ

Le film de la semaine : La Passion de Dodin Bouffant. La chère et la chair.

Juliette Binoche et Benoît Magimel à l'unisson
Juliette Binoche et Benoît Magimel à l'unisson Tous droits réservés Carole Bethuel
Tous droits réservés Carole Bethuel
Par Frédéric Ponsard
Partager cet articleDiscussion
Partager cet articleClose Button

Trần Anh Hùng, Prix de la mise en scène à Cannes pour "La Passion de Dodin Bouffant", livre un film charnel qui aiguise et convoque tous les sens avec un duo d'acteurs au sommet : la qualité française en sa meilleur acceptation.

La Passion de Dodin Bouffant, Trần Anh Hùng

PUBLICITÉ

France, Belgique (2h15)
Avec Benoît Magimel, Juliette Binoche, Emmanuel Salinger, Pierre Gagnaire

Peu avant la Nouvelle Vague qui déferla en France et dans le monde dans les années 60, il y avait cette appellation qui sonnait comme une insulte dans la bouche des Truffaut, Godard et autres Rohmer : celui de « Qualité française », associé selon eux à ce cinéma du travail bien fait, de la tradition respectée, mais aussi des sujets consensuels et une morale qui n’a rien de transgressive. « Qualité française » est donc le mot qui peut venir à l’esprit avant la projection d’un film comme La Passion de Dodin Bouffant. D’autant que le film, récompensé à Cannes pour le Prix de la mise en scène, a aussi été choisi par la crème des représentants de l’industrie du cinéma français pour concourir sous les couleurs tricolores à la course à l’Oscar du Meilleur film international (c’est-à-dire qui ne parle pas anglais).

La qualité française revisitée

L’histoire est romancée (tirée d’un livre resté obscur du suisse Marcel Rouff datant de 1922 La vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet) mais truffée de faits réels. Celle d’un grand gourmet de la fin du XIXème qui a, à ses côtés, à la fois la femme et la cuisinière de sa vie. Réunis sous le même toit, leur complicité sera aussi culinaire qu’amoureuse. Avec au programme, plus de deux heures passées dans une cuisine à mijoter les plats les plus savoureux et complexes qui soient, célébrant le repas gastronomique français, qui est rentré en 2010 au Patrimoine immatériel de l’humanité. Patrimoine, tradition, qualité : on semble bien de tout ce qui peut faire vibrer le critique cinéphile souvent plus avide de cinéma contemporain, de ruptures esthétiques ou narratives qui apporterait un peu de sang neuf à un 7ème art plus que centenaire.

Tous les sens en éveil

Trần Anh Hùng, à qui l’on doit entre L’Odeur de la Papaye verte ou l’adaptation du réputé inadaptable Haruki Mirakami, La Balade de l’impossible, a pourtant relevé la gageure, et de belles manières. L’ouverture du film est presque sans dialogues mais pendant 20 minutes nous allons assister, dans un grand moment de mise en scène et de montage, à la préparation d’un repas par les soins d’Eugénie, interprété avec bonheur par la grande Juliette Binoche, aidé de ses jeunes apprenties. Un repas de rois, certainement, vu le menu : une pièce d’agneau mijotée aux petits oignons, une raie au beurre qui semble fondre sous la langue, un vol-au-vent qui sous son couvercle cache les trésors de gourmandise, une omelette norvégienne où se cache la glace sous le feu… bref, un éveil et un appel de tous les sens. Vue, toucher, goût, odeur, ouïe, la cuisine se transforme en réceptacle amplificateur de ce qui fait que la cuisine se transforme parfois en art. 

Une femme, maîtresse et cuisinière

Même si Eugénie n’est pas le personnage principal du film, elle en est bien le pivot et, de loin, le plus intéressant. Plus que Dodin, esthète et penseur de la cuisine, c’est bien elle qui incarne le dévouement à la cuisine d’exception, le dur labeur des cuisiniers et le travail bien fait du marmiton, sans oublier un rapport paysan simple et savant à la nature, et à tout ce qu’elle offre. Une femme qui s’est émancipée par son statut même de cuisinière et qui préfèrera garder longtemps cette position plutôt que d’épouser le maître de maison. Eugénie s’octroie une liberté incroyable en ne voulant pas être l’épouse que l’on marie et que l’on oublie. Elle préfère lui ouvrir de temps en temps sa porte, gardant la flamme du désir intact et toujours inassouvi chez Dodin. 

La chair et la chère se réunissent alors dans une série de délicates ellipses comme celle ou la courbe parfaite d’une poire se retrouvent dans la silhouette callipyge du dos et des fesses de Juliette Binoche. 

Un film charnel et spirituel

Contre toute attente donc, ce film m’est apparu bien moins conservateur qu’il n’y paraît, tant au niveau de la représentation de la condition faite aux femmes que de l’apport charnel d’un cinéaste dont la culture asiatique et vietnamienne patine indiciblement la pellicule tout au long du film, apportant aussi ce soupçon de spiritualité à l’art culinaire qu’un autre cinéaste aurait peut-être délaissé. Trần Anh Hùng réunit le Confucianisme et le Christianisme lorsqu’en citant Saint-Augustin, il donne à dire à son personnage de Dodin Bouffant que « Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce que l’on a déjà ». 

Partager cet articleDiscussion

À découvrir également

Oscars : quels sont les pays étrangers les plus récompensés ?

Festival de Cannes 2024 : les 15 moments inoubliables en images

Comment la chanson "L’Amour Toujours" est devenue un hymne des militants d’extrême droite