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Etat de droit : des juges polonais déçus par la réactivité trop lente de l'UE

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Par Yolaine De Kerchove Dexaerde
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Les juges polonais Joanna Hetnarowicz-Sikora et Igor Tuleya à Bruxelles pour une projection spéciale du documentaire "Judges under Pressure"
Les juges polonais Joanna Hetnarowicz-Sikora et Igor Tuleya à Bruxelles pour une projection spéciale du documentaire "Judges under Pressure"   -   Tous droits réservés  Meabh McMahon/Euronews

Par la diffusion du documentaire "Judges Under Pressure" à Bruxelles, des magistrats dénoncent le manque d'indépendance de la justice polonaise.

Alors que la Pologne est sous le feu des projecteurs pour son accueil des réfugiés, le conflit qui oppose depuis des années Varsovie et Bruxelles sur la question de l'État de droit semble être en suspens. Ces juges polonais veillent à ce qu'il ne soit pas oublié. Protagonistes du documentaire "Judges Under Pressure", ils sont à Bruxelles pour une projection spéciale.

"Mon moral est au plus bas, car je fais mon travail depuis 25 ans et maintenant je ne peux pas faire la chose que j'aime", témoigne le juge Igor Tuleya.

Le documentaire montre comment, depuis 2017, lorsque le Parlement polonais a adopté une série de projets de loi visant à réformer le système judiciaire, des juges comme Igor Tuleya ont perdu leur emploi et leur gagne-pain. Considérés comme des ennemis de l'État, ils parcourent désormais le pays en s'engageant auprès de la population.

Nous pensons que la Pologne est proche d'un régime autoritaire car lorsque vous n'avez pas de tribunaux, vous n'avez plus de séparation des pouvoirs. C'est une menace non seulement pour les Polonais, mais aussi pour tous les citoyens de l'UE qui veulent venir en Pologne
Waldemar Zurek
juge polonais

En octobre dernier, la Pologne s'est vu infliger une amende d'un million d'euros par jour pour ne pas s'être conformée à la décision d'un tribunal européen de suspendre le mécanisme disciplinaire du pays.

La réaction de l'UE jugée "trop faible et trop tardive"

Pour ces juges, l'action de l'Union européenne est souvent trop faible et trop tardive. "Nous sommes déçus depuis de nombreux mois, car toute décision prise prend trop de temps. Parce que nous luttons pour survivre - les avocats polonais, les juges polonais, les citoyens polonais et la Commission est toujours en train d'analyser les documents", estime la juge Dorota Zabludowska, Conseil d'administration de l'association des juges polonais.

Pascal Smet, un politicien local, tente d'accélérer les choses. Avocat de profession, il a fait venir les juges polonais dans la capitale belge."La Pologne, c'est l'Union européenne et la Pologne, c'est nous et quand vous voyez des gens dans ce cas qui se battent pour l'Etat de droit, qui se battent pour la démocratie, qui se battent pour les valeurs européennes, je crois que c'est le rôle de la capitale de l'Europe, de la région de Bruxelles-Capitale de les défendre et de leur donner une voix", déclare Pascal Smet, Secrétaire d'Etat de la Région de Bruxelles-Capitale.

Le Parlement européen le pense aussi. La semaine dernière, il a soutenu une résolution visant à bloquer les fonds destinés aux pays qui violent l'État de droit, comme la Pologne. Mais avec la guerre en Ukraine, et l'Union européenne des 27 qui a plus que jamais besoin d'unité, il est probable que l'Union européenne reste en retrait.

Journaliste • Méabh Mc Mahon