COP27 : l'UE s'oppose à la création d'un fonds distinct pour les "réparations climatiques"

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Par Jorge Liboreiro  & Yolaine de Kerchove (traduction)
La COP27 a réuni près de 120 chefs d'État et de gouvernement du monde entier à Charm el-Cheikh en Égypte
La COP27 a réuni près de 120 chefs d'État et de gouvernement du monde entier à Charm el-Cheikh en Égypte   -   Tous droits réservés  AFP

L'Union européenne, le marché unique le plus riche du monde, a l'intention de s'opposer à la création d'un tout nouveau fonds international pour les réparations climatiques, le sujet même qui devrait dominer les discussions à la COP27.

"Nous ne voulons pas que les discussions se concentrent sur un nouveau fonds", a déclaré vendredi un haut fonctionnaire européen, sous couvert d'anonymat.

"C'est une histoire bien plus importante qu'un fonds particulier".

Les réparations climatiques, également connues sous le nom de pertes et dommages, désignent les paiements financiers que les nations en développement du Sud exigent des pays industrialisés du Nord afin de compenser les ravages irréversibles causés par la crise climatique.

Les pays à faible revenu affirment qu'ils sont touchés de manière disproportionnée par les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les inondations dévastatrices et les sécheresses plus longues que d'habitude, même si leurs émissions de gaz à effet de serre ont été négligeables par rapport à celles du Nord.

Une étude de 2020 publiée dans The Lancet a révélé qu'en 2015, le Nord était responsable de 92 % de l'excès d'émissions mondiales de carbone depuis 1850, date à laquelle la combustion de combustibles fossiles est devenue la norme.

Les résultats ont montré que l'Union européenne et le Royaume-Uni ont contribué à environ 29 % de tous les gaz émis. (La Chine est, à l'heure actuelle, le plus grand émetteur mondial).

La communauté internationale s'est déjà engagée à lever 100 milliards d'euros par an pour les pays en développement, mais cet argent est destiné à se concentrer sur l'atténuation (réduction de l'impact sur les émissions de gaz à effet de serre) et l'adaptation (prévention et minimisation des effets négatifs du changement climatique).

L'objectif annuel n'a jamais été atteint.

Le Sud global considère les réparations climatiques, qui concernent la destruction permanente, comme un troisième pilier distinct dans cette équation. C'est pourquoi ils exigent la création d'un tout nouveau fonds, totalement distinct des 100 milliards d'euros destinés à l'atténuation et à l'adaptation.

Il n'existe aucun chiffre convenu qui reflète l'ampleur réelle des pertes et des dommages, bien que certaines études aient évalué ce chiffre entre 290 et 580 milliards d'euros par an d'ici 2030, et jusqu'à 1 800 milliards d'euros d'ici 2050.

"Les pertes et dommages se produisent maintenant, blessent les gens et les économies maintenant, et doivent être abordés maintenant", a déclaré le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

"C'est une question fondamentale de justice climatique, de solidarité internationale et de confiance."

Cette question litigieuse a attisé les tensions l'année dernière lors de la COP26 à Glasgow, lorsqu'une coalition de 134 pays en développement, ainsi que la Chine, ont fait pression pour inclure les réparations dans les conclusions, avant de se heurter à la résistance américaine et européenne.

On s'attend maintenant à ce que le débat revienne, peut-être plus fort que jamais, lors de la COP27 à Sharm El-Sheikh, en Égypte. Ce sommet marque la première fois dans l'histoire des Nations unies que la question des pertes et dommages est officiellement discutée.

"L'inclusion de ce point à l'ordre du jour reflète un sentiment de solidarité et d'empathie pour la souffrance des victimes de catastrophes climatiques", a déclaré dimanche Sameh Shoukry, président de la COP27.

"Il n'existe pas de solution universelle"

Malgré les appels de plus en plus nombreux venant de tous les coins du Sud, l'UE entend tenir bon et s'opposer, du moins pour l'instant, à la création d'un fonds financier.

On estime qu'un tel fonds pourrait ouvrir la porte à d'interminables actions en justice contre l'UE, le Royaume-Uni, les États-Unis et d'autres nations riches, dont l'empreinte carbone remonte à plusieurs siècles.

Le bloc semble toutefois disposé à faire avancer la conversation autour de ce sujet brûlant et à identifier les besoins spécifiques de chaque pays en développement en première ligne.

Ce processus devrait se dérouler par le biais de ce que l'on appelle le réseau de Santiago, un système d'assistance technique lancé en 2019 qui doit encore devenir pleinement opérationnel.

"Les besoins des pays sont très différents. Il n'existe pas de solution unique pour les pertes et dommages", a déclaré le haut fonctionnaire européen.

Un ton similaire a été adopté par John Kerry, l'envoyé spécial des États-Unis pour le climat, qui a admis le mois dernier que son pays avait une "responsabilité" et ne ferait pas "obstruction" à la discussion sur les pertes et dommages lors de la COP27.

John Kerry, comme ses homologues européens, a évité le terme "réparation", qui a des implications politiquement sensibles.

Les fonctionnaires de Bruxelles insistent sur le fait que toute compensation potentielle doit d'abord être traitée par les mécanismes existants, notamment l'aide humanitaire et l'aide au développement, avant que de l'argent frais ne soit mis sur la table.

"On craint que, si nous nous concentrons uniquement sur la création d'un nouveau fonds sans achever la conversation nécessaire, nous ne passions les prochaines années à négocier ce fonds", a déclaré un autre fonctionnaire européen.

"Nous avons beaucoup de réticences de la part des nations en développement. C'est un peu contre-intuitif, car tous les flux financiers doivent être réformés afin de relever l'ensemble du défi de l'action climatique."

Les responsables soulignent également que le financement du climat doit rester axé, avant tout, sur l'atténuation des effets du changement climatique, qui vise à lutter contre les menaces actuelles et peut contribuer à réduire les dommages résiduels.

Mais des fissures commencent à apparaître dans l'opposition catégorique de l'UE.

En septembre, le Danemark est devenu le premier pays occidental à offrir une compensation pour les pertes et les dommages : 100 millions de couronnes danoises (13,4 millions d'euros) aux pays en développement.

Le mois dernier, la ministre allemande des affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré que son pays allait "œuvrer en faveur d'un partage équitable des coûts" lors de la COP27 et s'efforcer de mettre les pertes et dommages "à l'ordre du jour".