2022, année climatique exceptionnelle, appelée à devenir la norme ?

2022, année climatique exceptionnelle, appelée à devenir la norme ?
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Par Jeremy Wilks

Retour en chiffres et à travers des avis d'experts, sur une année 2022 exceptionnelle pour notre climat, en particulier en Europe, où des pays, de l'Irlande à la Croatie, ont connu l'année la plus chaude qu'ils aient jamais enregistrée.

2022 a représenté une année record pour de nombreux Européens qui selon des experts, est un signe avant-coureur de ce qui nous attend.

"L'été 2022 était emblématique des conséquences du changement climatique dues à l'influence humaine qui s'aggravent," indique ainsi Valérie Masson-Delmotte, climatologue du Laboratoire des Sciences du climat et de l'environnement.

"Il a matérialisé un climat nouveau où l'on peut avoir plusieurs vagues de chaleur de juin à septembre," ajoute-elle. "Un climat où l'on peut avoir même en Bretagne, dans l'ouest de la France, des conditions inédites de sécheresse et où l'on a vu, par exemple, dans le sud-ouest de la France, des incendies très difficiles à contenir, comme cela avait été le cas précédemment du côté du Portugal," précise-t-elle. "Pour moi, cela n'a pas été surprenant, mais plutôt triste à observer, tout comme le fait que les connaissances étaient disponibles pour montrer que ce type d'événement allait s'accentuer, mais que nos sociétés n'y étaient pas prêtes," regrette-t-elle.

2022 a rimé avec chaleur dans une très grande partie de l'Europe

Avant de revenir sur l'année dernière de manière globale, évoquons d'abord, les dernières données fournies par le Service Copernicus concernant le changement climatique pour décembre 2022.

En Europe, il a fait, en moyenne, 0,9°C de plus que la référence pour ce mois sur la période 1991-2020. 

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Écart de la température moyenne en Europe en décembre 2022 par rapport à la référence pour ce mois sur la période 1991-2020Euronews

Mais il y a eu de grandes disparités entre le nord et le sud du continent. Sur la carte ci-dessous, les zones bleues comme les îles britanniques et la Scandinavie ont été touchées par un froid plus soutenu que la moyenne. Reykjavik en Islande a atteint sa température la plus basse depuis 1918.

Au bord de la Méditerranée, en revanche, il a fait bien plus doux que la moyenne le mois dernier.

Copernicus / ECMWF
Anomalies de températures en Europe en décembre 2022 par rapport à la moyenne pour ce mois sur la période 1991-2020Copernicus / ECMWF

Et pour de nombreux Européens, cette douceur en décembre est venue conclure une année marquée par une chaleur exceptionnelle.

Tous les pays qui apparaissent en rouge sur la carte ci-dessous ont connu en 2022, l'année la plus chaude qu'ils aient jamais enregistrée, des îles britanniques à la péninsule ibérique et aux Balkans.

Copernicus / ECMWF
Classement des pays selon le record de chaleur qu'ils ont enregistré au niveau de leur température moyenne annuelle en 2022Copernicus / ECMWF

"Ce type d'événement sera amené à être plus fréquent et plus intense"

L'année dernière a été une exception, mais elle ne le restera pas. Les températures inhabituellement élevées de l'été seront considérées comme moyennes dans quelques décennies selon la climatologue Valérie Masson-Delmotte. 

"Les conditions moyennes de l'été 2022 seront les conditions standard que l'on vivra autour des années 2050-2060," affirme-t-elle. "Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'une année comme 2022 est exceptionnelle, mais que ce type d'événement sera amené à être plus fréquent, plus intense et je vous laisse imaginer ce que seront les records en 2050-2060 par rapport à un climat moyen qui ressemblera à celui de 2022 en été," prévient-elle.

Les canicules de l'été dernier ont eu un effet dévastateur sur l'environnement naturel, mais ce que l'on connaît moins, c'est leur impact sur la santé humaine.

ONS/Santé France/Carlos III Health Institute/Robert Koch Institute
Décès llés à la chaleur en 2022ONS/Santé France/Carlos III Health Institute/Robert Koch Institute

Il a été calculé que plus de 20 000 décès supplémentaires ont été enregistrés l'été dernier en Europe en raison des températures anormalement élevées, pas seulement en Espagne et en France où cela s'est déjà produit, mais également au Royaume-Uni où un nouveau record de chaleur a été atteint l'été dernier. Il a fait plus de 40°C en juillet dans certaines régions britanniques.

Cela a conduit les services météo du pays à émettre une alerte rouge à la chaleur extrême qui était sans précédent. Des conditions, ont-ils mis en garde, qui peuvent causer des maladies et des décès, y compris chez les personnes en bonne santé.

Les experts estiment que nous devons changer d'attitude à l'égard de la chaleur. C'est le cas de Vikki Thompson, climatologue au Cabot Institut à l'Université de Bristol. "En particulier dans les parties les plus septentrionales de l'Europe comme au Royaume-Uni, au Danemark, en Allemagne et plus précisément dans le nord de l'Allemagne," explique-t-elle, "on voit encore la chaleur comme une bonne chose car on peut aller dehors et s'amuser. On doit se rendre compte que l'on peut profiter de la chaleur, mais qu'il y a des implications à plus long terme," souligne-t-elle.

Disparités hommes-femmes face à la chaleur

La plupart des décès concernent des personnes âgées ou des individus très jeunes. Mais des données provenant d'Europe et d'Amérique du Nord montrent que les femmes sont 15% plus exposées à la chaleur que les hommes, et les scientifiques ne savent pas encore exactement pourquoi.

"Les deux principales théories," indique Vikki Thompson, "sont que les femmes ont une température corporelle plus élevée et doivent donc se refroidir davantage, mais aussi que les femmes transpirent moins que les hommes, ce qui les empêcherait de faire baisser leur température."

Recul des glaces

De la chaleur estivale à la cryosphère... Les zones glacées de notre planète sont en première ligne du changement climatique et, en 2022, l'Arctique et l'Antarctique ont connu une extension de glace de mer inférieure à la moyenne tout au long de l'année.

Au sommet du Groenland, de la pluie et non de la neige a été observée pour la deuxième année consécutive.

Les glaciers suisses ont perdu 6% de leur volume total restant, comme en témoigne Matthias Huss, glaciologue à l'ETH Zürich. "L'année 2022 a vraiment été spéciale dans la région alpine parce que nous avons eu à la fois, très peu de neige en hiver et des températures très élevées en été avec des vagues de chaleur continues," précise Matthias Huss. "Cette combinaison est la pire chose qui puisse arriver aux glaciers et cela a entraîné des pertes de glace records que l'on n'avait jamais observés auparavant," fait-il remarquer.

Manque chronique de neige et de pluie

Matthias Huss a également relevé la grande sécheresse de l'hiver 2021-2022 sur la partie sud des Alpes. "Entre décembre et mars, il n'y a pratiquement pas eu de précipitations, donc les faibles chutes de neige signifient simplement que nous avions une très fine couche de neige sur les glaciers à la fin de l'hiver et c'est, bien sûr, un très mauvais départ pour aborder la saison de fonte," explique-t-il.

Valérie Masson-Delmotte alerte elle aussi sur le manque de froid et de neige en moyenne montagne. "Pour chaque degré de réchauffement au niveau planétaire, on estime qu'en moyenne montagne, vers 1500 m d'altitude, on perd l'équivalent d'un mois d'enneigement," dit-elle. "Ce n'est pas tous les ans, il y a bien sûr une variabilité d'une année à l'autre," modère-t-elle avant d'ajouter : "Mais cela a des implications très importantes pour ceux dont l'activité économique en dépend, notamment de l'industrie du ski."

Rappelons enfin que tout cela se produit évidemment parce que les concentrations de gaz à effet de serre dues à l'activité humaine dans notre atmosphère continuent d'augmenter.

Journaliste • Jeremy Wilks